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23/06/2009

Parmi les hôtes de la maison de la poésie

Il existe un espace à namur, une petite maison dans une petite rue pavée du vieux centre, à quelques pas du musée Rops, à quelques autres de la place Saint Aubin,  pas loin non plus de la maison du conte, une maison toute de briques consacrée à la poésie.

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J'y avais interviewé en son temps Robert Dulieu, alors responsable des lieux. J'avais souvent déclamé un ou l'autre texte issu de sa somme de textes à dire lorsque je fréquentais l'académie de musique d'Eghezée.

Depuis lors j'y ai quelques fois mis les pieds, un jour pour y lire quelques uns de mes fantômes de l'infini peu, devant un public d'écrivants de Namur et environs... après avoir écouté leurs propres et riches interventions. Sur une scénette minuscule, avec un rideau de velours rouge comme encadrement des postures.

Une autre fois j'y ai entendu lire à deux voix l'"Entre-deux-eaux" de Ben Arès et Colette Decuyper. Un grand moment de magie où la poésie s'incarne dans deux voix. C'était lors de l'une de leur fête internationale de la poésie toute en humanité, convivialité et namuroise ardeur.

Alors, je suis heureuse que le responsable de la revue Source m'ait fait une petite place dans la longue liste des auteurs de la région.

Il faut dire que l'on y croise que du beau monde. Il y a même Julos Beaucarne, André-Marcel Adamek, la chère et regrettée Mimi Kinet (dont j'avais eu l'occasion de dire les textes à la maison de la poésie d'Amay à la sortie de son recueil "Le discours du muet" et à qui j'ai consacré une page sur l'âme de fond), ou encore Werner Lambersy (Lisez au moins "D'un bol comme image du monde" ou "Petits rituels sacrilèges" ou encore "L'arche et la cloche", livre offert par Yves Colley lorsque nous fréquentions chacun, étudiants, la Bibliothèque Royale en quête d'archives... après vous ne vous arrêterez plus) mais aussi Arnaud Delcorte mon compatriote néo-louvaniste qui vient de publier aux Chasseurs Abstraits un recueil intitulé "Le goût de l'azur cru". Je l'ai lu et vous réserve une petite mise en bouche pour vous donner envie de le prendre en mains vous aussi.

J'y ai retrouvé aussi Marie-Clotilde Roose dont j'avais fréquenté une seule fois le cercle de la Rotonde ou son équivalent dans un café théâtre un jour de 1995, où je désespérais d'arriver jamais à faire reconnaître ce feu d'encre qui coulait en moi, jour où j'ai écrit les premières strophe de "train de vie", en gare du midi....

Mais aussi Otto Ganz, figure noire autant que lumineuse rencontrée dès les couloirs de l'université, avec ses obsessions morbides voire vampiresques qui n'arrivaient pas à camoufler un homme gentil dans l'âme. C'est lui qui m'a incidemment aiguillé , un jour de marché de la poésie à Paris, vers sa commune comme lieu de résidence définitive (enfin de ce définitif qui précède quand même le cimetière, ou en tout cas l'inclus) et ainsi que j'ai émigré à Enines sur Orp-Jauche.

Ou le si lumineux Lucien Noullez, cher ami dont je lis à présent,après ses nombreux recueils de poésie, le premier roman "L'érable au coeur". Histoire semi-autobiographique écrité avec cette bonhommie qui tire juste et qui déplie les plaies. Cet homme de coeur rencontré, quel merveilleux souvenir, au détour du rayon poésie de la bouquinerie "l'écrit vain", près de la Porte de Halle en compagnie de Stéphane Méliade.

Il y a aussi le "non-rencontré" Paul Van Melle qui me publia pour la première fois en revue, défunte comme lui hélas...

Il y a mon sésame, Eric Brogniet lui-même, que je vous invite à lire. Qu'il soit remercié ici aussi.

Et tant et tant d'autres, aperçus, lus, aimés, découverts, et tant encore plus, à découvrir.

 

*

Il y a une petite dédicace à isa avant le second texte publié. Je suis contente qu'Eric Brogniet ait choisi celui-là pour cette raison-là aussi.

17/06/2009

visions croisées

Je lis ceci ce matin sur le blog d'Alina Reyes :

"Cette nuit j’ai vu en rêve une grande et puissante tigresse, décharnée, debout, allaitant un petit squelettique. Son visage nu, qui avait perdu ses couleurs comme tout son corps, était d’une force d’expression et d’un tragique intenses. Exigeant le regard, et contre la terreur le courage et la responsabilité.
La vision m’a réveillée."

Alors, je revois la nouvelle "Poitrail" écrite il y a peu, et j'y vois comme un écho hors temps...

Juste l'extrait central qui s'y rapporte :

"Puis est venue le temps où l’homme sans barbe et sans sandale a glissé son bâton dans l’embrassure de la tente des plus jeunes filles. Il l’a désignée et l’a guidée, sans un murmure, sous le grand Bouleau. Il a ordonné à aïa de tondre trois brebis dont elle a cardé la laine. Puis, après en avoir enlevé la graisse et toutes les impuretés, elle l’a modelée en une longue tunique. Ensuite, elle s’en est vêtue. Alors, elle a égorgé la plus ancienne des brebis, au ventre sec, dans lequel plus aucune eau primordiale ne viendra donner vie à un jeune agneau. Et du même couteau qui lui avait servi pour la tondre, elle l’a égorgée. Sans attendre que le sang ne tiédisse, elle l’a vidée, et a tiré sa peau. Du même couteau encore, elle a raclé la chair, jusqu’à ce que le cuir en soit lisse et doux. Au matin de ce labeur, sa tunique était plus rouge que beige. Elle a fait sécher la peau, tendue entre quatre piquets. Sinon qu’elle la baignait chaque jour de ses urines. Pour la faire blanchir comme le lait. Au quarantième jour, elle a quitté la tunique impure pour revêtir la tunique de peau. Et le passeur est revenu vers elle.

La nuit est une. Qui sait son commencement puisé aux commencements des siècles, là où le Dieu du premier des pères de son père a promulgué l’ombre qui couvre tous les noms. Qui sait sa fin cherchée dans le silence, là où la voix du Dieu des derniers des enfants de son enfant ne cesse de rebondir. Durant quarante jours elle est restée au bas de la colline en attendant l’homme sans barbe et sans sandales. Son passeur. Et la voila maintenant seule, ou presque, foulant le chemin des quatre tentes. Son bébé, son sans nom, collé à sa poitrine, elle avance au milieu des ténèbres.

Dans la première tente, un trou au sol, œil noir dans le noir. Elle doit puiser l’eau des origines. Le puits déroule sa corde si longue si longue, qu’il lui faut le quart de la nuit pour ramener un seau d’eau obscure où tremble une pépite. Le passeur prend le sans nom, l’enfant qui dort contre son sein, le dépose dans le seau vidé. Déroule la corde dit-il. Et quand Haïa hurle, il substitue son souffle par un chant double. Elle parle maintenant pour l’enfant et pour elle. Haïa lâche le seau, et ses larmes sont noires.

Dans la deuxième tente, un lionceau, fourrure d’or dans le feu. Elle doit l’abreuver de son sein. Il a si soif, dit HaYa. Tant qu’il lui faut un quart de la nuit pour que le fauve s’endorme repus sur son giron.

Dans la troisième tente, un trou au ciel, œil clair dans le noir. Elle doit puiser l’eau d’en haut. Rien de ce qu’elle admire n’est plus grandiose, les étoiles défilent, soudain proches à un doigt, puis lointaines comme mille déserts entre elles. Enfin, au trois quart de la nuit, un seau en descend rempli d’eau clair où baigne son enfant. HaYHa lui chante une comptine à deux voix pour qu’il se reconnaisse. La joie efface la peur.

Vient la dernière tente. Brasier déchiré d’une gueule, une lionne y rugit en peine de son petit. Va mets-lui l’enfant au sein, dit le passeur. Me le rendre pour me l’ôter encore, dit HayHa, non c’est trop. Qu’elle me nourrisse moi ! Soit dit le passeur. Un quart de nuit encore, HaYHaï dégage ses membres ankylosés des pattes de la bête, sa tunique y reste accrochée et la dénude entièrement. Parée de sa seule descendance, elle sort à la rencontre de l’aube.

L’Epoux t’attend, dit le passeur. Une vision d’argent, quelques feuilles blanches qui frissonnent. Soulever le pan de toile qui ferme la tente. Trop de lumière. "

12:04 Publié dans Roles et rituels | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tigresse, lionne, bébé, alina reyes |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

05/06/2009

autant revivre en mon jardin

Tiny purity

 

 

 

 

qu'il faille des ombres
comme regain pour le désir
et l'enfant mené au large pour y croire

c'est certain


qu'elles fassent pleuvoir sur nous
toutes sortes de pétales enflammés
puis leur nuance innocente car pâle
au matin d'un cerisier du japon

autant revivre en mon jardin


que tant de mains roulent leur crasse
avides de matière avides de vêts d'or
sous nos yeux crucifiés, nos yeux si pauvres
dans le choix


que parfois nos corps
dans leur course aux aguets
soient précédés d'une lumière
distincte mais reliée
fuyant nos lèvres
honteuses presque de nos pas de vieille suie

aveu fait foi


mais quoi alors quoi
alors?
n'y a-t-il de l'espoir en présence

si brève
qu'on peut désemparer?

ou c'est ainsi et faibles
- si beaux en vérité -
que nous nous dépolissons
d'avalanche en avalanche
de lumière

 

 

 

08:53 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, poésie, ombre, lumière, florence noël |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |