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20/04/2009

Après je suis un arbre

 Sur l'auberge de ragueneau, mon forum littéraire, nous avons lancé un jeu interactif fin mars. Les contributions roulent si bien qu'on en est à plus de cinquante pages de texte... Lise Genz, Mahatma Bandit (lire Stéphane Méliade), Christiane de Rémont, sont les contributeurs de ce texte en continuation.

(C'est un jeu d'interaction. Un premier post saisit un personnage dans une situation donnée. Petit texte très bref, instantané de vie qui doit faire maximum trois paragraphes.

L'auteur suivant écrit un nouveau texte, sur un autre personnage, mêmes contraintes mais un plus, il doit avoir croisé le personnage précédent, voire plusieurs des personnages précédents. )

Voici l'extrait ( mien) du jour.

Je vous invite à lire ces deux fils, (dans l'ordre) Tournez Manège 1 - Tournez Manège 2

 

** 

Combien de pelures de bouleau j’enroulerai encore autour de mes doigts ? Je ne compte pas… Je me fais des gants d’argent, des gants nature, et je dépouille l’arbre de son corset. Je l’entends respirer, mais pas lorsque je plaque mon oreille sur son corps. Seulement lorsque je me tiens face à lui, les pieds dans la mousse, mes bras tendus, alléluia. Alors mes poumons bruissent de son feuillage et j’attends l’aubade des oiseaux du ciel.

Sur la route toute belle, le soleil fait des glissades, ça ruisselle de printemps. Au niveau du sol, tout est trouble de brume ascendante, le bitume reflète des points d’eau d’un autre désert, d’autres mirages. Je lui tourne le dos, mais j’entends les femmes et les enfants qui marchent jusqu’à l’école, ceux qui traînent, ceux qui houspillent, ceux qui galopent, ceux qui chantent. Ils ne savent pas que je grandis depuis toujours à côté d’eux. Dans ce buisson, une flamme ourle les premières feuilles, elle ne brûle rien, mais elle me parle. Tous les jours, je viens la voir et elle revient sans cesse. Après je suis un arbre : je m’applique à croître sans me laisser happer par la route toute belle, la route jolie et son défilé d’hommes en hâte.

Monter, verdir, fleurir


Devant moi, dans l’horizon tranché par le buisson, des champs se chevauchent en collinettes, déroulent leurs sillons. Ca fait des signes que je sais lire dans le langage du feu que le buisson m’enseigne. Parfois, je ferme les yeux, Ca chante, je les rouvre et trois heures ont passé, les enfants parcourent la route dans l’autre sens, vite pour rejoindre leur maison qui dégagent déjà les fumets des déjeuners. J’ai leur âge, je suis leur bol, leur soupe, leur rire. Puis j’ai l’âge des oiseaux et ensuite celui de la terre. Parfois, j’essaye d’avoir celui du ciel et je tombe au sol de joie, j’irrigue les herbes de mes larmes. Au sol tout pousse, fins lichens aux tonalités vives, trèfles, mousses, orties, pissenlits parcourus de sèves blanches. L’odeur est si forte que la tête me tourne.

Il y a quelques hiers, je regardais cette femme et cet homme creuser la terre. Une nuit sans lune, étoilée pourtant. J’ai senti leurs odeurs, leur musc, leurs haleines croisées. Ils n’avaient pas vingt ans, quoi qu’en disaient leurs corps. Ils vivaient si fort depuis si longtemps. J’ai eu envie de leur montrer leur arbre frère. Mais le feu se taisait en moi. Il n’était pas temps encore. Et voici aujourd’hui, ils sont vivants ailleurs, trente ans passent et, moi, l’hermite italien, le pauvre Luigi, le rebouteux, l’indien, je suis toujours aussi jeune. Ils me disent fous au village – l’innocent- et ils ont tant raison. Ma folie d’amour pour eux, pour cette terre qui nous fomente, pour ce ciel qui nous augmente. Ma folie est si forte, je vois tout et je sais tout. Je connais le dedans des cœurs, les inclinaisons des âmes, les mystères des coffres. Le prêtre en secret vient me voir, nous parlons de Ca. Les femmes volages en secret me réveillent, je leur parle des oiseaux, jusqu’à l’aube. L’enfant différent vient aussi cœur aux lèvres et j’ai aperçu une jeune fille au nom lumineux. Elle viendra, je le sais. Il y aura un thé pour elle dans ma cabane, nous parlerons de la mer. Tout le monde cherche la mer, elle aussi. Et je lui parlerai de ce qu’il faut voir au-delà des apparences, je lui parlerai de ce que le coffre contient de plus que ce qu’elle y trouvera. Cette nuit, je sais qu’elle ira vers son secret tout doucement, en fraude, pour être la première à savoir, pour être l’élue d’une chasse d’amour, pour s’ouvrir aux trésors. Elle ne trouvera rien d’abord. Et personne au matin ne la croira. Il faudra lors qu’elle vienne me voir. Pour être élucidée. Elle viendra.

15/04/2009

Lieu de mémoire

A l'Atelier de la Flamme Verte, je lance  un petit jeu ce matin sur la métaphore et le Kenningsgar. A l'âge des adolescentes qui participent, la première notion est très floue et la seconde totalement inconnue. A partir d'un lieu qui les inspire, je leur demande d'écrire un petit texte en utilisant un maximum de ces formulations. Toutes les deux m'écrivent quelques lignes en prose. Je leur demande alors d'essayer de disposer ce texte comme un poème. Miracle, deux tès chouettes textes surgissent. Je vous copie le premier des deux, de Mathilde Dupont, pas encore 13 ans... Son lieu de mémoire était un cimetière militaire sur la côte Normande.

Texte en prose :

Nous entrâmes dans ce lieu sacré où tant d’hommes reposaient. Les croix laiteuses par millier gisaient en rangées perpendiculaires. Dans ce champ immaculé de taches blanches, se dressaient des monuments tels des châteaux forts.

Texte en vers :


Au dessus de chaque homme,
une croix laiteuse
un quadrillage de points blancs,
une feuille A4 immense,
déposée sur le sol.
Un champ neige,
dans lequel se glisse
4 châteaux forts
en guise de monuments.

14/04/2009

le poids d'un Acrostiche

carte verte.jpgPour se présenter ce matin, un classique, le jeu de l'anagramme. Très bons résultats, dont je vous publierais bien les autres contributions avec accord de leurs auteurs.

 

En attendant, voici le mien, tout simple. Je ne me souvenais pas l'avoir fait auparavant.

 

 

 

Facile de parler de soi… et pourtant

Là, suis-je mon nom ou plus ? Je ne sais

Orbe du O, au milieu qui me dit ouverte mais

Rêve toujours accroché au silence qui suit

Et oui, Florence, c’est efflorescence, mais suis-je fleur ou fruit ?

Nuit peut-être mais lumière au milieu

C’est ainsi un nom, une vie, on le porte

Et il nous porte, ange soulevant nos pieds, toujours cheminant.

 

18:57 Publié dans Activités culturelles | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : anagrame, stage, jeu écriture, florence |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |