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31/07/2008

In the Death Car

In the Death car....

 

Je n'avais pas encore lu "La question humaine" de François Emmanuel, moi qui suis férue de cet auteur. Mum, avec qui je partage  bon nombre de mes goûts de lecture (et de musique), me l'a donc passé la semaine dernière. Il n'a fallu qu'un jour pour pénétrer dans la lecture, pour la traverser et pour ne plus jamais en sortir. Ce livre de François Emmanuel tranche avec d'autres de lui par certains partis-pris du style . Ici tout est à l'efficace, phrases courtes, peu de redites, peu de disgressions oniriques, de ces "à-côtés" qui nourrissent la profondeur d'autres de ses récits. Pourtant, et c'est indubitablement dû au propos, la profondeur de ce récit est insondable. On franchit la margelle d'un puits où se décomposent les cadavres de l'Histoire et plus précisément ceux de la guerre 40-45 et de certaines méthodes d'extermination des juifs et on n'en ressort jamais vraiment.

 Le génie de ce livre, c'est le biais par lequel cette question est traitée. La responsabilité qui incombent aux hommes de pouvoir et l'utilisation qui est promue par eux du langage, sa perversion pour "traiter" toute question. A la "question juive" de la guerre, s'oppose ici, dans une violence feutrée de la gestion des resources humaines d'une entrepise franco-allemande, la "question humaine". Le narrateur, psychologue du travail, enquête presque malgré lui, puis poussé par une curisoité qui le met en danger son non questionnement personnel,  dans le fouilli des passés fusionnés par le hasard de similitudes de noms.

 Au centre du récit, qui lève le voile sur la folie rampante de la responsabilité collective assumée soudain individuellement, un texte historique, semble-t-il, évoquant dans un langage propre, technique et sans taches, l'horreur de camions de la mort, où le gaz d'échappement redirigé dans la zone de "chargement" sert, durant des trajets vers une mine, à contribuer à l'extermination des juifs. On sait aussi que ce procédé avait été testé en premier lieu sur les déficients mentaux allemands. Cette description de Death Car atteint son paroxysme dans la scrupuleuse recherche d'efficacité technique à évacuer toutes les souillures produites par le "chargement" durant son agonie. Souillure qui abîment le véhicule et son stystème de mort. Il faut rationaliser les coûts, améliorer l'engin. Le langage devient une arme terrifiante là au service de la machine de mort nazie, autrement, d'une manière plus convenable, mais pourtant éthiquement discutable, au service des entreprises qui manient alors de la chair à production, fusion, restructuration,... dans une vision de déresponsabilisation individuelle.

*

Me vient aussi, cette image des Death Car chinoises. Chine dont on a tant décrié la gestion des droits de l'homme au Tibet, oubliant si vite que le pire de ce régime n'est pas discriminatoire et que les chinois non tibétains, eux aussi subissent parmi les plus graves violations des droits humains : enfermement sans procès, peine de mort pour une 70aine de délits dont économiques, censure de toute presse, internet, répression des opinions, de la liberté d'expression, répression des activistes. On parle ici, certe d'un pays très porteur économiquement, mais surtout du cinquième de la population mondiale.

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Je suis tombée sur une image de "Death car" chinoise, utilisée depuis deux ou trois ans pour exécuter avec des cockatil létaux les condamnés à mort chinois. C'est économique car ils sont exécutés localement, c'est propre, plus que la balle à l'arrière de la tête, visiblement (encore que certains avocats estiment que le prisonnier devant garder la bouche ouverte pour limiter les dégats sur son visage, ça n'est pas un argument), et c'est "humain" semblerait-il...

 Extraits choisis  (traduits d'une article en anglais):

 "Les fabricants des fourgons de la mort disent que les véhicules et les injections sont une alternative civilisée au peloton d'exécution, finissant la vie du condamnée plus rapidement, médicalement et sans risque. Le passage des coups de fusil aux injections est un signe de  ce que "la Chine favorise les droits de l'homme maintenant" ; dit Kang Zhongwen, qui a conçu le fourgon de la mort d'automobile de Jinguan en lequel "Devil" Zhang a fait son tour final. "

 "Les fabricants des fourgons de la mort disent qu'ils épargnent l'argent pour les localités pauvres qui devraient autrement payer pour construire des équipements d'exécution dans les prisons ou les bâtiments judiciaires. Les fourgons s'assurent que des prisonniers condamnés à mort peuvent être exécutés localement, plus près des communautés où ils ont violé la loi. Cela "décourage d'autres du crime de engagement et a plus d'impact que des exécutions effectuées ailleurs", indique Kang .

 "Avec les fourgons de la mort, la compagnie fait également les limousines à l'épreuve des balles pour les pays riches et des camions blindés pour des banques.  La  brochure glacée du van de la mort "JinGuan"est imprimé en Chinois en anglais. De l'extérieur, les fourgons ressemblent aux véhicules de police vus quotidiennement sur les routes de Chine. "

 "Je suis surtout fier du lit. C'est très humanitaire, comme une ambulance, " indique Kang . Il indique la civière actionnée par l'électricité en métal qui glisse dehors sur un plan incliné. "

Ca permet aussi de prélever les organes des condamnés pour faire du trafic qui profite aux polices locales. Enfin, c'est nié, mais il y a des indications certaines de telles pratiques.

Je rappelle, au cas où certains seraient sensibles à ces artifices de langage, ces paravents cyniques, que la peine de mort n'a aucune influence sur la baisse de la criminalité. Elle n'est en rien dissuasive, elle est le fait d'un Etat qui par des moyent techniques et de plus en plus souvent, une apparente médicalisation, essaye de déresponsabiliser la chaîne humaine qui conduit à cette exécution. Une nation qui exécute, se rend coupable, non pas en tant que personne "morale" mais en tant que somme de ressortissants physiques, d'un crime. D'un meurtre. 

Dans quelques jours, s'ouvrira ce magnifique événement mondial que sont les jeux olympiques. Ils se tiennent en Chine. Tout le monde le sait. L'argument du CIO en 2001 était que la Chine aurait ainsi une pression internationale pour accompagner son évolution économique d'une réelle ouverture au monde et aux droits de l'homme. Il semble à présent évident, et le resserrement de la censure en est la preuve la plus évidente, que la Chine a au contraire intensifié ses exactions pour montrer un paysage propre, sans drogués (soignés "de force") sans pollution ni saleté ("nettoyée de force"), sans pluralité (les activistes étant plus que jamais poursuivis).

Peut-être que montrer l'exemple de futurs Jeux dans une nation qui essaye réellement de respecter les droits de l'homme, serait la prochaine fois l'occasion d'une vraie fête du sport et non d'une terrible compromission internationale avec un langage autoritaire, dictatorial. Beaucoup ont confondu l'ouverture à l'économie de marché, le capitalisme permis dans un monde originellement communiste avec une "ouverture aux valeurs occidentales". Mais franchement, en terme de valeurs, le capitalisme n'est pas ce qu'on a fait de mieux et je préfère toujours les droits de l'homme comme porte d'entrée éthique.

La Chine en débat, en anglais vous attend

 

Sinon, rappelons-nous d'étudier l"'instant de notre propre rutpure" avec l'autorité, celle où nous devenons résistant.

 

I Comme ICare:

30/07/2008

récit long - Extrait chp. 8 - Ulric chez Elena

Ulric passa en milieu de semaine. Il confirma avoir invité tous les amis des beaux jours en plus de quelques-uns issus de la période récentes, ces derniers n’étant pas les moindres. Amis journalistes connus à l’université ou collègues de Samson, photographes, son galeriste, Aimé Nicaise, son agent, un réalisateur de courts-métrages, Samuel Megliani, avec lequel Samson avait collaboré, les frères, un cousin resté proche, sa mère, les parents de Samson, Vladimir, un chanteur chilien connu au temps des campus universitaires. A charge de tout un chacun d’apporter plats ou boissons, dans la formule traditionnelle. Ulric raconta par le menu les appels, les réponses, les réactions tandis qu’Elena taillait obstinément une haie sauvage qui bifurquait vers l’orée de la forêt.


- « Tu aurais du refuser, Elena, si cela te rebutait autant »


- «Je t’ai dit, c’est une bonne idée. J’ai recommencé à peindre. Plus grand qu’une assiette à dessert, je veux dire »


Ulric la fixa avec acuité. Il ne marqua pas un temps très long avant d’avancer un - « Tu me montreras ? »


- « Je ferai une expo à l’étage et dans le pigeonnier durant l’apéro. C’est en l’honneur des filles ». D’un geste du poignet, Elena remonta une mèche qui lui cinglait le visage. Ses gants de jardinage étaient noirs d’humus, tout comme son pantalon et maintenant sa joue qu’elle venait d’effleurer incidemment.


- « Tu ne me montreras rien avant, n’est-ce pas » Ce n’était déjà plus une question. Ulric sourit. Son envie déçue, son allure gourmette, sa blessure courtoise, sa timidité galante. Elena n’avait pas besoin de relever la tête pour apprendre son expression.
Elle aimait cet homme au poil blanc et à l’allure de dandy d’une affection profonde. Mais elle se gardait de lui faire spontanément plaisir. Elle sentit un resserrement des artères autour de son coeur, le signe l’anti-grâce comme elle l’appelait, elle en eut de la peine. Mais elle ne changea rien à sa décision. L’expo serait dévoilée pour tous lors de la fête, tous y compris Ulric.


«Cesseras-tu un jour de m’en vouloir, Elena ? »


« Reviendra-t-il un jour, Ulric ? » La réplique avait monté en même temps que le regard. Mais la voix avait cette lenteur des pleureuses à l’orée du marbre lisse.


Il la serra un peu fort, d’une accolade improvisée, puis presque délectable. Il attendrait bien jusqu’à la fête, puisqu’il avait reçu l’indiscrétion d’une épaule. Il attendrait toutes les fêtes. Elena déjà franchissait le seuil courbant la nuque. L’entretien était clos, une piqure d’églantier mêlait le sang à la boue au centre exacte de sa paume droite. Sous le jet du robinet le brun devient plus sombre et le rouge plus vif, tous deux coulèrent longtemps dans l’évier. Quand elle s’essuya les mains, tout en elle était sec. La voiture d’Ulric achevait de faire crisser les cailloux de l’allée.


Elle releva enfin la tête. Le fantôme de son regard la fixait dans l’épaisseur de la vitre. Elle eut l’impression d’un choc de fixité, dur. Qui cillerait le premier ? Passer au travers, voir son jardin écouler ses rumeurs d’automne avec mollesse. Combien de jours passés depuis cette semaine de novembre l’année dernière où le temps, la chair et l’esprit furent absorbés dans l’inquiétude, l’interrogation jusqu’à l’insupportable silence qui recouvre tout ? Infiniment.

 

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Des poches de sa veste de jardinage, Elena retira des pétales de rose qu’elle venait de cueillir. Elle les ajouta dans un panier déjà bien rempli, qu’elle rangea au frigo. Dans deux jours, il ne devrait y avoir place que pour la fête, son étrangeté, sa somme de plaisirs infimes, sa multitude de satisfactions individuelles, ses moments solennels, ceux où tout peut voguer sans capitaine. Pour cela, il lui faudrait mettre aussi sa dureté au frigo.

16:38 Publié dans roman en cours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fête, forêt, disparition |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

24/07/2008

Quand et où ça se passera

France Culture

31 août Dimanche 23h30 - minuit

Ça rime à quoi

Par Sophie Nauleau

Réalisation  :  Patrick Molinier

Attaché de production : Thierry Beauchamp

Musique : Tin Hat Trio, « Compay » par Carla Kihlstedt, Book of Silk.

Chanson : Thomas Jules, « Sais-tu faire le poète sans les mains », Powête.

Invitées :

Florence Noël

Jeune femme qui hante le net poétique depuis l’origine.  Son site baptisé L’âme de fond

présente des poèmes qui n’auraient pas à rougir d’être sur beau papier  - tels « J’ai mère », « Ça n’a que peu de poids » ou encore « Haleine »…

 

Valérie Rouzeau

Dite « oie rêve à l’azur »  la poétesse de Pas revoir, Neige rien et Va où,  qui joue des anagrammes de son nom comme des assonances,  dit « Apothicaria » et d’autres poèmes inédits. 

Valérie Rouzeau est née en 1967, elle vit à Saint-Ouen. Elle a publié une douzaine de livres de poèmes dont Pas revoir (le dé bleu, 1999) ; Va où (le Temps qu’il Fait, 2002) ; Apothicaria (Wigwam, 2007) et Mange-Matin (l’idée bleue, 2008). Elle est par ailleurs traductrice de Sylvia Plath dont elle a fait paraître Arbres d’hiver / La Traversée en Poésie/Gallimard (1999 avec Françoise Morvan & Sylvie Doizelet) ainsi qu’une monographie aux éditions Jean-Michel Place : Un Galop infatigable (2003). Elle a également traduit la biographie que Diane Middlebrook a consacré au mariage de Sylvia Plath et Ted Hughes, Son mari (Phébus, 2006) et un choix de textes du photographe Duane Michals pour les éditions Robert Delpire (2008).