23.07.2009

La lune 40 ans après

- Maman, c’est vrai dis, c’est vrai qu’y a des hommes sur la lune ?

Je suis allongée à même la plage, sans serviette pour me protéger. Fanette pose son seau de sable entre mes jambes. Je crois qu’elle a élu ces fortifications naturelles comme site pour son nouveau château.
- Hmm ? Non choupinette, personne ne vit sur la lune, il n’y a pas d’air, tu sais.

Fanette redresse la tête et dans un bel enchaînement, rehausse son sourcil droit. On ne peut mine plus sceptique.
- Ce n’est pas ce qu’ils ont dit, maman, à la musique du marchand de glace !

La casemate du glacier surplombe la digue. Avec son toit de planches, une verte anis, une rose pâle, il attire régulièrement les pas de ma cadette. Quel que soit le temps, elle obtient toujours qu’on lui offre au moins un cornet sur la journée. Elle est curieuse des goûts, aujourd’hui c’était mangue –cassis. Pas de doute, car sous son sourcil relevé, il y a une bouche deux couleurs, orange pour la commissure de gauche, mauve pour celle de droite.
- Ha bon ? Tu es sûre que tu as bien entendu ?
- Ben oui, y zon dit qu’y a des hommes qui ont marché sur la lune, avec un polo 11 ! Tu le sais même pas ?!

Fanette est courroucée, mon ignorance la peine, elle incline sa tête sur le côté gauche - le mien - et elle pose sa petite pelle pour pouvoir planter ses mains aux hanches et ainsi mieux appuyer sa désapprobation. Je sens que je risque de perdre mon crédit de mère, j’y tiens, alors je me concentre un peu…
- Apollo 11 !!! Mais mon cœur de perle, il y a bien longtemps qu’ils sont revenus ! 40 ans ! Mais depuis lors, non il n’y a plus d’homme sur la lune.
- Ah tu vois !!! Tu vois !! Ils y sont allés alors ! Donc ils savaient respirer, donc il peut y en avoir d’autres ! Peut-être même qu’il y en a un qui est resté ! Ou deux, avec des animaux, comme dans l’arche de Noé, et que maintenant ils sont trente cent mille.
Fanette fige son expression outrée. Deux secondes. Puis rajoute :
- … au moins !

Je me retiens de rire. Si je cède, elle va mal le prendre et alors adieu, château, plage, sable et soleil couchant. Il faudra consoler, prendre dans les bras, puis au dodo direct. Je prends la tangente :
- Chouchou, je t’explique : Apollon 11, c’était leur navette spatiale. Il n’y a que deux astronautes qui sont descendus sur la lune, ils ont marchés deux heures, puis ils sont revenus.

Deux heures, c’est encore une longueur de temps très floue pour Fanette, mais elle a quelques références. Pour la première fois depuis le début de la conversation, elle perd le dessus :
- Deux heures ? Comme d’ici jusqu’à la maison en passant par l’autoroute ?

Elle semble déçue. Mais tout de suite, elle reprend espoir :
- Peut-être qu’ils ont laissé un bébé, ou deux… On peut pas savoir. Moi, je crois que oui.

Elle tend tout son visage vers le ciel qui se mélange de mauve au fur et à mesure que le soleil se dilue dans les nuages de mer. Très bas, une lune minuscule émet quelques reliefs gris perle.
- Je t’assure Fanette, ils n’ont pas eu le temps de faire des bébés, puis même, il n’y avait que des hommes alors ils n’auraient pas pu.

S'installe une autre pause très concentrée durant laquelle elle tape sur son pâté de sable pour en aplanir la tour. Je regrette d’avoir donné des détails, ca risque de dériver vers une conversation bien plus compliquée que celle d’hypothétiques hommes vivant sur la lune. Je la vois digérer l’information : deux hommes ensemble ça ne peut pas faire de bébé. Bon à savoir…
- Mais des singes ? Ou des éléphants ?

Là, elle m’a eu par surprise, je ne m’attendais pas à une telle réplique. Sans réfléchir je réponds :
- Mais heu, non deux hommes ne peuvent pas donner naissance à un singe…

J’entends bien : elle a éclaté de rire ! Pour peu, cette fois c’est moi qui me vexerais.

- Maman, t’es trop drôle ! Je le sais bien qu’ils ont pas des singes dans leur ventre ! T’es bête ou quoi !!! Mais dans leur navet spécial, peut-être que oui ?
Cette fois, je coupe court, doctement. La lune et Apollo 11 méritent bien un hommage sans y mêler Noé. Je m’assieds sur mon séant, faisant sensiblement bouger la citadelle en cours de construction :
- Fanette, je te l’ai dit, il n’y a pas d’air là haut. Ils ont pu marcher sur la lune durant deux heures, avec des combinaisons et de l’oxygène un peu comme les plongeurs. Ils ont ramassé quelques cailloux, planté un drapeau américain, puis ils sont revenus sur terre.
- Ben, ben, ben…
Fanette passe de la position accroupie à un inélégant cul par terre, jambes écartées. Visiblement, là voila qui digère cette avalanche d’informations nouvelles.
- Et pourquoi alors, oui, pourquoi ils ont pas mis un drapeau de la terre ? Pourquoi un drapeau américain ? Et pourquoi, pourquoi, pourquoi…


Je respire, inutile de la brusquer, quand elle a trop d’idées ça fait embouteillage entre ses lèvres. Soyons patiente.
- Et pourquoi ils y sont par retournés ?
- C’étaient des astronautes américains, et c’est leur pays qui a payé tout le voyage, ca a pris trois jours pour aller et autant pour revenir et c’était si cher, si cher, - comme plein de maisons, de voitures, de vacances et tout et tout- qu’ils n’y sont pas souvent retournés, trois ou quatre fois. Mais toujours pour quelques heures. Voila. Et jamais, jamais, ils n’ont amenés de chien, de chat, de dinosaures, de girafes, d’éléphants. Et encore moins de bébés.
La sentence est tombée. Le vent du soir et tout l’air autour conspirent pour rendre le silence qui suit presque solennel. J’ai un peu mal à ma brusquerie. Le goût âcre du regret remonte dans l’arrière-bouche. Je viens de lui casser tout enchantement. Avec son histoire de Noé sur la lune, elle ne m’a pas donné l’occasion de lui parler de la merveille que c’était, que ça reste, 40 ans après, d’envoyer des hommes pour qu’ils marchent, deux heures entières, pour qu’ils dansent sur la lune. Ou c’est moi, comme d’habitude, qui n’ai pas su faire résonner mes rêves en écho des siens. Fanette se tait avec application. Elle dessine encore quelques créneaux. Imagine un fossé autour de sa construction de sable. Je suis assise maintenant, je fixe l’horizon qui se pastellise, là, juste derrière ses mèches folles que la mer encadre.

- Regarde, Fanette, le soleil se noie dans la mer ! C’est magnifique, allez regarde, on avait dit qu’on viendrait voir le coucher de soleil toutes les deux. On fait un câlin ?

Elle se retourne lentement, sa moue boudeuse se détache sur le ciel en feux.
- Maman, le soleil, il ne se couche pas, c’est une étoile qui est très loin et c’est la terre qui tourne puis on ne le voit plus. Alors, il peut pas se noyer dans la mer. Papa me l’a dit…

Je n’ai plus envie de rire du tout. J’ai même une grande tristesse qui s’abat sur moi, là. Et l’air doit vibrer d’une drôle de manière, parce que Fanette se retourne d’un coup, et sautant au-dessus de son château, elle vient se caler dans mes bras. Puis elle s’installe pour assister au fondu des derniers rayons roses.

- c’est joli, hein maman ?
Elle murmure. Puis se collant à moi un peu plus elle me dit :
- J’ai un secret, mais promis tu le dis à personne ?

Je l’embrasse prête à lui promettre tout ce qu’elle veut, même que la lune est carrée, même, si elle veut.
- C’est un garçon qui me l’a donné tout à l’heure, tu veux voir ?
Elle a fourré son bras dans son sac de plage et d’une contorsion, elle revient se loger contre ma poitrine. Elle brandit une petite longue vue en carton, recouverte d’un papier brillant. Bleu nuit.
- Il avait les cheveux verts !!!
Je ne dis rien, je fais l’étonnée, je lui dois bien cela… Finalement, c’est elle encore qui me sauve de ma médiocrité…
Elle a plaqué son œil sur le petit côté puis pointé le jouet vers la lune, qui émerge de l’obscurité. Elle sourit largement…
- Tu avais raison : il n’y a personne là-dessus… on ne voit que le drapeau. Tout seul, et quelques traces de pas dans la poussière grise.
Ne pas briser le charme. Je turbine à cent à l’heure : comment sait-elle pour la poussière ?
- Dis-moi comment il est le drapeau ma puce, hmm ?

Elle ne décolle pas son œil, elle fronce les sourcils…
- Heu, rouge, avec des lignes blanches et bleu et avec des étoiles dessus…. Il ne bouge pas… c’est parce qu’il n’y a pas d’air ? c’est ça, maman ?

Je dis oui. Mais dans me tête, je me crie que non, c’est elle qui a raison. Si elle peut voir un drapeau sur une lune, avec une longue-vue d’enfant, peut-être que des bébés naissent là-bas avec des scaphandres intégrés…

- Tu veux voir ? regarde !

Je ne vois rien, évidemment, qu’une lune à peine agrandie. Je dis juste :
- C’est vrai qu’elle est belle.
- Alors tu l’as vu ? Le drapeau ? Tu l’as vu ?
- Pardon ma puce, c’est tellement grand tout cela, non, je ne le vois pas…
- C’est pas grave.
Elle a répondu tendrement. Elle ne m’en veut plus.
- C’est juste que tu as un rêve dans l’œil. On réessayera demain….

Nous voila sur la digue, dans l’obscurité presque totale, sinon quelques pâles éclairages qui scintillent. L’appartement est à deux pas. Avant de franchir la porte, Fanette lève vers moi ses yeux pleins de sommeil et ajoute :

- Dis maman, comment on peut avoir les cheveux verts, tu sais ça, toi ? Toi qui sais tout, tu sais ?

 

*

 

lire les autres contributions (Christiane, Lise, Stépahne Méliade) dans mon auberge de ragueneau :

http://aubergederagueneau.blog4ever.com/blog/forum_msg-44...

04.01.2009

Avant et... après le 2 janvier

Le coeur de l'attente :

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Annaëlle, 2 janvier 2009 :

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31.12.2008

Planter l'attente...

Je suis en congé et pourtant, ce blog est resté sans nouvelles.

Sans doute car l'attente remplit mes jours, l'attente de la venue de l'enfant, la troisième petite fille qui peuplera notre univers.

L'attente sembla prendre fin vendredi dernier, lorsque le travail se mit en route, mais non, quelques heures plus tard tout s'arrêta là. Et nous voici la veille de 2009 et cette enfant sans doute sera de janvier comme prévu.

Attendre un enfant, une vie nouvelle, rencontrer son premier visage, son regard tout encore imprégné des ombres rouges du dedans de moi, attendre.

Une sorte de parenthèse entre tous les temps et justement dans ce temps de l'année qui a de toujours été une parenthèse au Temps lui-même. Lieu où l'on fête un temps de trève, où la folie ressurgit des profondeurs de l'âme, où l'on quête la paix des coeurs à défaut de paix sur terre, de rencontre, retrouvailles, offrandes. Un temps où ici le gel a pris une part dans l'immobilisme et le frein aux activités.

Tout est en attente du grand déchirement de vie, de la reprise folle des jours qui se succèdent.

 Il n'est jamais trop tard pour vous souhaiter un Joyeux Noël, car son temps court longtemps avant et après dans nos foyers, parmi nos amitiés, dans notre envie d'un monde meilleur.

 

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Il est encore temps de vous souhaiter une année 2009 qui fasse mentir les prédictions fatalistes. L'homme n'est jamais potentiellement en crise, même si le monde l'est par la force des choses. L'homme donne le meilleur de lui-même quand il doit faire face et je suis certaine que la joie peut briller dans chaque jour même les plus sombres. Vous êtes tous des ouvreurs de ciels. Poètes, musiciens, parents, fils, filles, amis, peintres, photographes, passants aux pas de désirs.

 

Bientôt je serai libérée d'une des attentes les plus longues de cette année. Mais tant de projets n'attendent que cette heure pour enfin se révéler, il y a tant de choses créer, à nourir, à élever. Dont nous-mêmes.

Soyez en joie profonde, je vous le souhaite à tous.

 

04.07.2008

Le frémissement du brin d'herbe

tu exécutes les notes droites
fichées sur la corde à linge
où s’engouffre encore
l’haleine de tes premières promesses


tu te dis que l’ombre errante
des draps
sur cette prairie attendrie de soleil
alliance discrète entre l’homme et l’humus
vaut bien au fond
que l’on quémande ce souvenir d’oxygène

 


photographie Florence Noël


ce tableau de printemps
oscille de si belle manière
et pourtant presque gourd
dans ta bouche mangée de souffle
orgue à essorer le ciel


tu le redis
c’est ce vert-là que vêtent tes membres
dépenaillés par la hâte
et par l’évidence d’un oiseau
transperçant ton âme à demi assouvie


et même quand le doute recueille sous tes genoux
le frémissement d’un brin d’herbe
tu ne renonces pas à ta part d’insolence

Extrait " Au hasard de la lumière", recueil "Souffles"

02.05.2008

chose promise...

une photo des cerisiers en fleurs et petite fille en joie devant.

printemps

 

23.02.2008

Lieux d'espérance

 Dans mes tiroirs numériques, j'ai retrouvé cet écrit, une forme de correspondance, et j'ai oublié à quel destinataire elle s'adressait. C'est un acte de foi, celui dont j'avais cruellement besoin ces derniers temps. Il y a un peu moins de trois ans, j'ai écrit cela. C'est un acte d'espérance, qui vient non pas de l'extérieur, comme je croyais, mais de moi-même. peut-être m'étais-je écrit à moi-même pour le lire aujourd'hui.... on va dire ça.

 

*

En premier lieu

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S’il fallait te citer un lieu, je dirais qu’il y a la terre. Les cent couleurs de la tourbe, du noir dégouttant de pluie au brun jaunâtre des terres schisteuses de mon enfance. Pas seulement sa couleur, bien sûr, mais aussi sa senteur âcre, puissamment végétale, terreau nourri au fil des siècles du pourrissement lent et miraculeux d’une myriade de plantes, de poussières, de déjections d’animaux et de petits bouts de nous. Une alchimie patiente, sa fertilité granuleuse sous les doigts. Ce contact terreux, dès l’enfance, les mains dedans, puis qui reste sous les ongles comme souvenir des journées à batifoler dans l’herbe et les parterres de fleurs, à cueillir des tomates bombées vermeille de soleil, à construire des maisons pour papillons essoufflés de voler déjà, pauvres chantres éphémères de la fulgurance d’être en vie.

 

La terre, sa senteur et son goût, quand elle s’insinue sur la langue après un geste maladroit frottant la bouche d’une main salie à son contact. La terre, son goût et son poids. Parfois fine et douce comme une poudre de riz, volutes dorées prenant source sous les pas et parfois lourde argileuse et dense, s’agglutinant aux bottes , parfois meubles où plonge sans obstacle la bêche du printemps. Terre, humus fomentant des naissances infinies. S’il y a un lieu, le premier, non pas le seul, mais celui d’où sans cesse je m’élance et reviens, c’est cet épiderme fécond des sols : là l’envie perce d’écrire ; là mes pieds frétille d’énergie. L’orteil n’a de cesse de chercher la fraîcheur des herbages et la surprise d’une terre tiède. Là,  les danses s’inventent, les corps se reposent sur de verts pâturages. Là, tout pousse, arbres, fleurs, feuilles, légumes, aromates, herbes, désirs, enfants et âme, précieuse matière pragmatique et magique.

 

 

C'est d’elle, croyais-tu, que tu fus.

Glaise opaque et dure

mouvante maintenant

L'eau te fis vie.

Et le marécage, la tourbe noire, te collait les lèvres

dans un point d'orgue d'orgueil

Sourcils granuleux, peau mate, jambe pétrie

de souches rudes

et fortes.

C’est là, vois-tu, qu’ont pris sens les mots création, sensualité, patience et humilité. Pour le reste, crois-moi ou non, il n’y a pas de lieux.

 

Non-lieux 

Il y a le mouvement secret des choses, la révolution des objets autour de nous, le délicat vol des feuilles et des oiseaux, des pollens et des poussières, les brumes et bruines, poussières et expirs en suspension, les changements d’état. L’accélération des images derrière la vitre du train, la tête qui se redresse et les doigts qui nonchalamment ajustent la masse des cheveux importuns, la main couvrant pudique le front et les yeux crispés de souffrance, l’alanguissement d’un sein pointant sous l’étoffe assoupie, l’indolent soulèvement des draps séchant au vent, la face qui se tend au soleil neuf, la main chassant, amère, la mémoire d’un désastre, l’envolement brusque d’un moineau effrayé… Tant de gestes, tant d’êtres, tant de choses qui se meuvent, qui émeuvent. Les signes multipliés de cette intensité d’être en vie. Il y a aussi le bruit, j’écris de ces cliquetis de vélo, ces chuintements des pas dans l’allée humide au revenir d’une escapade nocturne, de ce froissement végétal des cimes, de ce tohu-bohu du monde et des petits grincements des corps :

 

C'était maintenant sûr que le silence était absent

Même le néant est bris d'un quelque chose

existé ou à venir

Le fracas des vaisseaux se regorgeant de sève écarlate,


 

La fureur des pas choquant les pierres sèches,

Le cillement lourd des paupières terreuses,

Les os fins, délicats de tes mains contractées,

Leur crissement, ces cris, nos frôlements, tes heurts, et souffles et crachats...

Tout ce bruit ne pouvait être

de l'instant de

ton éveil.

C'est lui, l'éveil, qui s'en ravitaillait

et ce chaos devint coutume

pour tes nerfs de premier venu:

Le monde de la présence

était le manque du silence

 Puis, l’inespérée, la lumière, l’impitoyable fête des lueurs, leur hasard heureux, cet éclairage qui ren582099a346fd3fa6d79d9e65ac98f4bd.jpgd beau l’anodin, qui sublime les textures, qui raconte, par son transpercement l’histoire du commencement et de la fin. Elle vient aux aubes, la précède même, elle joue des reliefs, elle est cousue à l’ombre qui partout la suit et la révèle, elle confine au blanc, transfigure le pauvre, écrase le nu et allège l’effroi, la solitude et le mal. Elle est caresse de Dieu, sollicitude voyageuse, sous ses rayons changeants, rien jamais n’est semblable à rien, grâce à elle tout croît et tout évolue.

 

et comme chaque fois arrivé avant moi

le jour palpitera

mains au bois de la porte

glissant dans la serrure

son coeur de vieil amant

je resterai ballante

pour mieux respirer les miettes

blondies dans le faisceau du soleil sentinelle

et dans ce filet d’or

mes lèvres s’ébroueront

petites ailes distraites du ciel

et défaite du temps

j’attendrai

simple soupir d’entre les planches

l’heure improbable où

les hirondelles

me lanceront

leurs imprécations de lumière

Oui, ces non-lieux sont ceux d’où vient l’écrit. Et là où l’on écrit, ce sont ces entre-deux, ces lieux de passages, ces moyens de transport, ces liaisons inaperçues, ravissements ou distraction du cours des choses, souvenirs envahissants soudain, réminiscence, l’invisible, l’indicible, le minuscule, l’inaudible, l’inexistant : l’imaginaire ou la simple magie. Et parmi eux, quelques autres lieux impalpables :

 

Hauts-lieux

En suspension, particules flottantes à saisir. Filet à papillon ouvragé de patience. Ecrire, est pour moi, tu le sais, une élucidation, une épiphanie. Sculpter la sinapsphère, évoquer et ancrer soudain aux mots ces lieux de hautes mémoires, d’avant et d’après l’évidence, cet intangible réfractaire - réfracte terre- .

 

Des sommets, des collines, les pieds ballants aux fenêtres, des toitures donnant accès au ciel à un saut près, à une dérobée de matière, j’écris.

De l’espérance acquise à défaut de voler, malgré cette conviction intime gravée de rêves en rêves que léviter est un possible. J’écris. De cet Ailleurs à quelques centimètres d’ici, de ce seuil, la bouche collée au voile, de la lumière qui sourd dessous la Porte, de la lisère où nous regarde notre futur et de la joie d’être en tous temps en vie, j’écris. En suspension.

 

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En temps et lieux

Il y en a deux, l’apha et l’oméga. Comment croire qu’on puisse suivre le fil sans faire deux nœuds aux extrémités ? Le surgissement et l’évanouissement. Le tombé dans la chair et le dépouillement dans l’âme. Il y a le temps premier, la naissance. L’émotion , la vie portée donnée, la vie faisant un chemin rouge et criard dans un corps plus que corps. Il y a le désir, l’attente et l’accueil, le bouleversement pur, la rencontre aux fin fonds du soi avec le soi du petit autre. Il y a le tremblement de l’épiderme jusqu’aux racines de tous les nerfs et la célébration quotidienne de cette vie croissante et neuve. Leurs naissances et notre mort.

 

Il y a cette finitude apprise d’an en an, assurée, inévitable, cette naissance inverse mais non pas infernale, juste une mise à l’endroit. Il y a  les signes du mûrissement et les échos des derniers pas, il y a l’autre chemin derrière, l’infinitude acquise de lieu en lieu. L’éternité fractale de l’amour.

De ces temps-là : l’un sourd, l’autre clair, je rythme le glissement des mots sur le papier.

Ni feu ni lieux

Ceux-là sont gravés sous ma langue, je n’en dirai que leurs noms mais rien de leur mystère, ils font écrire aussi. Il y a ceux qui sont au-deça des mots mais qui pourvoient au reste : le non-écrit, l’en soi, le pour plus tard, l’erratique, l’indicible, l’inénarrable.

Il y a aussi les lieux d’expression que sont ces gens aimés, croisé, esquissés dans les brumes du passé et le flou de la course présente, il y a ces lieux-dits que sont les trains, les chemin, les chambres secrètes,  les jardins ensauvagés et les lèvres humides des plages, oui. Mais, si tu le veux, ami, j’en terminerai là, car il est tard et le soir vient et sa grande encre se répand sur mon cahier comme une absolution des astres.

 

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03.09.2006

d'enfance...

j’avais une ombre
dans l’aumonière
ou quintette d'osselets
un jeu je pense
et comme souvenance
carré de femmes pour y modeler leurs nuques
penchées sous l’eau d’amande

j’avais un puits et cent fleurs à jeter
dans un jardin humé puis étanché
comme pétale on ne dit rien des courses
lente de feu et d’écheveaux venteux
dénoué quand l’ennui s’épuise
dans l'allègre

j’avais un rire, un rien, une escarmouche
de poussière
l’œuf à peine éclos de la jouissance
entre mes Sambres et mes Meuses natales
ma ville aux deux rivières
sous les sabots des quatre cavaliers

j’avais à boire, souvent
des quenelles de résines
à sucer quand l’air manquait au venir
sous la torpeur muette
de l’attente

toi, tu jouais de fines pantomimes
des scénettes dont on suivait les fils
à t’aimer on rencontrait dédale
Icare sombrait pur et nu
dans l’eau savonneuse
d’un débarbouillage de joie

j’avais à tendre, comme on s’érige entier
j’avais à créer le milieu du désir
le souffle cuisiné longtemps
sous le menton d’aventures menues
comme la goutte qui goutte
et roule
la longueur d’un cou fléchi
par l’encens des soleils
écriés

26.06.2006

Nous sommes ce qui ne rêve

Un instant
nous sommes ce qui ne rêve
entre les agaceries du monde
et le socle narquois de l’éternité
soudain seul les fesses en biais
sur cette marche
et partout la poussière grillée de pluie
gobée aux eaux sauvages et lourdes
enfantement rageur d’été
la poussière cette senteur qui prend le nez de notre enfance
et le ranime de ses après midis joués cassés de gouttes
l’odeur si intime de l’été dénudé
et tout l’effort des poussières tiédies
éventées et qui crient
souverainement
empire du seul sens traversier sous l’averse

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Ce rêve absent comme
un saisissement moite
un rapatriement à l’urgence d’une aubade
du geste d'un humain qui s’ébauche comme pour nous
et finira dans notre seul regard
à l’écorce d’un jour son feu séchés sous l’eau
l’odeur universelle de l’attente à l’orée de la pluie
la fraternelle pluie passante
on peut y aller maintenant il ne pleut presque plus
il fait toujours doux c’est étrange
malgré ce ciel ronde bosse malgré
que


C’est juste que la pluie mouille
et que les cheveux rechignent, pardon
à cet aplatissement sans panache
à cette traversée pressée
dans l’ignorance de la touffeur
à peine fraîchie aumône de drache
concession coupable à l’orage éludé
pour l’appel d’un vif oeil à cet appas de soleil
carré dans le coin droit du tableau noir
ces pavés sous ce déchirement céleste des lumières
pulsant la chaleur du jour
malgré cette pluie qui s’acharne à fourrager ce feu muet des pierres
jusqu’à leurs racines exhalée de nervures
de cédilles de roches de failles infimes
des traces de vieille lentes et de landaus dévalées
toutes ces ombres vitales
emprisonnées dans les poussières grillées

Combien de fois grillées pour chasser de nous le rêve
car dans une vie entière
combien de fois saisis d’une simple pluie
un seul instant
ravis hors de nos rêves ramenés à ça
la pluie,
la goutte rouillant l’engrenage de nos vides intérieurs.

 

Clepsydre -Florence Noël - 2004

la photo : http://beurksinlondon.free.fr/09/22.htm

27.03.2006

La poésie en images

Il existe une artiste rare sur la Toile, une artiste qui est aussi une poète. Elle peint ou crée de simages comme elle écrit: foisonnement de sens, de couleur et de vie.

Allez découvrir laurence de Sainte Maréville sur son site, le Ruban à Visage :

On vous montrera la clé des temps :

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De l'oméga à l'apha, les signes parleront  la langue du sens et de la beauté :

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Mais surtout vous comprendrez que le surréalisme, le symbolisme ne sont pas mort, qu'ils peuvent être femme, sensualité et vie :

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Puis vous y lirez aussi, quelques textes, avant peut-être de vous abonner à feuillets mobiles, la liste de diffusion d'atelier d'écriture de silamot

Je ne résiste pas à vous confier la lecture attentive d'un de ses derniers textes:

 

- Terres gravides -




ça prenait jusqu'à l'intime
retourné de cascades
le ciel vautré dans nos yeux

ta main attrapait la mienne
se crispait
tressaillait
tu avais peur des terrasses inondées
des gués hallucinatoires
tu invectivais le monde immobile

nous avions soif
enfouis l'un dans l'autre en morsures d'amour
je nageais à ta bouche

sur mes pierres
le martèlement de tes pas
creusaient nos épaules au lit de la rivière
nous faisions front au froid dans l'ombre des silex
j'accueillais tes sursauts affolés
battant l'aube à la course
j'arrachais des gerbes d'extase guerroyant fêlures et failles
badigeonnais ton corps d'envolées
plus nues que le feulement d'un bourgeon

ça prenait jusqu'à l'intime
je portais nos sacs sur ma peau de mémoire
berçais nos odeurs mêlées d'eau et d'irisé
tu troussais soulevais ma poitrine
comme on enfourche la nuit qui rôde autour des paumes


écoute encore mon aimé
toi, l'oiseleur au delta des chemins

déleste-toi toujours et sans pitié des orbes noires
dépouille tue la bête aux dents de rasoir
sur le pouls confus des rotations
évase le moule
terre glaise d'entre les branches souples
ouvre les lèvres des partitions

forge dur
forge encore
le ciel sous la lucarne
l'or et le cobalt

salle des pas trouvés
la courbe des secrets

au bord du monde



Laurence de Sainte Maréville
09/03/2006


24.01.2006

Les 10 événement les plus marquants de ma trentaine

Ce matin dans le trafic intense sur l'autoroute pour venir travailler, dans ma voiture de remplacement pendant que le garagiste va me ponctionner une fortune pour le gros entretien, ce matin donc, sans CD-radio, je me suis mise à réfléchir aux événements importants d'actualité qui m'ont marqué durant ma trentaine d'année de vie...
Ca donne l'occasion d'écrire une nouvelle liste ;-), peut-être que certains s'y retrouveront...
1.       Premier souvenir marquant : peut-être très flou dans ma mémoire, mais réel : le génocide des cambodgiens par Pol Pot dans les années 70… Les premiers baot People Cambodgiens, des réfugiers qui arrivent jusque dans ma ville, dans mon école…
2.       les émeutes du stade de foot du Heysel en 1985 alors que la Juventus va affronter sur le terrain Liverpool tandis que des hooligans anglais déboulent sur des spectateurs qui provoquent 39 morts écrasés sous le mouvement de foule et contre les grillages. Mon père regardait le match et j'ai un souvenir précis de ce drame qui ne disait encore pas son nom mais qu'on pressentait. ( trouvé un bon résumé d'un film fait l'année dernière sur le sujet : http://www.canadian-soccer.com/forum/topic.asp?TOPIC_ID=6...)
3.       En lisant ce commentaire, je me souviens que juste avant, le pape Jean-Paul II était en visite en Belgique et que ce passage de plusieurs jours avait vraiment marqué les esprits. Notamment un "jeu scénique" à la citadelle de Namur et une intervention à Louvain-La-Neuve d'une étudiante pour plus de progressisme dans l'Eglise et qui s'était fait siffler par les membres de l'Opus Dei dans la foule puis embrassée par le pape en signe de son courage.
4.       prochain souvenir marquant : La diffusion d'information sur la dictature des Ceausescu, la diffusion d'un reportage sur Donna Corneia qui avait informé des journalistes avec des billets glissés dans une poupée en tissu, la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989,( http://www.herodote.net/histoire11090.htm )la fin du rideau de fer, l'ensemble des révolutions des pays de l'Est dont la révolution de velours à Prague ainsi que la révolution roumaine et les couacs de l'information en direct ( que j'écoutais à la radio, sur les flash d'information spéciaux), jusqu'au jugement expéditif des Ceausescu. Une chanson me revient :  “On écrit sur les murs les noms de ceux qu’on aime” de Demis Roussos /

On écrit sur les murs
Le nom de ceux qu'on aime
Des messages pour les jours à venir
On écrit sur les murs
A l'encre de nos veines
On dessine tout ce que l'on voudrait dire
On écrit sur les murs
La force de nos rêves
Nos espoirs en forme de graffitis
On écrit sur les murs
Pour que l'amour se lève
Un beau jour sur le monde endormi”


 Un film d’avant: Les ailes du désir
5.       La guerre du Golfe, première du nom, en 1991. Cette sensation de mise en scène terrible de l’information avec des titres en lettres d’or dans les journaux parlés et des militaires qui jouaient à la guéguerre sur des maquettes de l’Irak et du Koweït à défaut d’informations fiables, le général Schwarzkopf et les fameuses mais très hypothétiques “frappes chirurgicales”… La guerre du pétrole et le malaise face à tout ce montage géo-politico-économique… Cet événement a changé mon destin : je voulais être journaliste et cela m’a dégoûtée, maintenant, je regrette un peu…
6.       La mort du Roi Baudouin I en 1993. Les foules qui faisaient la file pour les derniers hommages, le sentiment de perdre le seul référent immuable belge que j’avais jamais connu.
7.       Le génocide du Rwanda en 1994, cette incapacité que j’avais et … que j’ai encore en partie, à comprendre ce massacre de milliers de personnes non par une armée, mais les voisins d’une autre ethnie, ceux du même village, avec des outils pour travailler la terre…. Il faut que je lise sur ce sujet, que j’essaye un jour d’y comprendre davantage.  http://perso.wanadoo.fr/rwanda94/
8.       L’affaire Dutroux en 1996, les disparitions, les fillettes retrouvées vivantes, puis les autres retrouvées mortes, Julie, Mélissa, An, Eefje, les marches blanches partout dans le pays puis l’immense marche blanche, les rebondissements infinis, la commission Dutroux en direct à la TV, le reality show, la fin, peut-être, d’une certaine langue de bois. La fin de l’innocence. http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Dutroux
9.       Le 11 septembre 2001 : j’étais enceinte, à la maison en repos, mon mari me téléphone parce qu’il avait des news sur Internet comme quoi des avions étaient tombé sur une des tours du World Trade Center et sur le pentagone. J’ouvre la TV. J’ai vu en direct l’autre avion, les tours s’écrouler… Il y avait une forme de surréalisme : l’ampleur, le symbole, l’incroyable réalité qui dépassait la fiction des films catastrophe l’incrédulité : comment cela est-il possible dans le pays de la NSA, La CIA, le FBI. La peur aussi : mon enfant à naître verrait-il le jour dans la Troisième Guerre Mondiale?
 
Depuis lors, nombre d’informations, d’événements ont marqué nos esprits. Mais peut-être que ceux-là sont les plus importants dans mon histoire, ils ont jalonné ma vie, il y a des avants et des après…
Je me doute qu’ils sont assez communs avec la plupart de mes contemporains, pour les événements internationaux et de mes concitoyens pour les événements nationaux. En tout cas ceux qui ont mon âge… ;-)
 

Clepsydre