03.12.2009
Ici on manque de ciel
"Les montagnes ne vivent que de l'amour des hommes. Là où les habitations, puis les arbres, puis l'herbe s'épuisent, naît le royaume stérile, sauvage, minéral ; cependant, dans sa pauvreté extrême, dans sa nudité totale, il dispense une richesse qui n'a pas de prix : le bonheur que l'on découvre dans les yeux de ceux qui le fréquentent"
Gaston Rébuffat
- ici, on manque de ciel -
ici, c’est pire encore
on manque de ciel
pour accrocher nos yeux
pendre nos mains en guirlandes
nos lèvres aux guis –
quant aux baisers… -
de primitifs montages de roches
avalent l’horizon
oui, mais
il y a aussi une aura qui ruisselle
des monceaux de pas levés
le regard s’y aperçoit
forant les nébuleuses pierreuses
ici, c’est une ouverture de neige
déferlante en grand draps d’écume
malgré tout on y dîne d’une piécette de givre
de quelques miettes jetées
à bas des pics
pour les erres et leurs paumes
en coupoles
plus tard
- combien plus… -
il faudra de janvier
transpercer le blanc
s’aboucher aux glaciers
là nos noms y reposent
pour un temps encore
leurs blessures d’ailes
et de salives
plus tard,
le meilleur se cueillera
aux reins de la lumière.
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28.10.2009
Douze carrés blancs (5) - cette pierre que Boutros tient dans sa main
c'est tout le rugueux
l'écorce tellurique épelée sur les peaux
l'âpre quand le frotté des mains la glisse
et s'y réveille
car le derme s'endort, foin d'animaux
foin de fourrures et de l'aqueuse enveloppe
des eaux puisées
tout s'endort quand le corps brise les ombres
à force de courir
a-t-'il vu le corps du passant
ce leurre d'ombrage
qui se dit immobile mais compte et décompte
la pulsation des lumières
car le soleil s'allonge sous la pierre
qu'il éclaire
c'est son ubiquité étrange sa turpitude d'onde
alors, ami,
je me penche et cueille
la pierre, sa densité, ses arêtes
tire sur sa silhouette terreuse
la délite et m'en alarme
mais son poids
mais son poids
dans ma paume parfaitement logé
sa masse juste
sa pesée de désert
sa pesée de manque
car il fait soif
à aimer les pierres
leurs échouages ou leurs jets
il fait désir et tout aussi soudainement
silence
et dans cette balance
tu es
- comblant de grâce-
là où je suis
Sur une Photo de Pierre Gaudu (http://www.flickr.com/photos/pierregaudu/4051862637/ )

12:57 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : monastère, pierre, lumière, douze carrés blancs, grâce
12.10.2009
douze carrés blancs (4)
Douze carrés blancs (4)
- Ce qu'on dit de la nuit -
c’est le milieu de la nuit
le battant pend au centre juste
de la corolle de bronze
un souffle à peine y tourne
c’est le milieu de la nuit
alors dormir est l’acte juste
dans la corolle de chair
des hommes repus d’oraison
on sait que les visions repeignent
les grands draps stellaires tirés
pour la scénographie biblique
qu’ici seulement le juste reçoit
sans décret ni sentence
mais la bouche est discrète sur ces marques
que la peau translucide émet
parfois
au matin clair et diaphane
le pied n’y tremble
on sait
alors on tait
comme dans tout mystère arrondi
sous le coup d’un caillou
jeté dans l’onde du désir
16:40 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : litterature, poésie, moines, désert, nuit, visions, désirs
08.10.2009
douze carrés blancs (3)
- Matteus -
il passe de sommeil à éveil d’un simple coup de hanche
juste avant que ne sonne la cloche
- habitude ou impatience -
le bruit de bronze la déglutition élastique
il a déjà ceint ses reins de la corde
à peine est-il dressé ses genoux reviennent à la terre
se souvenir qu’on n’est debout qu’une fois
la main de Dieu saisie
qui vous relève
bien sûr, bien sûr il ne calcule plus rien
- ce temps qui lui reste l’abandon encore -
mais si en fait,
chaque jour son front fouille
le méandre de chaleur dans ses draps secs et rêches
l’amitié courbe d’un matelas
même épais comme le doigt
bien sûr, bien sûr, on le croit réglé
au grain de sable près
-c’est ainsi car la Règle on l’ingère
la mange miette par miette, le silence aidant
nourissant les heures, les tâches, la direction du cœur -
mais si en fait,
chaque matin son nez recrée
l’effluve torréfié d’une tasse très chaude
sur une table rondement luisante
- il n’y a aucun mal, bien sûr,
qui justifie l’austérité –
pourtant chaque matin
il se réveille juste avant
glisse du lit à l’oraison
mange sa règle
avant son pain et son thé identique
à chaque matin
et il sourit
sa mère a dit un jour
- il l’a revue il y a longtemps maintenant –
c’est un mystère pour moi ce sourire
il ne peut venir de toi
comment pourrais-tu toi qui es nu et pauvre et
qui est loin de ceux qui t’aiment
c’est vrai il ne peut venir de lui
c’est pour cela qu’il sourit
d’être traversé d’une joie toute autre
de manger d’un pain tout autre
de laisser parler la mie dans le plus grand silence
d’écrire dans le sillage de ses sandales
un poème d’une seule ligne
parcourant l’arc pur
d’un lever au coucher
*

Illustration Blog Land art
http://nature-art.blogspot.com/2009/09/le-refuge-du-vieil...
11:44 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : douze carré blancs, moines, littérature, poésie, désert
28.09.2009
douze carrés blancs (2)

Monastère de Sumela en Turquie
Photo de "Sur les ailes du monde"
on l'imagine tiède
dépris par érosion,
un vent sans méchanceté
un vent sans émotion
on voit l'image très lente
de ce désert d'altitude
à peine effleuré d'un mouvement qui
se pose
puis s'en va
l'écran scintille
son soleil de pixels
en superposition d'éclats plus purs
les murs immaculés
ils ne disent pas
-la voix off ne dit pas –
s'ils les repeignent
souvent ou
si la lumière sans filtre
s'en charge
sœur lumière
*
tout est de toujours
ces hommes aussi
l'un – c'est tentant
d'y croire –
remplace un autre
les semelles changent
les dépouilles de rites
servent de vêt au nouveau
noviciat d'une rythmique
encerclée d'indéfaisable.
10:29 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : douze carrés blancs, désert, moines, poésies, littérature
23.09.2009
douze carrés blancs
a plein vent
en arrière des ombres ou projetées au-delà
ces cabanes, peut-être
douze carrés blancs,
des cellules sans gangue, sans habillage
justifiant une montagne
son chemin de roc et d'aplat
qu'ils durent escalader pour s'amenuiser
se rendre là
huttes de pisé blanc
huttes d'or revenu d'une latence
pour la contemplation avide
simples pièces chacune dans la quadrature d'un mur
pour des hommes couchant avec le désir
comme seul ameublement
*
ce n'est pas le silence
ce roulement du puits
qui décoche son grincement
ni cette porte
qui martèle l'instant
aux gonds soufflés d'allant en retrait
son battant décharné
les échardes hérissant le bois
usé
précieux donc
le bois d’un temps
de luthier
*
ce n'est pas le silence
ni cette psalmodie
a la limite fine d'un bourdon
ni ses harmoniques surgies malgré
l'absence de langue
ou sa scellée
d'un vœu de mutisme
qu'une bouche fit
*
et est-ce le silence
cette craquelure de peaux
l'assèchement du vide,
désœuvrement du dire
entre les deux pleines
margelles de la parole
émiettée au soleil de sable
qui tombe dru
chasseur de heurts, de palabres
de fracas
assourdissant désert
qui suivi le déglutissement
*

triant son indigo,
du clair beige
lessive assurée dans le coton des nuages
très haut filant
le ciel
il n'est pas de silence si haut qu'on
y aspire
ce n'est pas un bruissement
juste son dessin de volutes
sur toile bleu
âme
*
et si ce n’est le silence
cette rapure de pierre que révèle
leur sandale cuir de grisaille
sa béance sur un pied
presque nu
car presque guéri
d’avoir fui
d’avoir renié
d’avoir chu
trois fois sous la branche de son arbre
fui
trois fois sous la flagelle de son corps
renié
trois fois sous la faîtière de son Nom
chu
si ce n’est le silence
alors
*
alors qu’est-ce ?
ici ou sur Thabor
face à Face
ce rugissement des eaux
retirées
qu’est-ce ?
cette empreinte d’un cri
dans leur poitrine
ancrée
qu’est-ce ?
mais je vois l’un d’eux qui sonne
sonne la cloche
et la lumière de l’aube
enfin est soutirée
de la ténèbre
enfin
*
sans battant
la cloche sonne
ce n’est pas un silence non
c’est plus dense
leurs mains se rapprochent
et solitaire chacun
allume une prière
dans un craquement de paumes
*
(...)
[texte en cours d'élaboration - sur des souvenirs prégant d'un reportage sur des cénobites vivants sur une montagne brulée de soleil, des vies spirituelles individuelles mais proches]
23:47 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : montagne, cénobites, prières, silence
31.07.2009
Le surgissement du rêve
tes paupières
deux pétales
aux nervures bleues fines
dedans
la sève à rêve
un océan en ses canaux
se promène
je m’étonne de la transparence
opaque pourtant pour
tes pupilles
cœurs d’amandes fendues
au réveil
*
mon amour a l’immobilité
de ton sommeil
quand je compte sur mon souffle
combien de remous
traversent ta poitrine
si menus signes de vie
tes paupières froncent tout
un delta de rivières
des felouques couchent leurs voiles
l’angoisse s’y noie
celle d’une mort figée
dans ton soupir
21:35 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bébé, sommeil, poésie littérature, yeux
05.06.2009
autant revivre en mon jardin
qu'il faille des ombres
comme regain pour le désir
et l'enfant mené au large pour y croire
c'est certain
qu'elles fassent pleuvoir sur nous
toutes sortes de pétales enflammés
puis leur nuance innocente car pâle
au matin d'un cerisier du japon
autant revivre en mon jardin
que tant de mains roulent leur crasse
avides de matière avides de vêts d'or
sous nos yeux crucifiés, nos yeux si pauvres
dans le choix
que parfois nos corps
dans leur course aux aguets
soient précédés d'une lumière
distincte mais reliée
fuyant nos lèvres
honteuses presque de nos pas de vieille suie
aveu fait foi
mais quoi alors quoi
alors?
n'y a-t-il de l'espoir en présence
si brève
qu'on peut désemparer?
ou c'est ainsi et faibles
- si beaux en vérité -
que nous nous dépolissons
d'avalanche en avalanche
de lumière
08:53 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, ombre, lumière, florence noël
20.04.2009
Après je suis un arbre
Sur l'auberge de ragueneau, mon forum littéraire, nous avons lancé un jeu interactif fin mars. Les contributions roulent si bien qu'on en est à plus de cinquante pages de texte... Lise Genz, Mahatma Bandit (lire Stéphane Méliade), Christiane de Rémont, sont les contributeurs de ce texte en continuation.
(C'est un jeu d'interaction. Un premier post saisit un personnage dans une situation donnée. Petit texte très bref, instantané de vie qui doit faire maximum trois paragraphes.
L'auteur suivant écrit un nouveau texte, sur un autre personnage, mêmes contraintes mais un plus, il doit avoir croisé le personnage précédent, voire plusieurs des personnages précédents. )
Voici l'extrait ( mien) du jour.
Je vous invite à lire ces deux fils, (dans l'ordre) Tournez Manège 1 - Tournez Manège 2
**
Combien de pelures de bouleau j’enroulerai encore autour de mes doigts ? Je ne compte pas… Je me fais des gants d’argent, des gants nature, et je dépouille l’arbre de son corset. Je l’entends respirer, mais pas lorsque je plaque mon oreille sur son corps. Seulement lorsque je me tiens face à lui, les pieds dans la mousse, mes bras tendus, alléluia. Alors mes poumons bruissent de son feuillage et j’attends l’aubade des oiseaux du ciel.
Sur la route toute belle, le soleil fait des glissades, ça ruisselle de printemps. Au niveau du sol, tout est trouble de brume ascendante, le bitume reflète des points d’eau d’un autre désert, d’autres mirages. Je lui tourne le dos, mais j’entends les femmes et les enfants qui marchent jusqu’à l’école, ceux qui traînent, ceux qui houspillent, ceux qui galopent, ceux qui chantent. Ils ne savent pas que je grandis depuis toujours à côté d’eux. Dans ce buisson, une flamme ourle les premières feuilles, elle ne brûle rien, mais elle me parle. Tous les jours, je viens la voir et elle revient sans cesse. Après je suis un arbre : je m’applique à croître sans me laisser happer par la route toute belle, la route jolie et son défilé d’hommes en hâte.
Devant moi, dans l’horizon tranché par le buisson, des champs se chevauchent en collinettes, déroulent leurs sillons. Ca fait des signes que je sais lire dans le langage du feu que le buisson m’enseigne. Parfois, je ferme les yeux, Ca chante, je les rouvre et trois heures ont passé, les enfants parcourent la route dans l’autre sens, vite pour rejoindre leur maison qui dégagent déjà les fumets des déjeuners. J’ai leur âge, je suis leur bol, leur soupe, leur rire. Puis j’ai l’âge des oiseaux et ensuite celui de la terre. Parfois, j’essaye d’avoir celui du ciel et je tombe au sol de joie, j’irrigue les herbes de mes larmes. Au sol tout pousse, fins lichens aux tonalités vives, trèfles, mousses, orties, pissenlits parcourus de sèves blanches. L’odeur est si forte que la tête me tourne.
Il y a quelques hiers, je regardais cette femme et cet homme creuser la terre. Une nuit sans lune, étoilée pourtant. J’ai senti leurs odeurs, leur musc, leurs haleines croisées. Ils n’avaient pas vingt ans, quoi qu’en disaient leurs corps. Ils vivaient si fort depuis si longtemps. J’ai eu envie de leur montrer leur arbre frère. Mais le feu se taisait en moi. Il n’était pas temps encore. Et voici aujourd’hui, ils sont vivants ailleurs, trente ans passent et, moi, l’hermite italien, le pauvre Luigi, le rebouteux, l’indien, je suis toujours aussi jeune. Ils me disent fous au village – l’innocent- et ils ont tant raison. Ma folie d’amour pour eux, pour cette terre qui nous fomente, pour ce ciel qui nous augmente. Ma folie est si forte, je vois tout et je sais tout. Je connais le dedans des cœurs, les inclinaisons des âmes, les mystères des coffres. Le prêtre en secret vient me voir, nous parlons de Ca. Les femmes volages en secret me réveillent, je leur parle des oiseaux, jusqu’à l’aube. L’enfant différent vient aussi cœur aux lèvres et j’ai aperçu une jeune fille au nom lumineux. Elle viendra, je le sais. Il y aura un thé pour elle dans ma cabane, nous parlerons de la mer. Tout le monde cherche la mer, elle aussi. Et je lui parlerai de ce qu’il faut voir au-delà des apparences, je lui parlerai de ce que le coffre contient de plus que ce qu’elle y trouvera. Cette nuit, je sais qu’elle ira vers son secret tout doucement, en fraude, pour être la première à savoir, pour être l’élue d’une chasse d’amour, pour s’ouvrir aux trésors. Elle ne trouvera rien d’abord. Et personne au matin ne la croira. Il faudra lors qu’elle vienne me voir. Pour être élucidée. Elle viendra.
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07.04.2009
en vie
un bolide pour l’espérance
cent à l’heure sur la traînée de vie et pan
on rate le virage et ça pleure
évidemment
un bolide -les clés tendues :
tiens, prends-le fonce, avance !
mais le temps ? le temps ?
temps des hommes,
temps insane déjà dépassé, toujours
en retard
temps des hommes un bolide
une vie à cent à l’heure à
nausées à suer à fondre
ou gonfler
puis enfin – ou à nouveau ?-
vient ce qui vient
est ce qui est
et voici que
l’autre temps nous attrape
dans son véhicule de lumière
quelle est la vitesse d’un toujours ?
enluminaire d’un je vois
nous sommes dits et disons l’Autre
oreille d’un désir
en vie je voudrais juste monter
en vie.
16:29 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lumière, temps, bolide








































