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31/07/2009

Le surgissement du rêve

tes paupières
deux pétales
aux nervures bleues fines
dedans
la sève à rêve
un océan en ses canaux
se promène

je m’étonne de la transparence
opaque pourtant pour
tes pupilles
cœurs d’amandes fendues
au réveil


*

 Surgissement du rêve



mon amour a l’immobilité
de ton sommeil
quand je compte sur mon souffle
combien de remous
traversent ta poitrine
si menus signes de vie

tes paupières froncent tout
un delta de rivières
des felouques couchent leurs voiles

l’angoisse s’y noie
celle d’une mort figée
dans ton soupir

21:35 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bébé, sommeil, poésie littérature, yeux |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

23/07/2009

La lune 40 ans après

- Maman, c’est vrai dis, c’est vrai qu’y a des hommes sur la lune ?

Je suis allongée à même la plage, sans serviette pour me protéger. Fanette pose son seau de sable entre mes jambes. Je crois qu’elle a élu ces fortifications naturelles comme site pour son nouveau château.
- Hmm ? Non choupinette, personne ne vit sur la lune, il n’y a pas d’air, tu sais.

Fanette redresse la tête et dans un bel enchaînement, rehausse son sourcil droit. On ne peut mine plus sceptique.
- Ce n’est pas ce qu’ils ont dit, maman, à la musique du marchand de glace !

La casemate du glacier surplombe la digue. Avec son toit de planches, une verte anis, une rose pâle, il attire régulièrement les pas de ma cadette. Quel que soit le temps, elle obtient toujours qu’on lui offre au moins un cornet sur la journée. Elle est curieuse des goûts, aujourd’hui c’était mangue –cassis. Pas de doute, car sous son sourcil relevé, il y a une bouche deux couleurs, orange pour la commissure de gauche, mauve pour celle de droite.
- Ha bon ? Tu es sûre que tu as bien entendu ?
- Ben oui, y zon dit qu’y a des hommes qui ont marché sur la lune, avec un polo 11 ! Tu le sais même pas ?!

Fanette est courroucée, mon ignorance la peine, elle incline sa tête sur le côté gauche - le mien - et elle pose sa petite pelle pour pouvoir planter ses mains aux hanches et ainsi mieux appuyer sa désapprobation. Je sens que je risque de perdre mon crédit de mère, j’y tiens, alors je me concentre un peu…
- Apollo 11 !!! Mais mon cœur de perle, il y a bien longtemps qu’ils sont revenus ! 40 ans ! Mais depuis lors, non il n’y a plus d’homme sur la lune.
- Ah tu vois !!! Tu vois !! Ils y sont allés alors ! Donc ils savaient respirer, donc il peut y en avoir d’autres ! Peut-être même qu’il y en a un qui est resté ! Ou deux, avec des animaux, comme dans l’arche de Noé, et que maintenant ils sont trente cent mille.
Fanette fige son expression outrée. Deux secondes. Puis rajoute :
- … au moins !

Je me retiens de rire. Si je cède, elle va mal le prendre et alors adieu, château, plage, sable et soleil couchant. Il faudra consoler, prendre dans les bras, puis au dodo direct. Je prends la tangente :
- Chouchou, je t’explique : Apollon 11, c’était leur navette spatiale. Il n’y a que deux astronautes qui sont descendus sur la lune, ils ont marchés deux heures, puis ils sont revenus.

Deux heures, c’est encore une longueur de temps très floue pour Fanette, mais elle a quelques références. Pour la première fois depuis le début de la conversation, elle perd le dessus :
- Deux heures ? Comme d’ici jusqu’à la maison en passant par l’autoroute ?

Elle semble déçue. Mais tout de suite, elle reprend espoir :
- Peut-être qu’ils ont laissé un bébé, ou deux… On peut pas savoir. Moi, je crois que oui.

Elle tend tout son visage vers le ciel qui se mélange de mauve au fur et à mesure que le soleil se dilue dans les nuages de mer. Très bas, une lune minuscule émet quelques reliefs gris perle.
- Je t’assure Fanette, ils n’ont pas eu le temps de faire des bébés, puis même, il n’y avait que des hommes alors ils n’auraient pas pu.

S'installe une autre pause très concentrée durant laquelle elle tape sur son pâté de sable pour en aplanir la tour. Je regrette d’avoir donné des détails, ca risque de dériver vers une conversation bien plus compliquée que celle d’hypothétiques hommes vivant sur la lune. Je la vois digérer l’information : deux hommes ensemble ça ne peut pas faire de bébé. Bon à savoir…
- Mais des singes ? Ou des éléphants ?

Là, elle m’a eu par surprise, je ne m’attendais pas à une telle réplique. Sans réfléchir je réponds :
- Mais heu, non deux hommes ne peuvent pas donner naissance à un singe…

J’entends bien : elle a éclaté de rire ! Pour peu, cette fois c’est moi qui me vexerais.

- Maman, t’es trop drôle ! Je le sais bien qu’ils ont pas des singes dans leur ventre ! T’es bête ou quoi !!! Mais dans leur navet spécial, peut-être que oui ?
Cette fois, je coupe court, doctement. La lune et Apollo 11 méritent bien un hommage sans y mêler Noé. Je m’assieds sur mon séant, faisant sensiblement bouger la citadelle en cours de construction :
- Fanette, je te l’ai dit, il n’y a pas d’air là haut. Ils ont pu marcher sur la lune durant deux heures, avec des combinaisons et de l’oxygène un peu comme les plongeurs. Ils ont ramassé quelques cailloux, planté un drapeau américain, puis ils sont revenus sur terre.
- Ben, ben, ben…
Fanette passe de la position accroupie à un inélégant cul par terre, jambes écartées. Visiblement, là voila qui digère cette avalanche d’informations nouvelles.
- Et pourquoi alors, oui, pourquoi ils ont pas mis un drapeau de la terre ? Pourquoi un drapeau américain ? Et pourquoi, pourquoi, pourquoi…


Je respire, inutile de la brusquer, quand elle a trop d’idées ça fait embouteillage entre ses lèvres. Soyons patiente.
- Et pourquoi ils y sont par retournés ?
- C’étaient des astronautes américains, et c’est leur pays qui a payé tout le voyage, ca a pris trois jours pour aller et autant pour revenir et c’était si cher, si cher, - comme plein de maisons, de voitures, de vacances et tout et tout- qu’ils n’y sont pas souvent retournés, trois ou quatre fois. Mais toujours pour quelques heures. Voila. Et jamais, jamais, ils n’ont amenés de chien, de chat, de dinosaures, de girafes, d’éléphants. Et encore moins de bébés.
La sentence est tombée. Le vent du soir et tout l’air autour conspirent pour rendre le silence qui suit presque solennel. J’ai un peu mal à ma brusquerie. Le goût âcre du regret remonte dans l’arrière-bouche. Je viens de lui casser tout enchantement. Avec son histoire de Noé sur la lune, elle ne m’a pas donné l’occasion de lui parler de la merveille que c’était, que ça reste, 40 ans après, d’envoyer des hommes pour qu’ils marchent, deux heures entières, pour qu’ils dansent sur la lune. Ou c’est moi, comme d’habitude, qui n’ai pas su faire résonner mes rêves en écho des siens. Fanette se tait avec application. Elle dessine encore quelques créneaux. Imagine un fossé autour de sa construction de sable. Je suis assise maintenant, je fixe l’horizon qui se pastellise, là, juste derrière ses mèches folles que la mer encadre.

- Regarde, Fanette, le soleil se noie dans la mer ! C’est magnifique, allez regarde, on avait dit qu’on viendrait voir le coucher de soleil toutes les deux. On fait un câlin ?

Elle se retourne lentement, sa moue boudeuse se détache sur le ciel en feux.
- Maman, le soleil, il ne se couche pas, c’est une étoile qui est très loin et c’est la terre qui tourne puis on ne le voit plus. Alors, il peut pas se noyer dans la mer. Papa me l’a dit…

Je n’ai plus envie de rire du tout. J’ai même une grande tristesse qui s’abat sur moi, là. Et l’air doit vibrer d’une drôle de manière, parce que Fanette se retourne d’un coup, et sautant au-dessus de son château, elle vient se caler dans mes bras. Puis elle s’installe pour assister au fondu des derniers rayons roses.

- c’est joli, hein maman ?
Elle murmure. Puis se collant à moi un peu plus elle me dit :
- J’ai un secret, mais promis tu le dis à personne ?

Je l’embrasse prête à lui promettre tout ce qu’elle veut, même que la lune est carrée, même, si elle veut.
- C’est un garçon qui me l’a donné tout à l’heure, tu veux voir ?
Elle a fourré son bras dans son sac de plage et d’une contorsion, elle revient se loger contre ma poitrine. Elle brandit une petite longue vue en carton, recouverte d’un papier brillant. Bleu nuit.
- Il avait les cheveux verts !!!
Je ne dis rien, je fais l’étonnée, je lui dois bien cela… Finalement, c’est elle encore qui me sauve de ma médiocrité…
Elle a plaqué son œil sur le petit côté puis pointé le jouet vers la lune, qui émerge de l’obscurité. Elle sourit largement…
- Tu avais raison : il n’y a personne là-dessus… on ne voit que le drapeau. Tout seul, et quelques traces de pas dans la poussière grise.
Ne pas briser le charme. Je turbine à cent à l’heure : comment sait-elle pour la poussière ?
- Dis-moi comment il est le drapeau ma puce, hmm ?

Elle ne décolle pas son œil, elle fronce les sourcils…
- Heu, rouge, avec des lignes blanches et bleu et avec des étoiles dessus…. Il ne bouge pas… c’est parce qu’il n’y a pas d’air ? c’est ça, maman ?

Je dis oui. Mais dans me tête, je me crie que non, c’est elle qui a raison. Si elle peut voir un drapeau sur une lune, avec une longue-vue d’enfant, peut-être que des bébés naissent là-bas avec des scaphandres intégrés…

- Tu veux voir ? regarde !

Je ne vois rien, évidemment, qu’une lune à peine agrandie. Je dis juste :
- C’est vrai qu’elle est belle.
- Alors tu l’as vu ? Le drapeau ? Tu l’as vu ?
- Pardon ma puce, c’est tellement grand tout cela, non, je ne le vois pas…
- C’est pas grave.
Elle a répondu tendrement. Elle ne m’en veut plus.
- C’est juste que tu as un rêve dans l’œil. On réessayera demain….

Nous voila sur la digue, dans l’obscurité presque totale, sinon quelques pâles éclairages qui scintillent. L’appartement est à deux pas. Avant de franchir la porte, Fanette lève vers moi ses yeux pleins de sommeil et ajoute :

- Dis maman, comment on peut avoir les cheveux verts, tu sais ça, toi ? Toi qui sais tout, tu sais ?

 

*

 

lire les autres contributions (Christiane, Lise, Stépahne Méliade) dans mon auberge de ragueneau :

http://aubergederagueneau.blog4ever.com/blog/forum_msg-44...

16/07/2009

Les verdoyants prés liminaire de Pierre Ménard

Ces derniers jours ont été le lieu d'exploration d'autres lieux et notamment du peut-être futile - aux regards des siècles et des âges qui roulent leur bosse sur notre terre - mais néanmoins amusant dans son concept "Twitter" (traduisez "gazouillis", mes oiseaux). Twitter permet de s'abonner à des mini news -impressions, -humeurs alimentées par des personnes de votre choix et lorsqu'il y a choix, il y a nécessairement possibilité d'écrémage, de découverte, etc... Vous pouvez donc suivre des personnes plus ou moins influentes dans leurs domaines de pensée ou de "veille". Vous pouvez aussi voyager de liens proposés en lieux de réflexion ou de contemplation, le tout sous-tendu par une très grande réactivité à ce qui "se passe" sur le Net.

Tout lieu (réseau?) sur le Net fonctionnant avec ses propres règles accueille aussi ses propres groupements spontanés de gens et la récolte -cueillette? - de découvertes ainsi va bon train.

Découvert donc, entre autres merveilles avec lesquelles je vous reviendrai plus tard, Pierre Ménard,qui tient une constellation de sites de qualité sous l'intitulé Liminaire, tout à la fois blog, blog audio, wiki d'écriture en écho, news, lieu de sa propre créativité ou netvibes portail vers ces différents fils consacrés à l'écriture qui se dit, se confronte, s'illustre, se revendique, milite et rêve.

J'ai participé à la dernière consigne postée sur son wiki Marelle, "lieu d'incitation poétique". Et ce fut un plaisir d'être incitée ainsi...

De ce monde de référence, de ces percussions de rencontres, de personnes, de voix, Pierre Ménard est le chef d'orchestre, l'incitateur...

"Pierre Ménard travaille essentiellement sur ordinateur, qu’il utilise comme moyen d'archivage, mais aussi comme instrument de recherche et de composition poétique. L’écriture au défi des nouvelles technologies. Le web est à la fois un lieu d’expansion créative et d’enrichissement potentiel d’expériences de langage, mais c'est également un lieu d’appauvrissement et d’entropie de ces mêmes expériences."

S'il faut tenter de définir le point commun de ces expérimentations, ce qui peut les réunir, c'est peut-être la tentation de faire exister l'écriture, la création par tous les moyens, dans un éclatement permanent de tous les formalismes.
Travailler toujours plus loin dans la rupture, en tentant de débrider nos représentations du réel. S’ouvrir à d’autres champs que la littérature, présenter à travers des procédés générateurs communs au texte, à l'image et au son : donner à voir le travail du langage, à le figurer sur la page, faire entendre le travail du son, donner voix au chapitre, montrer le travail de l'image, à travers la photographie et le cinéma.
Il s'agit de faire surgir, de révéler, ou du moins de laisser soupçonner la possibilité de quelque chose qui sort du vraisemblable qui parvient à s'imposer largement comme la réalité. L'activité qui consiste à mettre en œuvre ce type de procédures, j'ai décidé de l'appeler : PoésieRéalité."

Passants, passantes, je vous invite chaleureusement à visiter ces lieux tous marqués par un goût sûr et une créativité cohérente !

 

MARELLE veut relever le défi d'une création sur internet en y proposant un atelier d'écriture. Pas question d'y apprendre à écrire. C'est plutôt un lieu de création et d'expérimentation ouvert à tous. Une Zone d'Activité Poétiqueà diffusion permanente.

 

MARELLE RADIO Des lectures de textes, des enregistrements, toute l'actualité de la poésie, des inédits d'auteurs, de la poésie sonore, des travaux en cours : Sons, remix et Cie.

 PAGE 48 Une série de lectures de différents livres, mais une seule page, toujours la même, la page 48, comme autant de pages arrachées à ses livres de chevet, ses ouvrages de référence, et d’autant de pages originales.

 

BLOC-NOTES Journal de création, bloc-notes poétique, photographie, critique de livres et lectures versatiles.

12:09 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, poésie, liminaire, pierre ménard, marelle, twitter |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |