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21/02/2010

Quel est le poids de l'ombre

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"Tombée des nues" Photographie, Pierre Gaudu

 

 

pas un doigt d’arbre que la neige
n’épuise
viatique d’un désert
où l’immobilité rumine

quel est le poids de l’ombre
à qui meurt et comment
dire la rage lente des feuilles
pour déchirer leur pulpe?

un pinson fore l’heure blanche
et noire des photos
qu’on prend fouillant l’haleine
les lèvres à même la vitre

rousse
la volute quand s’envole
l’oiseau brusque du
mystère :
le mouvement qu’il dévide
étire la béance
entre l’œil et le cœur

 

13:31 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : florence noël, neige, poésie, littérature, ombre |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

03/12/2009

Ici on manque de ciel

"Les montagnes ne vivent que de l'amour des hommes. Là où les habitations, puis les arbres, puis l'herbe s'épuisent, naît le royaume stérile, sauvage, minéral ; cependant, dans sa pauvreté extrême, dans sa nudité totale, il dispense une richesse qui n'a pas de prix : le bonheur que l'on découvre dans les yeux de ceux qui le fréquentent"

Gaston Rébuffat





- ici, on manque de ciel -



ici, c’est pire encore
on manque de ciel
pour accrocher nos yeux
pendre nos mains en guirlandes
nos lèvres aux guis –
quant aux baisers… -
de primitifs montages de roches
avalent l’horizon


oui, mais
il y a aussi une aura qui ruisselle
des monceaux de pas levés
le regard s’y aperçoit
forant les nébuleuses pierreuses


ici, c’est une ouverture de neige
déferlante en grand draps d’écume
malgré tout on y dîne d’une piécette de givre
de quelques miettes jetées
à bas des pics
pour les erres et leurs paumes
en coupoles


plus tard
- combien plus… -
il faudra de janvier
transpercer le blanc
s’aboucher aux glaciers
là nos noms y reposent
pour un temps encore
leurs blessures d’ailes
et de salives


plus tard,
le meilleur se cueillera
aux reins de la lumière.

 

Le visage du temps qui passe - Face of time

 

12:53 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, poésie, montagne, grenoble, neige, florence noël |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

03/02/2009

Extrait de roman en cours "Journal de Samson"

 Extrait de roman en cours

 

"Journal de Samson -  le 2 janvier 2008

 

 

 

Ce ne fut pas l’odeur, ni même le silence qui m’instruisit de sa venue avant même que je ne m’éveille. Je dors toujours les fenêtres ouvertes, été comme hiver. Mais ce ne fut pas non plus le vif froid ou un vent descendu du Nord. Plutôt une épaisseur dans la transparence physique de l’air, un écran qui n’étouffe ni ne réverbère les sons, les distances ou les effluves, mais qui se dépose sur eux et entre eux et les rend confusément semblables. La neige révèle l’essence commune d’un cri, d’un pas, d’un souffle. La neige se dépose et tout avec elle devient dépôt, archivage du temps. Celui qui l’expérimente intouchée au premier matin, redevient virginal, et comme le nouveau-né, cherche à happer son lait fondant dans la bouche, et de ses yeux myopes se perd dans ses nappes superposées.

 

Après, je me souviens qu’en ouvrant l’œil, j’ai eu envie d’aussitôt le refermer, puis de respirer à fond l’électricité sèche qui aiguisait l’air. Et j’ai frémis de plaisir, comme un gosse. La neige.

 

white light on white earth

En bas de l’escalier, l’effervescence grondait. Il en avait suffit d’un autre, plus vigilant, ou du patron peut-être, pour les rameuter tous, en tenue complète, fusil à l’épaule et casquettes à oreilles de fourrure vissées sur leurs vingt crânes. Je fus le vingt-et-unième.

 

Les musettes bombées de pitances pour la journée attendaient toutes, alignées sur la grande table de bois, que les chasseurs les glissent en bandoulière. Des cafés amers fumaient dans des bols, qu’on engloutirait debout, les bottes déjà chaussées, avant de s’essuyer la bouche d’un revers de manche et de pénétrer sans plus de scrupule la blancheur fascinante.

 

Alors, le patron fit dix pas. Puis levant un doigt autoritaire, il stoppa le cortège et toutes conversations. Et un hululement solitaire, comme la proclamation du ban d’un prétendant au trône, sectionna la partition blanche pour y rajouter une note noire, sauvage, excitante et affolante à la fois : Le Loup.

 

Je m’étais immiscé dans leur groupe sans éclat, par la force de l’habitude, en quelques jours à partager leurs repas de chair fraîchement tuées dans les bois prochains, ou leurs jeux de cartes durant des après-midis élastiques défiant les projets de lendemains. Ils retourneraient bientôt chez eux, loin, mais tous espéraient les premières neiges, les premières chasses au goût ancestral : aller tirer la bête qui hantait leur sommeil d’enfant, lui faire payer la note, à ce loup, pour les sept chevreaux, le petit chaperon rouge, les trois petits cochons et tous les autres moins chanceux croqués au fil de mille ans de contes.

 

Mais là, aurais-je pu me targuer d’être encore spectateur ? J’étais de cette troupe, le pas dans leurs traces à eux, plus silencieux encore, car tendu entièrement vers ce flan hâve et noir que je voulais voir glisser entre les troncs centenaires. Plus encore, je désirais faire face à la gueule, voir les fines lames du regard s’arrêter sur moi, les lèvres se retrousser, sentir son haleine rencontrer la mienne. Je ne voulais rien moins qu’un face à face. Pas question d’un coup de fusil planté entre les côtes d’un animal qui s’éloigne ou qui passe à distance. Mon esprit s’obnubilait de cette gueule qui m’attendait, seule justification honorable pour m’être perdu hors du temps, hors d’Elena, pour avoir exploré à l’envi l’oubli de rentrer.

 

 

 

15:26 Publié dans roman en cours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : neige, loup, chasse, samson, roman |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |