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31/07/2009

Le surgissement du rêve

tes paupières
deux pétales
aux nervures bleues fines
dedans
la sève à rêve
un océan en ses canaux
se promène

je m’étonne de la transparence
opaque pourtant pour
tes pupilles
cœurs d’amandes fendues
au réveil


*

 Surgissement du rêve



mon amour a l’immobilité
de ton sommeil
quand je compte sur mon souffle
combien de remous
traversent ta poitrine
si menus signes de vie

tes paupières froncent tout
un delta de rivières
des felouques couchent leurs voiles

l’angoisse s’y noie
celle d’une mort figée
dans ton soupir

21:35 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bébé, sommeil, poésie littérature, yeux |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

17/06/2009

visions croisées

Je lis ceci ce matin sur le blog d'Alina Reyes :

"Cette nuit j’ai vu en rêve une grande et puissante tigresse, décharnée, debout, allaitant un petit squelettique. Son visage nu, qui avait perdu ses couleurs comme tout son corps, était d’une force d’expression et d’un tragique intenses. Exigeant le regard, et contre la terreur le courage et la responsabilité.
La vision m’a réveillée."

Alors, je revois la nouvelle "Poitrail" écrite il y a peu, et j'y vois comme un écho hors temps...

Juste l'extrait central qui s'y rapporte :

"Puis est venue le temps où l’homme sans barbe et sans sandale a glissé son bâton dans l’embrassure de la tente des plus jeunes filles. Il l’a désignée et l’a guidée, sans un murmure, sous le grand Bouleau. Il a ordonné à aïa de tondre trois brebis dont elle a cardé la laine. Puis, après en avoir enlevé la graisse et toutes les impuretés, elle l’a modelée en une longue tunique. Ensuite, elle s’en est vêtue. Alors, elle a égorgé la plus ancienne des brebis, au ventre sec, dans lequel plus aucune eau primordiale ne viendra donner vie à un jeune agneau. Et du même couteau qui lui avait servi pour la tondre, elle l’a égorgée. Sans attendre que le sang ne tiédisse, elle l’a vidée, et a tiré sa peau. Du même couteau encore, elle a raclé la chair, jusqu’à ce que le cuir en soit lisse et doux. Au matin de ce labeur, sa tunique était plus rouge que beige. Elle a fait sécher la peau, tendue entre quatre piquets. Sinon qu’elle la baignait chaque jour de ses urines. Pour la faire blanchir comme le lait. Au quarantième jour, elle a quitté la tunique impure pour revêtir la tunique de peau. Et le passeur est revenu vers elle.

La nuit est une. Qui sait son commencement puisé aux commencements des siècles, là où le Dieu du premier des pères de son père a promulgué l’ombre qui couvre tous les noms. Qui sait sa fin cherchée dans le silence, là où la voix du Dieu des derniers des enfants de son enfant ne cesse de rebondir. Durant quarante jours elle est restée au bas de la colline en attendant l’homme sans barbe et sans sandales. Son passeur. Et la voila maintenant seule, ou presque, foulant le chemin des quatre tentes. Son bébé, son sans nom, collé à sa poitrine, elle avance au milieu des ténèbres.

Dans la première tente, un trou au sol, œil noir dans le noir. Elle doit puiser l’eau des origines. Le puits déroule sa corde si longue si longue, qu’il lui faut le quart de la nuit pour ramener un seau d’eau obscure où tremble une pépite. Le passeur prend le sans nom, l’enfant qui dort contre son sein, le dépose dans le seau vidé. Déroule la corde dit-il. Et quand Haïa hurle, il substitue son souffle par un chant double. Elle parle maintenant pour l’enfant et pour elle. Haïa lâche le seau, et ses larmes sont noires.

Dans la deuxième tente, un lionceau, fourrure d’or dans le feu. Elle doit l’abreuver de son sein. Il a si soif, dit HaYa. Tant qu’il lui faut un quart de la nuit pour que le fauve s’endorme repus sur son giron.

Dans la troisième tente, un trou au ciel, œil clair dans le noir. Elle doit puiser l’eau d’en haut. Rien de ce qu’elle admire n’est plus grandiose, les étoiles défilent, soudain proches à un doigt, puis lointaines comme mille déserts entre elles. Enfin, au trois quart de la nuit, un seau en descend rempli d’eau clair où baigne son enfant. HaYHa lui chante une comptine à deux voix pour qu’il se reconnaisse. La joie efface la peur.

Vient la dernière tente. Brasier déchiré d’une gueule, une lionne y rugit en peine de son petit. Va mets-lui l’enfant au sein, dit le passeur. Me le rendre pour me l’ôter encore, dit HayHa, non c’est trop. Qu’elle me nourrisse moi ! Soit dit le passeur. Un quart de nuit encore, HaYHaï dégage ses membres ankylosés des pattes de la bête, sa tunique y reste accrochée et la dénude entièrement. Parée de sa seule descendance, elle sort à la rencontre de l’aube.

L’Epoux t’attend, dit le passeur. Une vision d’argent, quelques feuilles blanches qui frissonnent. Soulever le pan de toile qui ferme la tente. Trop de lumière. "

12:04 Publié dans Roles et rituels | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tigresse, lionne, bébé, alina reyes |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

18/01/2009

ton tout premier berceau

voici et je demeure dans l’infra parole
là où aucun mot, là où aucun son
estomaquée sous le jet du caillou
dense de te vivre ma douce

tu n’as rien dit, une seconde,
puis toute ta peau a vagi
contre la courbe de mon cou
ton tout premier berceau
ma chair en tremblement de mère
secousse de souffles
pour toi l’expulsée vive
je reste coincé dans un simple
bonjour

depuis,
je demeure à la porte
bouche en suspens car il me faut te boire
pour te croire

on m’a remis des
bans à proclamer
peints à la plume sur de longues écharpes
qu’on tire de mes poches
pour enrouler les tailles des mères,
les épaules d’enfants
et tous parlent
et tous rient
sautillent comme des cabris furieux de montagnes
tant que
des places publiques surgissent sous leurs rondes
tandis que des kiosques grondent cents trompettes
leurs cavalcades ont forgé ton nom dans la terre
réponse au cieux qui s’effrangent
cristal par cristal

tu croîs à demeure sur mon ventre
je mastique le temps
souffle une bulle
demain est hier
aujourd’hui dégèle sur mon seuil

mandorle et nielle

 

et me voila, infra chant, infra verbe
ta trop prolifique vie d’ange
vissée à mon buste, à mes bras de cocagne
à mon regard tes nielles noires
ou suivant de l’oreille
mes concrétions de soupirs
mes quatre mots doux, mes trois chants pour
désoler le mutisme
de mon amour

ta main accroche une sentinelle
à ma clavicule
le lait décharge son impatience
dans mon sein

me voici

16:48 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : naissance, bébé, berceau, accouchement, allaitement, amour |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |