27.02.2006
Petit plaidoyer pour une littérature rénovante.
Faut-il être militant ?
Petit plaidoyer pour une littérature rénovante.
Chaque poète, chaque écrivain à ses sujets, ses thèmes de prédilection, ses « résidents ». Au fil des textes et des années, il module ces illuminations fondamentales en de multiples objets textuels. Certains de fiction, d’autres où se mèlent principalement leur intime. Mais souvent les écrivants utilisent les feuilles blanches comme panneaux de projection de ce qu’ils vivent, aiment et souffrent. De ce qu’ils manquent ou découvrent.
Les jours présents nous montrent très souvent des écrivants en panne de rêve et de découvrance. La littérature interroge l’homme en son quotidien et souvent par la lorgnette de ses crises et de ses échouements. Il en ressort une sorte de défaitisme ambiant, de parfum de déliquescence ou de marasme de la pensée. De livre en livre, on s’étale sur le plus terrible et le plus intime, mais on perpétue cependant les tabous de la mort, de l’anormalité, de la différence, des croyances et du dépassement de soi. L’homme, occidental, se pense et cette activité ne le met pas en marche, elle le met en suspens au-dessus de lui-même. Les parcours difficiles, les manques et les souffrances sont invités au festin des lettres et des médias et peu de miettes tombent sous la table pour les chiens errants, les affamés et les marginaux.
On lit ces livres et l’on peine à croire que nous vivons nantis, dans une Europe où sévit moins qu’ailleurs, malgré tout ce qu’on peut et doit améliorer, la faim, la soif, la terreur, l’injustice, la maladie, la guerre, les cataclysmes naturels massivement meurtriers.
Bien sûr, on lit partout que cela change, va changer, que nous sommes aux portes d’un avenir plein d’eaux, de vents violents, de terres instables, de pandémies et de famines, de veillesses pauvres et solitaires, de guerres peut-être et de dérives ethniques et éthiques. Alors les récits d’ « anticipation », puisant aux shémas éprouvés historiquements de totalitarismes, de fanatismes et de catastrophes, se gorgent de malheurs plus grands encore, plus majestueux, plus cinématographiques, peut-être.
Certains défendent ce si percutant « réalisme ». Mais ces récits reflètent-ils vraiment nos vies d’hommes de peu ? La mienne ou celle de mon voisin ? On dit que peu d’entre nous ont une histoire. Mais cette affirmation n’est-elle pas un peu malhonnête, un peu malvoyante, un peu mal-entendante ? ( pour ne pas dire frauduleuse, aveugle et sourde ?)
Ces récits, souvent, évoquent des situations improbables, des dialogues impossibles et des dénouements théâtraux. Les auteurs défendent, par leur licence littéraire, ces réalité-fictions. Mais de la réalité, la vrai, de son parfum reconnaissable entre tous, peu ou pas d’écrivain ne s’y attaque. Les seuls à se soucier de ces détails si riches sont les raconteurs d’épopées historiques. Et là, l’Histoire palie au manque supposé de rêve que recèle nos pauvre vies infimes.
C’est étonnant lorsque l’on se penche, pourtant, sur l’engouement fanatique des médias pour la « télé-réalité » où l’on met soigneusement en scène et en situation les moindre médiocrités humaines dans des comptes-rendus journaliers qui captivent de plus en plus de gens de toutes générations.
C’est étonnant quand on voit, dans une qualité inversément proportionnelle à ces émissions, l’immense impact artistique de films comme ceux des frères Dardenne, collant à la peau même du vécu de personnes extraites, littéralement, de notre paysage familier.
Mais non, on nous dit que la littérature doit permettre l’évasion. Mais cependant, elle s’attarde, obstinément, à cette part sombre de nos vies, nos psychoses, nos déviances et nos ruptures et cherche, presque exclusivement, à explorer la part désenchantée de notre monde. La sacro-sainte réalité, le réalisme est saucé de mise en scène, starisée ou diabolisée afin d’alimenter le grand leurre de la cause première de l’homme : lui-même.
Et quelle part médiatique, quelle part de reconnaissance réserve-t-on à ceux qui osent verser dans un monde parallèle, par le biais d’injection de rêve, de fantastique, de spirituel ou de symbolisme ou par le biais d’une exploration d’un homme en évolution ?
Ces écrivains, souvent sortent de l’ombre par la patience, par la fidélité d’un lectorat acquis par le bouche à oreille, par la qualité de ce qu’ils offrent : des récits abstraits de nos réalités quotidiennes mais rejoignant inévitablement nos questionnements universels ou encore des histoires familières, rencontrant nos vécus particuliers mais offrant l’issue d’une réelle élucidation, dépassement et mise en sens de l’homme.
Et que reste-il des autres, des militants ? Des éveilleurs de consciences d’un monde qui doit relever des défis autrement plu grave que le nettoyage des petits nombrils de l’homo europeanus ? Ceux qui vont à la rencontre des autres gens, des autres populations, des défis urgents, des dérives graves ? Ceux qui, par le langage, le scénario, la thématique inventent, découvrent , proposent ? Ceux qui imaginent, redessinent ? Ceux qui offrent la perspective d’un homme encore en prise sur le destin de son humanité et responsable du monde qu’il habite ?
Est-ce que l’on peut encore, en tant qu’écrivant de ces jours surinformés, évoquer littérairement ces guerres, des innondations, des exodes et des maltraitances, des famines et des attentats ? Dénoncer, se révolter, dessiner d’autres peut-être, apporter une vision de l’intérieur, aider à comprendre, à être le familier de ces réalités « lointaines »-là ?
Et ne serait-il pas encore possible de promouvoir une littérature grand public, de qualité, rencontrant directement ou symboliquement la vérité de nos réalités, bâtie d’évolutions et de révolutions, dessinant pour l’homme des possibles, se désancrant de ce constat morbide d’impuissance, de finitude et d’échec ?
Quelle est la part des médias dans ces choix, dans cette promotion ? Quelle influence d’une presse envahie par elle-même et tendant vers une médiocrité accrue et généralisée comme seul objectif de satisfaction des masses ? Qui se fera enfin l’écho de ceux qui nous disent que nous sommes dignes de vivre, d’espérer et de désirer de grandes choses pour nous-mêmes et pour nos semblables, malgré, ou grâce à toutes les épreuves ? Qui osera croire par là, poser un acte militant pour la sauvegarde de la beauté d’être humain et l’amélioration de son environnement ?
Est-il encore bienvenu, d’être, à quelque dose que ce soit, un écrivain militant, créateur et espérant ?
Sans doute quelques exceptions confirment que le grand lectorat attend cela, cherche ces figures et les élit dès que la presse lui propose avec suffisament de visibilité. Sans doute faudrait-il croire encore que nos fragilités et nos espérances, que nos inventions, nos rêves et nos engagements n’ont rien de honteux, rien d’incorrect sur l’hôtel sacrificateur des médias, mais sont au contraire les indices d’un penchant de nombreux individus vers une humanité plus affichée pour transcender les souffrances sempiternelles du monde.
Sans doute faudra-t-il que ceux qui manipulent l’offre littéraire se questionnent et choisissent l’exigence de qualité plutôt que la quantité de fatuité.
Sans doute faudra-t-il plus que des écrivains militants : des médias et des éditeurs engagés dans une vision du monde plus exigente… Si il y en a qui hésitent à se trouver la vocation, qu’ils pensent à ces livres qui marquèrent à long terme l’histoire de la littérature. Il en reste peu qui se repaissent de la petitesse de nos destins, beaucoup qui ont permi de poser un autre regard sur nous-mêmes et sur le monde. Le débat ne date pas d’hier, c’est vrai, mais jamais peut-être, historiquement, l’homme n’a du faire face à tant de défis en étant si peu désireux de trouver quelques grandeur et voie d’espérance en son humanité.
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25.01.2006
Du doigt et de l'urinoir
Polémique Pierre Pinnoncelli : Le doigt ou l’urinoir
Intéressante polémique autour de Pierre Pinnoncelli, auteur d’happenings de rue depuis les années 60 ( à
l’époque où c’était à la mode) et sorte de fils spirituels des dadaïstes et autre oulipien. Bref, ce Monsieur est condamné pour avoir uriné et porté un coup de marteau sur l’urinoir de Marcel Duchamp, intitulé joliment « la fontaine » et ceci dans le but d’en achever l’œuvre.
En fait on trouvera toute la polémique résumée là :
http://www.couchet.org/fred/index.php?2005/11/24/8-pisser...
Ce qui m’intéresse moi, c’est que par ailleurs on peut lire de ci de là que ce fringant plus si jeune homme s’est tranché un doigt en signe de protestation et de soutien à Ingrid de Bétancourt. Et de cela, on ne lit aucune polémique.
Il existe donc des lois pour faire payer le vandalisme artisitque en peine de prison et en argent très sonnant et ne trébuchant que pour tomber dans l’escarcelle de l’Etata Français, du centre Baubourg et d’Axa. Mais personne n’a polémiqué sur l’acte de se mutiler par compassion. Ou par volonté artistique signifiante, j’imagine. Si le suicide est un crime dont on ne poursuit jamais l’auteur, qu’en est-il de la mutilation volontaire ? Peut-on impunément s’en prendre à son propre coprs ? Et pourquoi, surtout pourquoi, on parle davantage de cet urinoir que de l’acte atrocement plus endommageant de se couper un doigt. La cause fut-elle juste… Et même la cause étant la plus juste qu’il soit, le résultat de cette protestation très physique n’est pas qu’on en parle davantage , ni mieux. Cela en valait-il vraiment la peine ?
Bref, entre doigt et urinoir, je sais pour ma part lequel des deux événement a le plus touché mon humanité.
http://www.homme-moderne.org/images/actions/pascap/14.html
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Cela éveille en moi un vieux débat; Il peut être remis en contexte par l'événement qui eut lieu dans les années 90 à Florence, le musée des Offices avait été détruit par un attantat à la bombe posée par la mafiat. des oeuvres ont été ainsi détruites ou frotement endommagées. Je me souviens de mon indignation à l'époque qu'on s'en prenne aux oeuvres artistiques telles que celles conservées au musée des Offices... tout le débat est là : est-il plus "grave" éthiquement de s'en prendre à l'intégrité de l'homme mortel, à la vie courte et quelque fois sans postérité ou aux oeuvres artistiques qui ont traversés les siècles et qui témooignent de ce qui fait que l'homme n'est vraiment pas un animal comme les autres : sa sensibilité, son habilité, sa spiritualité, sa créativité...
Si on me disait : choisi entre le musée des offices ou la vie de ta fille, je n'hésiterait pas une seconde, suel compterait la vie de ma fille. Mais après qu'elle ait été sauvée, sa vie entière pourra-t-elle jamais équivaloire pour l'humanité à ce que représente l'ensemble des oeuvres du musée des Offices?
l'homme existe pour plus que sa simple existence, il est plus complexe qu'une forme de chair de sang et d'esprit, il peut perpétuer, transmettre, transcender le temps.
L'homme, et encore plus peut-être s'il est incroyant, aura besoin de marquer son passage sur la terre: par des enfants, une oeuvre d'esprit ou une oeuvre artistique. Lorsqu'on brûle des livres ou des oeuvres d'art, n'est-ce pas plus ontologiquement notre humanité qu'on brûle?
un artiste qui oeuvre toute sa vie préférera-t-il mourir plus jeune et passer ses oeuvres à la postérité ou bien mourir vieux au prix de chacune de ses oeuvres détruite à tout jamais? Si c'est un vrai artiste, il choisira la première voie, me semble-t-il...
C'était l'interrogation du jour....
Clepsydre
PS : j'ai un problème avec mon mac, j'arrive aps à mettre ne couleur et à rendre les liens actifs... :-(
10:05 Publié dans Qui rogat, non errat | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


































