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01/12/2009

Ton aile s'affriole de bleu gras et pâteux

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© C. L. Genz,  2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ange bleu, Christopher Genz, le fils de mon amie Lise d'Au Jour d'Hui, l'a peint. Les anges sont malicieux. Ils viennent et vont entre les lignes de notre temps d'homme, de nos espaces d'hommes. Parfois on reconnaît leur silhouete, des années plus tard dans la vision d'un autre, de cet ange qui vous aviez croisée, auquel vous vous adressiez en silence.

 

C'est sûr Christopher a croisé une de mes visions de 92 ou 93. Je vous laisse juge, texte en main....

 

L’Ange

Tu sais les fruits de nos bouches
les autres récits des gens
les parades, les façades

Ton aile s’affriole de bleu gras et pateux
tachant nos doigts
elle s’épanche, tendue soudain
s’ébat
l’ange

Tu sais nos brûles-heures, nos sabres sourds de rouille,
nos débauches de brume, nos rouge-gorges épris d’eau simple

Des images marron clair,
belles, en somme
quelque peu endommagées
dans nos esprits
Par les cités noyées, par les enfants nus,
par les flaques grisonnantes
par nous,
déchus.

Et puis toi… tu voles, au moins
toi… tu sais le goût de l’eau
On ne t’as pas appris à être désolé de lumière
quand tous les feux s’éloignent
Toi… tu sais que les silex divins
étincellent quelquefois dans nos âmes.

22:41 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ange, christopher genz, peinture, littérature, poésie, florence noël |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

16/11/2009

Les chardons de Pierre

Pierre Gaudu est un artiste peintre qui vit près de Grenoble. (son site)  Il y aurait beaucoup à dire de ses oeuvres abstraites, travaillant sur le mouvement interne et sur une cinématique d'une oeuvre à sa précédente. Il y a toute la série qui s'inscrit dans la quête des couleurs de Delacroix. Aborder son oeuvre par cette série fait réaliser que ses tableaux parlent, d'une matière qui réinvente la forme pour quêter d'une réalité ses impressions et son mouvement.

Il s'agit d'une série d'interprétations libres réalisée en 1994/95 d'après la période orientale de Delacroix, chasses au lion,indienne attaquée par un tigre, fantasia etc...

D'autres oeuvres qui rentrent dans une série en gestation continue, nous ouvrent à l'alpha et l'omega, l'origine et l'évolution, une réflexion sur l'alchimie de l'or et du plomb, sur l'être, le possible, les effets...  Voir chaque semaine les nouvelles oeuvres comme compléter et répondre aux précédentes est comme être initié à un dialogue à la fois intérieur et universel avec le sacré.

Pierre Gaudu est aussi un photographe inspiré. Il tire de la nature des tableaux évocateurs de troubles et d'aspirations intimes. Ses pierres, ses silhouettes, ses chardons nous disent autre chose que la beauté nue d'une pierre, d'une ombre ou d'un chardon. Ils semblent capturés pour ce qu'ils reflètent de notre rapport à la création. Peut-être que le mot création est un mot qui dérangera. Mais finalement nous créons et tout créateur se sait inscrit dans une dynamique plus vaste préexistant. Sans doute est-ce pour cela que ses pierres m'ont inspirées pour le texte "Douze carrés blanc 5".

Sa série des chardons, sera quant à elle bientôt sujet d'une exposition. A la demande de Pierre, j'ai écris quelques petits textes sur mon ressenti face à ces photos où soyeux et piquant se cotoient dans une dialectique de la nature intime de nos quêtes d'amour et de beauté. Souffrance et joie s'y frottent s'y résolvent, s'y enlacent. Observer ces sommités de chardon, se questionner sur l'émotion qu'elles suscitent en nous, nous met en perspective nos propres désirs et nos propres épreuves.

Alors, ce petit partage :

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16/04/2008

récit long - extrait 5 - Elena

(...) 

 

Elle attrapa un gilet bleu irlandais qui traînait sur un dosser de chaise, l’enfila dans un frisson intense. Un café, noir, sans sucre, bien fort, pour tenir encore une heure, le temps qu’elles soient à l’école. Ensuite, dormir jusqu’à midi.


Une nuit de visions d’acryliques épanchées sur des toiles de plus en plus exigües. Là haut, perchée dans son pigeonnier –comme Samson avait coutume d’appeler son atelier sous les combles- une nuit sans insomnie puisque sa visée n’était pas l’endormissement, seulement un éveil qui sursoit aux songes du jour comme de la nuit.


Des grincements de plancher à l’étage, une série de craquements dans l’escalier ; Elena perçut une crispation violente dans la poitrine. Les filles n’avaient pas de dérivatif à cette douleur lancinante. A peine l’école, trois copines deux maîtresses, et elle, leur mère – celle qui demeure. Elle s’en voulut suffisamment pour puiser dans leur évocation un sourire de beau temps.


-« Câlin maman » salua l’Ariane des jours inquiets, la main serrée très fort sur le médaillon qui ne la quittait plus, avec sertie dedans, la photo de son père un jour de plage, de vent et de glace à la framboise.


Son corps léger et tiède à pleins bras : « Câlin mon scoubidou bleu. Tu veux inviter qui à la fête ? Choisis, on a de la place pour dormir »


- «Souria »


-« Sou… Mon ange, tu sais qu’elle ne peux pas venir »


Souria, la petite africaine, « à la robe damassée de parme et d’ocre et à la tête enrubannée d’un turban rouge rehaussé d’or », celle qui savait par cœur mille et deux contes, toutes les manières de faire le feu et les noms des étoiles, des nuages aussi, ainsi que des fleurs. Une chimère de Samson, dont il lui donnait des nouvelles dans chaque carte postale, dans chaque mail, dans chaque appel. L’héroïne de chacune des histoires du soir quand, revenu, il avait pour tâche de peupler leur nuit de rêves à la mesure de son silence. Souria s’était tue en même temps que Samson. Elena éprouva soudain à quel point cette amie lointaine devait manquer à sa fille. Un autre pan de son monde qui s’était volatilisé.


Elena devait être très loin dans ses réflexions car Coraline haussa brusquement le ton, « Maman, je te par-le, t’es dans la lune ? »


-« Arrête, elle est pas dans la lune » intervient sérieusement Ariane, « Elle est dans la cuisine ! »


Qu’il fut bon ce rire, qu’il fut bon de consoler Ariane vexée de ces rires, que le trajet fut léger pour cette fois. Même l’habituelle absence de salutation du clan des mamans snobs n’atteignit pas Elena qui marchait « dans des babouches de soie brocardées » avec la tête haute « des porteuses d’eau » ici et à dix milles kilomètres, en son for intérieur autant que sur une toile un peu plus vaste où elle crayonnerait jusqu’à midi la silhouette chamarrée d’une enfant à la peau cuivrée.

 

Happy Birthday to you...

La route inverse vers la maison lui parut plus longue, mais Elena aimait la lenteur patiente où œuvre une vraie délectation. Parfois le temps se distend, c’est lieu de visitation. Suivre sur ses vitres l’éclatement filamenteux des gouttes poursuivies d’air et de vitesse, recevoir ce soleil qui la coiffait à présent et cette presque douceur de l’atmosphère. Se garer et paisible, accomplir chaque geste comme on cueille les première mûres quand l’été culmine enfin. Fermer la portière – timbre sourd et courtois – parcourir les vingt mètres de sentier qui la sépare de la porte – dérangement des graviers libérant leur humidité nocturne – ouvrir la boîte aux lettres en bois bariolée (une œuvre collective des filles) – en sortir les quelques missives – pas d’écriture manuelle, qu’importe – introduire la clé dans la serrure – le petit clic puis ce souffle raz de l’effleurement de la porte sur les tomettes  - déposer vêtements de pluie, sacs et accessoires dans le vestiaire – confusion de chocs tintant et de cotonneux affaissements – grimper d’une traite les deux volées d’escalier jusqu’au pigeonnier -  marches élastiques sous le poids – hésiter, juste pour s’offrir une mesure pleine avant de se vider avec application – soulever le rideau écru séparant la maison de son atelier

Les velux laissaient entrer une profusion de clarté et de chaleur. Trop pour l’éveil, trop pour l’extraction du suc. Le pull over joncha le premier le sol, le jeans rejoignit le dossier d’un fauteuil dégarni, elle retira le restant rapidement, habité par la même hâte qui pousse nos corps de l'espièglerie à l'amour.

vitraux-Chagall.jpg (...)

12:43 Publié dans roman en cours | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : roman, chagall, souria, samson, peinture |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |