17.02.2009
l'inconsolable joie
Je termine le livre d'accompagnement à la fin de vie, "Ceci est mon corps", de Gabriel Ringlet. C'est une histoire personnelle, intense et douloureuse, mais aussi pleine de reliance et de vie, d'une grande poésie du quotidien, et à certains moments, au toucher granuleux de joies.
Envie de citer cette question qui me rejoint là, exactement, là où se niche la fibrille de lumière qui me permet de rester debout, toujours :
"Comment dire l'inconsolable joie, la violence de l'espérance quand on se sent porté par une présence qui appelle à une présence plus large encore?"
"Ceci est mon Corps", Gabriel Ringlet, Albin Michel, 2008, p.203.
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10.12.2008
Une corde à partir
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| Aujourd'hui, 60ème anniversaire de la déclaration universelle des Droits de l'Homme. N'oublions pas combien les droits humains doivent encore être respectés. Voici un texte écrit pour le recueil "Le don de simple vue". Pour tous ceux qui attendent dans un couloir de la mort des aujourd'huis qui chantent,
Une infographie de Bernard Flucha Une corde à partir
Quand je partirai, je serai revêtue de mon seul prénom. Quand je partirai, je saurai mes pas comptés. Quand je partirai, je donnerai le rythme de l’avant-dernière danse Quand je partirai, à la montée du jour,
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11:05 Publié dans droits humains, foi de l'homme | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : droits de l'homme, peine de mort, corde, poésie
03.12.2008
ce que vous faites aux plus petits d'entre les miens

Je sais que la France n'est pas mon pays, mais j'aime considérer qu'un soucis de démocratie, hein, ça appartient à tout le monde.
Alors quand je lis cette news sur Yahoo :
"Une réforme qui durcira le sort judiciaire des mineurs, avec notamment une possibilité d'incarcération dès l'âge de 12 ans pour les crimes, a été lancée par la ministre de la Justice Rachida Dati" Qui considère, comme Maïté avec Bonux, que c'est une quesiton de "bon sens". Sauf qu'elle, elle est ministre de la Justice, dans le pays des "droits de l'Homme" pas décapiteuse on line d'anguilles. http://fr.news.yahoo.com/4/20081203/tts-france-justice-mi...
Je vais voir Maître Eolas, mon copain juriste qui me donne, lui et ses commentateurs, toujours envie de continuer à croire qu'intelligence et humainté sont compatibles.
Et je trouve cette caricature, qui ne me fait pas rire, parce qu'en fait, elle est amère :
http://www.maitre-eolas.fr/images/miquets/reformemineurs....
et dans les commentateurs je trouve cette magnifique analyse des statistiques de la délinquance infantile et qui tord le cou à TOUS les effets d'annonces menant les grands politiciens adultes à s'en prendre à des enfants pour les mettre en prison. A lire en entier, ce n'est pas long et extrêmement instructif. Et c'est fait par un chercheur au CNRS.
Comme quoi, mentir et faire mentir les chiffres, ce n'est pas bien. On se croirait dans un livre de Cesbron. Sauf qu'il est mort il y a presque 30 ans.
17:32 Publié dans droits humains, foi de l'homme | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : enfant, prison, mineur, délinquance....
30.11.2008
Internet et Noël : oui, c'est possible !

http://www.monbeausapin.org/pnlope_bagieu/
Envie de faire une bonne action via Internet? Penelope Bagieu vous invite à visiter son site où des dessinateurs de BD publient une planche à propos de Noël.
Au départ, les simples visites devaient amener le sponsor à verser 15.000 euros de don à la Croix Rouge Française pour les personnes démunies si le total de 100.000 visites étaient atteint d'ici NOËL.
En une semaine, par le blog à oreille, le nombre de visiteurs est déjà atteint.
Alors, le pas suivant, c'est que ces visiteurs peuvent retourner sur le site, faire un micro-don à la Croix rouge (à partir de 1 euro). Si 100.000 visiteurs le font d'ici Noël, cela fera 100.000 euros en plus pour les personnes démunies.
Faites passer l'info. Les paiements sont soit par chèque, soit en ligne, via le site de la Croix Rouge donc tout-fait sécurisé !
Surfez éthique et si vous avez des enfants, c'est l'occasion de leur faire voir un autre aspect d'Internet !
12:58 Publié dans droits humains, foi de l'homme | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : don, mon beau sapin, noël, croix rouge, démunis
31.07.2008
In the Death Car
In the Death car....
Je n'avais pas encore lu "La question humaine" de François Emmanuel, moi qui suis férue de cet auteur. Mum, avec qui je partage bon nombre de mes goûts de lecture (et de musique), me l'a donc passé la semaine dernière. Il n'a fallu qu'un jour pour pénétrer dans la lecture, pour la traverser et pour ne plus jamais en sortir. Ce livre de François Emmanuel tranche avec d'autres de lui par certains partis-pris du style . Ici tout est à l'efficace, phrases courtes, peu de redites, peu de disgressions oniriques, de ces "à-côtés" qui nourrissent la profondeur d'autres de ses récits. Pourtant, et c'est indubitablement dû au propos, la profondeur de ce récit est insondable. On franchit la margelle d'un puits où se décomposent les cadavres de l'Histoire et plus précisément ceux de la guerre 40-45 et de certaines méthodes d'extermination des juifs et on n'en ressort jamais vraiment.
Le génie de ce livre, c'est le biais par lequel cette question est traitée. La responsabilité qui incombent aux hommes de pouvoir et l'utilisation qui est promue par eux du langage, sa perversion pour "traiter" toute question. A la "question juive" de la guerre, s'oppose ici, dans une violence feutrée de la gestion des resources humaines d'une entrepise franco-allemande, la "question humaine". Le narrateur, psychologue du travail, enquête presque malgré lui, puis poussé par une curisoité qui le met en danger son non questionnement personnel, dans le fouilli des passés fusionnés par le hasard de similitudes de noms.
Au centre du récit, qui lève le voile sur la folie rampante de la responsabilité collective assumée soudain individuellement, un texte historique, semble-t-il, évoquant dans un langage propre, technique et sans taches, l'horreur de camions de la mort, où le gaz d'échappement redirigé dans la zone de "chargement" sert, durant des trajets vers une mine, à contribuer à l'extermination des juifs. On sait aussi que ce procédé avait été testé en premier lieu sur les déficients mentaux allemands. Cette description de Death Car atteint son paroxysme dans la scrupuleuse recherche d'efficacité technique à évacuer toutes les souillures produites par le "chargement" durant son agonie. Souillure qui abîment le véhicule et son stystème de mort. Il faut rationaliser les coûts, améliorer l'engin. Le langage devient une arme terrifiante là au service de la machine de mort nazie, autrement, d'une manière plus convenable, mais pourtant éthiquement discutable, au service des entreprises qui manient alors de la chair à production, fusion, restructuration,... dans une vision de déresponsabilisation individuelle.
*
Me vient aussi, cette image des Death Car chinoises. Chine dont on a tant décrié la gestion des droits de l'homme au Tibet, oubliant si vite que le pire de ce régime n'est pas discriminatoire et que les chinois non tibétains, eux aussi subissent parmi les plus graves violations des droits humains : enfermement sans procès, peine de mort pour une 70aine de délits dont économiques, censure de toute presse, internet, répression des opinions, de la liberté d'expression, répression des activistes. On parle ici, certe d'un pays très porteur économiquement, mais surtout du cinquième de la population mondiale.

Je suis tombée sur une image de "Death car" chinoise, utilisée depuis deux ou trois ans pour exécuter avec des cockatil létaux les condamnés à mort chinois. C'est économique car ils sont exécutés localement, c'est propre, plus que la balle à l'arrière de la tête, visiblement (encore que certains avocats estiment que le prisonnier devant garder la bouche ouverte pour limiter les dégats sur son visage, ça n'est pas un argument), et c'est "humain" semblerait-il...
Extraits choisis (traduits d'une article en anglais):
"Les fabricants des fourgons de la mort disent que les véhicules et les injections sont une alternative civilisée au peloton d'exécution, finissant la vie du condamnée plus rapidement, médicalement et sans risque. Le passage des coups de fusil aux injections est un signe de ce que "la Chine favorise les droits de l'homme maintenant" ; dit Kang Zhongwen, qui a conçu le fourgon de la mort d'automobile de Jinguan en lequel "Devil" Zhang a fait son tour final. "
"Les fabricants des fourgons de la mort disent qu'ils épargnent l'argent pour les localités pauvres qui devraient autrement payer pour construire des équipements d'exécution dans les prisons ou les bâtiments judiciaires. Les fourgons s'assurent que des prisonniers condamnés à mort peuvent être exécutés localement, plus près des communautés où ils ont violé la loi. Cela "décourage d'autres du crime de engagement et a plus d'impact que des exécutions effectuées ailleurs", indique Kang .
"Avec les fourgons de la mort, la compagnie fait également les limousines à l'épreuve des balles pour les pays riches et des camions blindés pour des banques. La brochure glacée du van de la mort "JinGuan"est imprimé en Chinois en anglais. De l'extérieur, les fourgons ressemblent aux véhicules de police vus quotidiennement sur les routes de Chine. "
"Je suis surtout fier du lit. C'est très humanitaire, comme une ambulance, " indique Kang . Il indique la civière actionnée par l'électricité en métal qui glisse dehors sur un plan incliné. "
Ca permet aussi de prélever les organes des condamnés pour faire du trafic qui profite aux polices locales. Enfin, c'est nié, mais il y a des indications certaines de telles pratiques.
Je rappelle, au cas où certains seraient sensibles à ces artifices de langage, ces paravents cyniques, que la peine de mort n'a aucune influence sur la baisse de la criminalité. Elle n'est en rien dissuasive, elle est le fait d'un Etat qui par des moyent techniques et de plus en plus souvent, une apparente médicalisation, essaye de déresponsabiliser la chaîne humaine qui conduit à cette exécution. Une nation qui exécute, se rend coupable, non pas en tant que personne "morale" mais en tant que somme de ressortissants physiques, d'un crime. D'un meurtre.
Dans quelques jours, s'ouvrira ce magnifique événement mondial que sont les jeux olympiques. Ils se tiennent en Chine. Tout le monde le sait. L'argument du CIO en 2001 était que la Chine aurait ainsi une pression internationale pour accompagner son évolution économique d'une réelle ouverture au monde et aux droits de l'homme. Il semble à présent évident, et le resserrement de la censure en est la preuve la plus évidente, que la Chine a au contraire intensifié ses exactions pour montrer un paysage propre, sans drogués (soignés "de force") sans pollution ni saleté ("nettoyée de force"), sans pluralité (les activistes étant plus que jamais poursuivis).
Peut-être que montrer l'exemple de futurs Jeux dans une nation qui essaye réellement de respecter les droits de l'homme, serait la prochaine fois l'occasion d'une vraie fête du sport et non d'une terrible compromission internationale avec un langage autoritaire, dictatorial. Beaucoup ont confondu l'ouverture à l'économie de marché, le capitalisme permis dans un monde originellement communiste avec une "ouverture aux valeurs occidentales". Mais franchement, en terme de valeurs, le capitalisme n'est pas ce qu'on a fait de mieux et je préfère toujours les droits de l'homme comme porte d'entrée éthique.
La Chine en débat, en anglais vous attend
Sinon, rappelons-nous d'étudier l"'instant de notre propre rutpure" avec l'autorité, celle où nous devenons résistant.
I Comme ICare:
11:59 Publié dans droits humains, foi de l'homme | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gazage, extermination, death penalty, peine de mort, chine, jeux olympique, death car
04.06.2008
Citation
"Il est long, le temps de l’amour. Il reste enroulé neuf fois infini dans le creux du monde avant de pouvoir sortir au jour, tout à fait bien grandi. Il est long et difficile parfois, mais c’est un temps de grâce."
Alina Reyes sur son blog spirit (fournisseur choisi certainement pour son nom évocateur)
Quelques Coeurs de Marie, coeurs de Jeannette photographiés dans mon jardin le lundi de Pentecôte.
17:26 Publié dans droits humains, foi de l'homme | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
14.03.2008
la gazelle et la louve
Bientôt le 25 mars, jour d'annonciation. On m'a dit, récemment, ce qui est logique somme toute pour les esprits bien cartésiens et masculins, que l'annonciation avait lieu 9 mois juste avant Noël. Cela veut dire aussi que l'annonciation est considérée pour beaucoup comme jour de "conception" divine.
C'est un mystère. Sacré comme tous les mystères.
Dans la conception, il y en a des multitudes, la conception de chacun d'entre nous. Ainsi, ma fille me demandait si le couple que je forme avec son père n'avait pas été, si elle serait venue au monde par une autre maman ou si elle n'aurait pas existé . Question à laquelle nous avons tous tendance à répondre par le fait que nous serions venus, de toute façon, notre esprit, notre âme, seraient venus, dans un autre corps peut-être ailleurs ou dans un autre temps, mais ne pouvaient pas ne pas exister.... pourtant, rien n'est moins sûr. L'enfant prend ainsi conscience de sa fragilité "d'être au monde". Il dépend de l'amour de personnes qui existaient avant lui et dont il n'a eu aucune prise sur leur volonté de s'aimer de créer une nouvelle vie. Il dépend d'un air, d'un souffle, d'un hasard ou d'une rencontre, de presque rien mais ce presque rien a créé un être pleinement vivant qui se revendique comme tel.
Dans la conception de Jésus, il y a plus qu'une multitude de mystères, le nombre qu'elle recèle est lui-même un mystère dans son infinitude.
Et l'une des question, peut-être une question taboue, sans doute, mais qui parce que je suis femme, parce que la joie, parce que l'amour, parce que Jésus dieu incarné, parce que la chair porteuse de l'esprit, et l'esprit imprimé dans la chair, me taraude :
Qu'est ce que Marie a ressenti lors de la conception du Christ ? cette neutralité sobre qui sied si bien à cette idée de la virginité ou de la chasteté? Cette simple exclamation d'une servante disant oui? La lumière de l'ange et le souffle de l'Esprit? Oui, mais qu'est-ce que la "lumière de l'ange" et "le souffle de l'Esprit"? et quel royaume de proximité avec l'amour en la chair a-t-il?
Il y a longtemps déjà, habité par l'intuition d'un mystère de joie pure, j'avais écrit le texte qui suit, et j'en concluerai par là, sinon qu'il faut lire le livre que je suis en train d'explorer, La jeune fille et la Vierge d'Alina Reyès et je dirai en son temps le pourquoi :
Frappe le grésil tambour des tempes. Ta voix éveille mon songe, puissant Ange du Nord. Profonde gorge d'où suinte le miel d'une fêlure. De tes ailes acérées, tu tranches, délicat, mes raisons de vivre, les oiseaux de champagnes écument mes ivresses d'âme. Ternie ma trop simple fontaine. Sous ta grâce j'expire en phrase si fraîches.
Cueillie en somme, je m'étire. Panthère des fleuves presque inertes. Mes coussinets signent le rugueux de la Terre. Découvrir l'étrange chose, aller caresser les racines des rocs, aux abîmes des volcans gelés.
Plonger dessous les carcasses de glaciers. Se laisser mordre l'écru de la peau par des monstres tectoniques. Des lames avides et froides. Se donner à la portée parfaite d'une vague d'harmonie. Se laisser engloutir dans les couvertures venteuses des monts rêvés. Déglutir la lie du sol, laper la lave des boueuses merveilles, se couvrir du limon des vins doux et brûlants. Sans reprendre son souffle, descendre s'étendre au lit suave du monde.
Des violons rapides aiguisent mes danses animales. Danser, danser. Ne serions-nous qu'une histoire de danse ? Un grand rond félin d'antre exhumé nidifie en moi. Ecarlate, une source jaillit, au confluent de nos coulées de rages. Une source vivace, légère, une vapeur d'aimer.
Et les grottes résonnant d'anciens carnages, ondoyant d'images de guerre volées aux aigles pourfendeurs, aux vrilles exquises des sens, deviennent béances, clairières apaisantes où viendront demain boire ensemble la gazelle et la louve.

23:44 Publié dans droits humains, foi de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
16.04.2006
- A deux pas derrière Marie-Madeleine -
- A deux pas derrière Marie-Madeleine -
Ca m’avait semblé être une belle opportunité. Puis il n’y avait personne d’autres sur le coup. Pas de concurrence, pour une fois, pas de bousculade. Une sorte d’excursion en solitaire attiré par le bruit mat que fait l’insondable loin des foules.
C’est vrai que j’ai été étonné par l’odeur. C’est une chose qu’on n’évoque nulle part, l’odeur, quand on parle de notre monde aux devantures des médias. On connaît toutes ses facettes géographiques, son affolante fuite autour d’un manque, son glissement de terrain vers le Sud. On connaît toutes les images de la misère, des tremblements, des taudis, des hôpitaux de campagne, des fossés macabres et des inondations putrides. On connaît cela comme au travers d’une bulle de verre. On a depuis longtemps enregistré le râle très particulier que fait une petite fille pour mourir aspirée par la boue, le sifflement d’un homme sautant d’une tour en feu et le silence abyssal de la faim. Mais on ne sait rien des effluves du mal. Ni du bien.
Elle m’accueillait avec une contenance gauche; on sentait qu’elle avait longtemps guetté mon arrivée. Sans impatience, sans joie, sans trouble. Une eau stagnante, presque usée, ai-je pensé bizarrement.
Je l’ai suivie. Il y avait des traces d’encens, oui, des traces, comme un jeu de piste. Tellement prégnantes, saisissantes de beauté, peut-être parce qu’elles dénotaient sur le fond tenace de cuisine en sauce, de réfectoire déserté mais imprégné de vieux remugles de graisse et de lait rancit.
L’encens ouvrait la voie. Nous suivions le fil d’or. A ce point palpable que j’en ai saisi mon appareil. Il n’y avait rien à photographier, mais tout à voir, à percevoir. Voir au travers, du dedans, dans l’immatérielle suspension de l’odeur. Je me suis senti démuni. Comment vous dire, j’aurais voulu déjà témoigner. J’en avais si souvent eu l’habitude, impression permanente d’évanescentes expressions. Et soudain j’ai compris la magie merveilleuse de ce titre de livre de Kundera: « L’insoutenable légèreté de l’être »; mais dans mon oreille, c’était le mot « air » qui terminait la phrase.
Elle a poussé une porte bancale, un peu à son image, elle avançait d’un pas asymétrique, une démarche lourde sur le papier glacé, mais qui, dans le mouvement de son corps, s’apparentait davantage à une danse penchée. Elle dégageait une grâce non dégrossie, comme le souvenir rugueux d’une partie de campagne. Une soupe paysanne explosant de saveur dans la bouche fatiguée par les efforts du jour.
Elle n’avait pas prononcé un seul mot, pourtant elle parlait. Sa nuque droite et robuste me narrait les émotions de sa journée, la découverte matinale, l’interrogation puis la jubilation muette. Réinventait pour moi le rythme de la procession. Le balancement métronome de ses déplacements quotidiens, puis ce petit goût étrange qui l’avait intrigué et l’allure soudain tendue, même pas plus pressante, simplement happée par cette déchirure éclatante au bout de la nuit.
La lumière du soir enfouissait les détails, mais souvent le crépuscule rappelle les premières lueurs de l’aube. Je l’ai accompagnée doucement; j’ai pensé qu’elle était femme. Soudain. Et j’ai réalisé qu’elle était plus qu’un “sujet”, mais aussi une femme, mon genre opposé ou complémentaire. Qu’en dix minutes je n’avais jamais imaginé qu’elle puisse être une partenaire; à cause de son physique. Une femme sans âge, boiteuse, éclopée. Impersonnelle, j’aurais dit. Maintenant, je pensais… si différente, si surprenante, si déroutante. Comprenez bien, je ne sentais nulle attirance, enfin si... non plutôt aucun désir, mais j’étais fasciné, pris d’une sorte de vague intérieure d’humanité, d’un amour fou, de l’ordre du déraisonnable, j’avais envie de me laisser bercer par cette marche derrière cette femme qui m’emmenait vers un tombeau ouvert. Qui incarnait toute la patience malicieuse du mystère pour éclore dans nos jardins de veille.
Il faisait quasiment sombre lorsque nous sommes arrivés. Les effluves épais d’encens barraient presque la porte de la cellule. Quelqu’un ( qui? me suis-je mis soudain à penser avec une angoisse galopante) avait méticuleusement balayé la portion de couloir qui précédait la pièce. Elle stoppa sa marche, s’écarta, m’invitant par là-même à pénétrer avant elle dans ce lieu.
L’atmosphère paraissait immobile, et pourtant agitée de particules infimes de clarté. Toute la luminosité du soir s’était donnée rendez-vous dans cette cellule, précisément, et pas dans une autre. La longue pierre nue encastrée dans le mur était vide. Rien ne pouvait laisser croire que quelques heures auparavant on avait allongé là un corps sans vie. Ici, c’était un mouroir comme un autre finalement. Les gens pauvres et malades venaient y crever par centaines. Ca ne dérangeait plus personne; souvent un corps encore vivant remplaçait vite un corps mort. Juste un grand sceau d’eau et c’était reparti. Ici, la tuberculose faisait des ravages depuis quelques années. Chaque matin s’accueillait avec un geste d’humble ferveur, en ouvrant les volets sur un ciel pareil à celui de la veille.
Mais ce soir, il y avait une chose en plus. Dans cette chambre, ce réduit, cette demeure du soupir, il y avait rien moins que la mort enlevée. Quel langage pudique pour dire... qu’il n’y avait rien d'autre que la vie relevée. Comment prononcer l’indicible ? Le tombeau était vide, au matin. Plus de corps, personne. Le linceul avait été replié soigneusement. Dans un coin. Et la femme aux pas gourds avait trouvé la porte grand ouverte.
Ca sentait l’encens à plein nez, mais nul brûlot sur le chemin. Elle s’attendait à ce que je sois un peu déçu… pensez… rien à voir, ni à photographier. Juste la trace d’un passage, d’une partance. L’absence ne se fixe pas sur la pellicule.
J’ai posé mon regard sur elle. Je lui ai demandé, maladroitement, de montrer à sa manière ce qu’elle ressentait. De le dire pour qu’on le voit, à l’image. D’incarner cette odeur de sainteté présente dans tous les pores des murs, et dans le filet même de nos souffles.
Je me suis reculé de deux pas, prosterné derrière mon appareil.
Elle n’a rien fait d’abord, les bras ballants, hésitante quant à la manière la plus pertinente de leur dire, ce miracle impossible d’un mort qui ressuscite, comme dans les livres anciens. Cette abondance impensable de la vie à un endroit déserté par toute compassion du monde. Cette erreur de postage, erreur plus qu’humaine, pour une fois.
Puis elle a simplement levé les deux doigts, en signe de victoire, et s’est tue, inclinée, pour laisser la place à la lumière où jardinait un ange.
20:44 Publié dans droits humains, foi de l'homme | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
21.02.2006
En hommage à Yves Heurté

Dimanche, 19 février, Yves Heurté est mort, épuisé des suites d’un accident vasculaire cérébral.
Et si c'était ainsi, l'éternité,
un chant fait de silence ?
Si c'était d'un amour
l'infinie patience ?
Une envie douloureuse d'être
la nuit, la neige, et la cantate ?
Yves Heurté
J'ai "connu" Yves Heurté sur Internet, dans les années 99-2000. Avec ses plus de 80 ans, il participait activement à des listes de discussion sur la littérature, de partage, d’atelier d’écriture et des comités de lecture notamment du site www.francopolis.net. Yves avait été très longtemps un médecin de campagne dans le sud de le France à l'orée des Pyrénnée. Peu à peu, en parallèle de ce travail pourtant prenant, il avait commencé à écrire à tout va : romans jeunesse, littérature adulte, poésie, théâtre,... Il avait eu une entrée dans l'âge adulte marquée par la guerre, la seconde guerre mondiale et par un passage dans la résistance pour laquelle il pouvait aussi être critique. Grand convaincu de la paix, humaniste et croyant, il a publié sur ce sujet au moins quatre livres:
· Journal de nuit. Le journal de guerre d'un adolescent 1941/1945 ( mis à la disposition des lecteurs via le net http://webhome.infonie.fr/isanou/ ) et qui reprend son journal de 17 ans, son entrée en résistance et son point de vue parfois critique et toujours engagé)
· L'atelier de la folie : Fait divers tragique dans une prison politique très dure d'Amérique du Sud: dans une émeute on arrête par erreur une étudiante d'excellent milieu. Mais elle refuse de garder le silence et même d'être libérée si on ne fait pas de même pour sa compagne de cellule, abominablement maltraitée. Son obstination va poser au pouvoir carcéral un problème insoluble.Ed Seuil jeunesse
· L'homme qui marchait : Au Tibet, un moine errant a étranglé sans raison la fillette d'un paysan. Celui-ci va se jeter à la poursuite de l'assassin sur les hauts plateaux, poursuite qui durera toute leur vie, chacun des deux souffrant le même froid, la même misère, la même solitude, sans jamais se croiser. Mais tandis que l'un devient un grand criminel, l'autre évolue vers la sainteté. ( un extrait : http://yves.heurte.free.fr/roman.htm#marche)· Mémoire du mal (Erinnerung an das böse) Edition bilingue Français/Allemand. Poésie consacrée aux camps de concentration.
Des recueils aussi, la plupart aux édition Rougerie, d’une poésie percutante et simple.
"Le plus vaste désert est fait de milliers de sentiers perdus. L’un allait au Golgotha, l’autre vers la soie, le sel, les conquêtes insensées d’un boiteux, une razzia de femmes ou la marche des saints.
Tous chemins d’un désir impossible. Tous balayés d’un vent de mort mêlant aux sables leurs poussières.
Restait un chant de route."
Yves Heurté
*
“J'aimerais être sans âge, seul à la table d'une petite auberge dépassée par ma route. Je ne porterais ni projets ni mémoire. Je ne serais que l'aiguille arrêtée à jamais en pleine broderie. Peu m'importerait alors de faire l'amour, de caresser le chat ou de tirer sur l'ange. Ce serait une simple halte pour fêter l’anniversaire de mon amie l'éternité.
Elle et moi pourrions boire enfin nos whisky secs sans nous préoccuper de la fin du monde.
.....................
Un départ n'emporte jamais tout. Restent un bagage perdu, la poussière oubliée sur un seuil, le meuble encombrant d'un mensonge. Et toujours, dans les barbelés de l'exil, des lambeaux d'enfance.”
Yves Heurté
Yves avait aussi réécrit une version du “Cantique des cantiques”…
Alors, pour lui répondre, une dernière fois, je lui envoie ce petit hommage, pour le gentil galopin, ivre de vie, de joie, d’humour et de combat qu’il était et est toujours, là où il est:
tu es le bien-aimé
cours les montagnes les hommes graves
tes mains respirent la fleur d’amour
et l’ombre prie toute ta jeunesse
de clairsonner ses pas d’argent
tu n’as mille ans que depuis hier
jeune chenapan
ta bien-aimée,
ta gazelle d’or, ton éternelle
bruisse d’oiseaux et de parfums
les ruisseaux remontent le temps
d’une louange de corps serrés
tu rêves dans le rêve d’un ange femme
petit galopin
invite-toi au grand banquet
tu as le rire en sortilège
et du vin goûtu pour le feu
l’âtre s’éparpille de mystères
tes mots furieux fondus de paix
au paradis des résistants
tu combats de rutillants dragons
armé d’une plume d’écolier
marche fils d’homme marche encore
sur les mers houleuses de cailloux
pérégrine d’une pointe à l’autre
dessines le cercle infime de l’Autre
malade, pendard ou asservi
ces étrangers nos rédemptions
Clepsydre
- Son site :
- Voir aussi sur le site de Michèle Menesclou :
http://alineaetc.hautetfort.com/archive/2006/02/05/a-yves...
- Un article de Juliette Schweisguth sur Francopolis: à cette adresse : http://www.francopolis.net/francosemailles/yvesheurte.htm
Yves Heurté, l'homme de toutes les générations
- Et une mini-thèse sur son oeuvre :
| Yves Heurté : des livres pour résister |
| par Jean-Christophe Angelo (Maîtrise SID, 2001) |
à cette adresse http://jeunet.univ-lille3.fr/auteurs/heurte01/sommaire.htm
- un article de Pierre Bachy sur son site à ces adresses : http://bachy_pierre.blog.lemonde.fr/bachy_pierre/2004/12/... et http://users.skynet.be/pierre.bachy/heurte-gensmontagne.h...
Heurté Yves
Vous, gens de montagne
- Un article de Thierry Guichard : Yves Heurté Se libérer soi-même, à cette adresse:
http://www.livre-poitoucharentes.org/Pages/archives_ASR/a...
10:45 Publié dans droits humains, foi de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.02.2006
Lumière transie
Le clair de lune pénètre dans la pièce à la mesure de l'ouverture,
même si sa lumière se répand partout, de l'orient à l'occident.
Rumi
L'épiphanie... C'est de cela que parle cette magnifique citation de Rumi. Comment peut-on "savoir" Dieu. Je ne sais pas, je suis agnostique. Je suis croyante, pratiquante, agnostique. Mais, et toute personne qui a une activité créatrice pourra dire qu'il me comprend, on sent quelques fois un souffle. Un rayon de lune. Et ce rayon, comme venu d'ailleurs, qu'on appelle "l'inspiration", "l'illumination", "la lumière" ou même "l'intuition", nous avons tous l'impression qu'il vient d'ailleurs, n'est-ce pas et que... que justement si nous l'avons "capté", c'est que nous avons été de bons récepteurs. Que nous avons mis le plon de bois en face du trou de la bonne taille.
Mais ce que dit Rumi, c'est que l'on peut certes fermer les rideaux et ne plus percevoir même une once d'un rayon de lune, mais qu'on peut aussi ouvrir très grand, être grand réceptacle. Et alors, oui, alors, il y a épiphanie. :-) On a la notion qu'on a touché une "vérité suspendue" "universelle de l'orient à l'occident" qui ne demandait qu'à être cristalisée sur le papier. On a l'impression qu'on a... "élucidé" quelque chose, élargi les trous du filtre qui laisse passer la lumière au travers de nous, qu'on l'a transfiguré et que notre esprit enfin prêt, enfin "ouvert" s'est éclairé de cette science nouvelle, presqu'externe.
Universelle "d'orient à l'occident"... qu'il serait bon souvent de s'en rappeler quand on lit en ces temps de rejet de nos frères musulmans ce qu'on lit de presses en blogs soulignant à coups de particularismes inventoriés, de petits et grands complots, de laïcité religieuse, de dénonciation sataniste et de rejet xénophobe ce qui fait la différence avec cet autre qui pourtant peut percevoir, tout autant que moi, la lumière et devenir, tout comme vous, de temps à autre, "translucide d'amour" ( "transe lucide", bien sûr)
Un petit texte ancien à propos de l'épiphanie :
Lumière transie
voilà que se ferment sur mon visage
les cernes des nuées
et l’or craque
ses antiennes venteuses
encrer un ciel pour y sertir
ta cendre ivoire
farine à lever mes mains
oui, puisqu’un tour encore
s’exclame ma danse
combien de gangues de soleils
éclaterons-nous entre nos dents ?
bénédiction sous l’orage
ce pain de foudre
nous rompt
translucides d’amour
je piste la course des gouttes
jusqu’où s’abreuvera
mon regard d’épousée
oui, je fondrai en ton centre
là où tintent encore
les anges d’accordailles.
Clepsydre
13:42 Publié dans droits humains, foi de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






































