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29/08/2012

Entre mes Meuse et Sambre natales

 * un clic sur l'image, elle s'agrandit...

 

 

D'enfance...

 

 

 

 

Namur, Sambre et Meuse

 

 

 

j’avais une ombre
dans l’aumônière
ou quintette d'osselets
un jeu je pense
et comme souvenance
carré de femmes pour y modeler leurs nuques
penchées sous l’eau d’amande

 



 

j’avais un puits et cent fleurs à jeter
dans un jardin humé puis étanché
comme pétale on ne dit rien des courses
lente de feu et d’écheveaux venteux
dénoué quand l’ennui s’épuise
dans l'allègre

 



 

j’avais un rire, un rien, une escarmouche
de poussière
l’œuf à peine éclos de la jouissance
entre mes Sambre et Meuse d’enfance
ma ville aux deux rivières
sous les sabots des quatre cavaliers




 

j’avais à boire, souvent
des quenelles de résines
à sucer quand l’air manquait au venir
sous la torpeur muette
de l’attente

 



 

toi, tu jouais de fines pantomimes
des scénettes dont on suivait les fils
à t’aimer on rencontrait Dédale
Icare sombrait pur et nu
dans l’eau savonneuse
d’un débarbouillage de joie

 



 

j’avais à tendre, comme on s’érige entier
j’avais à créer le milieu du désir
le souffle cuisiné longtemps
sous le menton d’aventures menues
comme la goutte qui goutte
et roule
la longueur d’un cou fléchi
sous le soleil

 

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26/08/2012

Les hommes de la lune

 

in memoriam Neil Amstrong

 

*

 

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Lune amarrée à Escalles, Florence Noël

ne pas reproduire sans autorisation de l'auteur

 

 

- Maman, c’est vrai dis, c’est vrai qu’y a des hommes sur la lune ?

 

Je suis allongée à même la plage, sans serviette pour me protéger. Fanette pose son sceau de sable entre mes jambes.  Je crois qu’elle a élu ces fortifications naturelles comme site pour son nouveau château.

 

- Hmm ? Non choupinette, personne ne vit sur la lune, il n’y a pas d’air, tu sais.

 

Fanette redresse la tête et dans un bel enchaînement, rehausse son sourcil droit. On ne peut mine plus sceptique.

 

- Ce n’est pas ce qu’ils ont dit, maman, à la musique du marchand de glace !

 

La casemate du glacier surplombe la digue. Avec son toit de planches alternant le vert anis et le rose pâle, il attire régulièrement les pas de ma cadette. Quel que soit le temps, elle obtient toujours qu’on lui offre au moins un cornet sur la journée. Elle est curieuse des goûts, aujourd’hui c’était mangue – cassis. Pas de doute, car sous son sourcil relevé, il y a une bouche deux couleurs, orange pour la commissure de gauche, mauve pour celle de droite.

 

- Ha bon ? Tu es sûre que tu as bien entendu ?

 

- Ben oui, y zon dit qu’y a des hommes qui ont marché sur la lune, avec un polo 11 ! Tu le sais même pas ?!

 

Fanette est courroucée, mon ignorance la peine, elle incline sa tête sur le côté gauche -  le mien -  et elle pose sa petite pelle pour pouvoir planter ses mains aux hanches et ainsi mieux appuyer sa désapprobation. Je sens que je risque de perdre mon crédit de mère, j’y tiens, alors je me concentre un peu…

 

- Apollo 11 !!! Mais mon cœur de perle, il y a bien longtemps qu’ils sont revenus ! 40 ans ! Mais depuis lors, non il n’y a plus d’homme sur la lune.

 

- Ah tu vois !!! Tu vois !! Ils y sont allés alors ! Donc ils savaient respirer, donc il  peut y en avoir d’autres ! Peut-être même qu’il y en a un qui est resté ! Ou deux, avec des animaux, comme dans l’arche de Noé, et que maintenant ils sont trente cent mille.

 

Fanette fige son expression outrée. Deux secondes. Puis rajoute :

 

-          … au moins !

 

Je me retiens de rire. Si je ris, elle va mal le prendre et alors adieu, château, plage, sable et soleil couchant. Il faudra consoler, prendre dans les bras, puis au dodo direct. Je prends la tangente.

 

- Chouchou, je t’explique : Apollon 11, c’était leur navette spatiale. Il n’y a que deux astronautes  qui sont descendus sur la lune, ils ont marchés deux heures, puis ils sont revenus.

 

Deux heures, c’est encore une longueur de temps très floue pour Fanette, mais elle a quelques références. Pour la première fois depuis le début de la conversation, elle perd le dessus :

 

- Deux heures ? Comme d’ici jusqu’à la maison en passant par l’autoroute ?

 

Elle semble déçue. Mais tout de suite, elle reprend espoir :

 

- Peut-être qu’ils ont laissé un bébé, ou deux… On peut pas savoir. Moi, je crois que oui.

 

Elle tend tout son visage vers le ciel qui se mélange de mauve au fur et à mesure que le soleil se dilue dans les nuages de mer. Très bas, une lune minuscule émet quelques reliefs gris perle.

 

- Je t’assure Fanette, ils n’ont pas eu le temps de faire des bébés, puis même, il n’y avait que des hommes alors ils n’auraient pas pu.

 

Là, il y a une autre pause très concentrée durant laquelle elle tape sur son pâté de sable pour en aplanir la tour. Je regrette d’avoir donné des détails, ca risque de dériver vers une conversation bien plus compliquée que celle d’hypothétiques hommes vivant sur la lune. Je la vois digérer l’information : deux hommes ensemble ça ne peut pas faire de bébé. Bon à savoir…

 

- Mais des singes ? Ou des éléphants ?

 

Là, elle m’a eu par surprise, je ne m’attendais pas à une telle réplique. Sans réfléchir je réponds :

 

- Mais heu, non deux hommes ne peuvent pas donner naissance à un singe…

 

J’entends bien : elle a éclaté de rire ! Pour peu, cette fois c’est moi qui me vexerais.

 

- Maman, t’es trop drôle ! Je le sais bien qu’ils ont pas des singes dans leur ventre ! T’es bête ou quoi !!! Mais dans leur navet spécial, peut-être que oui ?

 

Cette fois, je coupe court, doctement. La lune et Apollo 11 méritent bien un hommage sans y mêler Noé. Je m’assieds sur mon séant, faisant sensiblement bouger la citadelle en cours de construction :

 

- Fanette, je te l’ai dit, il n’y a pas d’air là haut. Ils ont pu marcher sur la lune durant deux heures, avec des combinaisons et de l’oxygène un peu comme les plongeurs. Ils ont ramassé quelques cailloux, planté un drapeau américain, puis ils sont revenus sur terre.

 

- Ben, ben, ben…

 

Fanette passe de la position accroupie à un inélégant cul par terre, jambes écartées. Visiblement, la voilà qui digère cette avalanche d’informations nouvelles.

 

- Et pourquoi alors, oui, pourquoi ils ont pas mis un drapeau de la terre ? Pourquoi un drapeau américain ? Et pourquoi, pourquoi, pourquoi…

 

Je respire, inutile de la brusquer, quand elle a trop d’idées ça fait embouteillage entre ses lèvres. Soyons patiente.

 

- Et pourquoi ils y sont par retournés ?

 

- C’étaient des astronautes américains, et c’est leur pays qui a payé tout le voyage, ça a pris trois jours pour aller et autant pour revenir et c’était si cher, si cher, - comme plein de maisons, de voitures, de vacances et tout et tout- qu’ils n’y sont pas souvent retournés, trois ou quatre fois. Mais toujours pour quelques heures. Voila. Et jamais, jamais, ils n’ont amenés de chien, de chat, de dinosaure, de girafe, d’éléphant. Et encore moins de bébé.

 

La sentence est tombée. Le vent du soir et tout l’air autour conspirent pour rendre le silence qui suit presque solennel. J’ai un peu mal à ma brusquerie. Le goût âcre du regret remonte dans l’arrière-bouche. Je viens de lui casser tout enchantement. Avec son histoire de Noé sur la lune, elle ne m’a pas donné l’occasion de lui parler de la merveille que c’était, que ça reste, 40 ans après, d’envoyer des hommes pour qu’ils marchent, deux heures entières, pour qu’ils dansent sur la lune. Ou c’est moi, comme d’habitude, qui n’ai pas su faire rentrer mes rêves en écho des siens. Fanette se tait avec application. Elle dessine encore quelques créneaux. Imagine un fossé autour de sa construction de sable.  Je suis assise maintenant, je fixe l’horizon qui se pastellise, là, juste derrière ses mèches folles que la mer encadre.

 

 

 

- Regarde, Fanette, le soleil se noie dans la mer ! C’est magnifique, allez regarde, on avait dit qu’on viendrait voir le coucher de soleil toutes les deux. On fait un câlin ?

 

Elle se retourne lentement, sa moue boudeuse se détache sur le ciel en feux.

 

-          Maman, le soleil, il ne se couche pas, c’est une étoile qui est très loin et c’est la terre qui tourne puis on ne le voit plus. Alors, il peut pas se noyer dans la mer. Papa me l’a dit…

 

Je n’ai plus envie de rire du tout. J’ai même une grande tristesse qui s’abat sur moi, là. Et l’air doit vibrer d’une drôle de manière, parce que Fanette se retourne d’un coup, et sautant au-dessus de son château, elle vient se caler dans mes bras. Puis elle s’installe pour assister au fondu des derniers rayons roses.

 

-          c’est joli, hein maman ?

 

Elle murmure. Puis se collant à moi un peu plus elle me dit :

 

-          J’ai un secret, mais promis tu le dis à personne ?

 

Je l’embrasse prête à lui promettre tout ce qu’elle veut, même que la lune est carrée, même, si elle veut.

 

-          C’est un garçon qui me l’a donné tout à l’heure, tu veux voir ?

 

Elle a fourré son bras dans son sac de plage et d’une contorsion, elle revient se loger dans mes bras. Elle brandit une petite longue vue en carton, recouverte d’un papier brillant, bleu nuit.

 

-          Il avait les cheveux verts !!!

 

Je ne dis rien, je fais l’étonnée, je lui dois bien cela… Finalement, c’est elle encore qui me sauve de ma médiocrité…

 

Elle a plaqué son œil sur le petit côté pointé le jouet vers la lune, qui émerge de l’obscurité. Elle sourit largement…

 

-          Tu avais raison : il n’y a personne là-dessus… on ne voit que le drapeau. Tout seul, et quelques traces de pas dans la poussière grise.

 

Ne pas briser le charme. Je turbine à cent à l’heure : comment sait-elle pour la poussière ?

 

-          Dis-moi comment il est le drapeau ma puce, hmm ?

 

Elle ne décolle pas son œil, elle fronce les sourcils…

 

-          Heu, rouge, avec des lignes blanches et bleu et avec des étoiles dessus…. Il ne bouge pas… c’est parce qu’il n’y a pas d’air ? c’est ça, maman ?

 

Je dis oui. Mais dans me tête, je me crie que non, c’est elle qui a raison. Si elle peut voir un drapeau sur une lune, avec une longue-vue d’enfant, peut-être que des bébés naissent là-bas avec des scaphandres intégrés…

 

-          Tu veux voir ? regarde !

 

Je ne vois rien, évidemment, qu’une lune à peine agrandie. Je dis juste :

 

-          C’est vrai qu’elle est belle.

 

-          Alors tu l’as vu ? Le drapeau ? Tu l’as vu ?

 

-          Pardon ma puce, c’est tellement grand tout cela, non, je ne le vois pas…

 

-          C’est pas grave.

 

Elle a répondu tendrement. Elle ne m’en veut plus.

 

-          C’est juste que tu as un rêve dans l’œil. On réessayera demain….

 

 

 

Nous voila sur la digue, dans l’obscurité presque totale, sinon quelques pâles éclairages qui scintillent. L’appartement est à deux pas.  Avant de franchir la porte, Fanette lève vers mois ses yeux plein de sommeil et ajoute :

 

 

 

-          Dis maman, comment on peut avoir les cheveux verts, tu sais ça, toi ? Toi qui sais tout, tu sais ?

 

 

 

(cette nouvelle a été initialement écrite en août 2009 pour la commémoration de l'expédition Apollo 11)

 

 

 

22/08/2012

Réflexion sur le mouvement : Ne serions-nous qu'une histoire de danse ?

Pourquoi faut-il des muses ? Ces murmures habités, ces habitants fluant du souffle qui ne disent rien sinon combien vif est le verbe et son mouvement et son alliance secrète autant que complète avec les corps.

 

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Alors avec Michel Serres dans Musique, dansons avec Polymnie et Terpsichore. Car nos mouvements sont femelles. Dansla saccade, miroir mortifère des pantomimes, comme dans l'invention de notre épaisseur réelle par la danse. Encore un livre acheté par impulsion, qui est l'autre nom d'une chronique d'une synchronicité annoncée. Car voici que ces textes miens que j'intercale dans les citations de Serres, préexistaient dans mes papiers. C'est en relisant ce passage de Serres que les connexions se sont faites. Comme un écho qui précède le jet de pierre. (c'est là que réside l'espérance, dans ces moments-là précisément).




 

 

"Placé en vis-à-vis de tout, le corps de Polymnie polycopie les êtres et les autres, contrefait, mieux encore, devient toute chose du Monde :  en guette les signes pour les reproduire.(...) Celle qui, docile, accompagne, docile, imite, docile, reprodit, réplique, et docile, enchpaine et répète. Fait, refait, contrefait : un, deux, trois pieds" "Rien n'existe sans le rythme" s'enorgueillit-elle"....

 

 

 

J’étais debout parmi ces os

 ruse usée, toute lue

 symphonie d’indignité

 

tout le rugueux  soûlait

ce qui infiniment s’épanche

de cette très vieille blessure

de hanche et d’ivresse

 

j’étais imprimée

sur le revers de la danse

conçue comme une

cadence d’infirme

 un clou fêlé

 

et voici que s’écroulaient

les glorias

en soubresauts

les laudate

en spasmes

les exultet

convulsaient

 

ce rythme décousu de

mes jointures

asphyxié sous mes pieds

écartelé entre mes sens

pantomime singé

miroir reflété

j’égotais

 

danse, course, avignon, théâtre

La course ou la vie, Avignon, juillet 2012,
pas de reproduction sans accord de l'auteur Florence Noël

Mais vient Terpsichore, la souple : "elle ne reproduit plus rien, comme sa soeur, nous dit Michel Serres, mais découvre le corps, et l'invente, humain. La danse le lance, en effet, vers des positions, mouvements, torsions, tensions, sauts et gestes improbables, inattendus et nouveaux, que ni la marche, ni la course, ni la chasse, ni aucune des fonctions vitales ne nécessiteraient. En la libérant, captive de sa prison native, Terpsichore crée une vie émergente (...). la danse invente le corps humain parce qu'elle lui donne l'adaptabilité. Elle lui permet d'aller dans tous les sens. La Musique onventera le langage parce qu'elle aussi va dans tous les sens, au sens de la sgnification"

Oui, mais... d'où vient en nous ce désarrimage  à la simple réplication, pour s'éloigner vers le large inconnu de l'invention? De la recréation et in fine, de la réelle incarnation dans nos corps? Des liens, toujours, le mouvement naît de cette tension vers l'extérieur, le corps existe parce qu'il est la réponse à un geste qu'on nous offre. La peau se tisse car on la caresse, la silhouette se sculpte parce qu'on l'attend, c'est ceux qui nous parlent qui nous "figurent"...

 

 

 

et maintenant que j’ai des ailes

-          d’ici, vos visages infusés de mélisse et de menthe

me tendrent comme la coupe

incline le vin doux -

et maintenant qu’on ma ailée

vos bras, amis, vos sourires,

quelle solitude effilée par mes lèvres

 

y résistera ?

 

maintenant je vais voler sur l’arête des

ombres, fendre la terre bourrelée par

l’humus noir cogitation

de merveilles

et mon ventre sera jardin des

âmes, patience des

rives, jades à

sucer

 

vous m’avez profilée

de désirs, de défis, de délices

ainsi plus haute sera la flamme

et verte la rétine

qui en conservera la danse

 

 

Et l'intime danse, celle d'Erato, enfin, celle qui fait vivre plus qu'un corps, mais deux corps qui croisent dans les mêmes eaux, dans les mêmes "hauts". Comme ce très vieux texte, à sa manière bancale, le chante encore, le danse peut-être.

 

 

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Ce qui danse dessous le pont

pas de reproduction sans accord de l'auteur Florence Noël

 



Par ton Souffle

 

 

 

Frappe le grésil tambour des tempes. Ta voix éveille mon songe, puissant Ange du Nord. Profonde gorge d'où suinte le miel d'une fêlure. De tes ailes acérées, tu tranches, délicat, mes raisons de vivre, les oiseaux de champagnes écumant mes ivresses d'âme. Ternis ma trop simple fontaine. Sous ta grâce j'expire en phrases si fraîches.

 

 

 

Cueillie en somme, je m'étire. Panthère des fleuves presque inertes. Mes coussinets signent le rugueux de la Terre. Découvrir l'étrange chose, aller caresser les racines des rocs, aux abîmes des volcans gelés. Plonger dessous les carcasses de glaciers. Se laisser mordre l'écru de la peau par des monstres tectoniques. Des lames avides et froides. Se donner à la portée parfaite d'une vague d'harmonie. Se laisser engloutir dans les couvertures venteuses des monts rêvés. Déglutir la lie du sol, laper la lave des boueuses merveilles, se couvrir du limon des vins doux et brûlants. Sans reprendre son souffle, descendre s'étendre au lit suave du monde.

 

 

 

Des violons rapides aiguisent mes danses animales. Danser, danser. Ne serions-nous qu'une histoire de danse ? Un grand rond félin  d'antre exhumé nidifie en moi. Ecarlate, une source jaillit, au confluent de nos coulées de rages. Une source vivace, légère, une vapeur d'aimer.

 

 

 

Et les grottes résonnent d'anciens carnages, ondoient d'images de guerre volées aux aigles pourfendeurs, aux vrilles exquises des sens, deviennent béances, clairières apaisantes où viendront demain boire ensemble la gazelle et la louve.