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08/06/2010

Les sussureurs

C’était connu de tous et revendiqué par lui-même : Antonin n’avait aucune patience.  Si quelque chose lui résistait, son imagination, si pauvre en temps normal, s’emballait aussitôt, lui apportant profusion de sanctions à appliquer pour faire taire l’énervement que l’obstacle matériel ou la mauvaise volonté d’autrui avait semé en lui comme une lèpre acide. Les nuits, pourtant, il avait toujours trouvé un sommeil égal, sans trouble, puisant aux eaux sombre d’un lac repus de remous. Jamais une ride ne striait la surface de ses songes. Il se réveillait de grand matin, frais, disposé à reprendre le cours de sa vie, absout de ses frustrations. Quelques fois une de ses inventions rageuses de la veille lui rappelait la manifestation de son dépit, mais les remords restaient enfouis dans la gangue de son sommeil.

Ce soir pourtant, épuisé par un été innervant de touffeur et d’éblouissement, saturé d’électriques rumeurs, Antonin avait laissé divaguer son imagination jusqu’à s’assoupir dans son fauteuil de jardin.

Un appel lancinant le contraignit bientôt à relever les paupières. La table de jardin, le parasol en berne, les jardinières ensauvagées, tout autour de lui apparut avec netteté malgré l’obscurité venue. Des ombres bleuâtres finissaient de mourir au pied des chaises en bois peint. Une corbeille de fruits laissait luire ses prunes.

 

le sang recuit des murs

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12:07 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fantastique, colère, nouvelle, florence noël |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

10/05/2010

Parution du n°4, du mois de mai, de la revue Chos’e, d’art et de poésie


Numéro, dans lequel, entre autres personnes, vous me trouverez dans des textes illsutrant des photographies de Pierre Gaudu.

 

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Le n°4, du mois de mai, de la revue Chos’e, d’art et de poésie, est paru.
46 auteurs s’y trouvent représentés. Ce numéro comporte 194 pages.
Il est mis en ligne à cette adresse :
http://fr.calameo.com/read/000036710a4d190566a14


Pour consulter Chos’e N°1 : http://fr.calameo.com/read/000036710247da2364251 <http://fr.calameo.com/read/000036710247da2364251>
Chos’e N°2 : http://fr.calameo.com/read/000036710e78a571ff259 <http://fr.calameo.com/read/000036710e78a571ff259>
Chos’e N°3 : http://www.calameo.com/read/00003671064572e3f7cb2 <http://www.calameo.com/read/00003671064572e3f7cb2>

Pour le n°5 de juillet, le bouclage aura lieu le 20 juin. Si vous désirez participer, envoyez vos œuvres à cette adresse : kitagawa.cristoforo@orange.fr
.



Les auteurs du n°4 :


Anna de Sandre
Béatrice Machet                                                    
Carole Aubert
Catherine Landry
Cathy Garcia
Christian Alle
Christian Moreno
Christine Jeanney
Colette Merteuille                         
Éric Dejaeger
Érik Boullier
Fabrice Marzuolo
Florence Noël sur des photographies de Pierre Gaudu
Francesco Pittau
Frasby
Fred Johnston
Guidu Antonietti di Cinarca
Henri Droguet
Henry Chiparlart
Hervé Merlot
Iron Ikunst
Jacky Essirard
Jacques Borzycki    
Jean-Luc Feitas
Jean-Marc Flahaut
Jonavin
Jos Roy et Luc Médrinal
Julie B.
Kitagawa Cristoforo
Kl Loth
Laurent Grisel
Louis Mathoux
Marc Bonetto
Marlène Tissot
Michel Brosseau
Michel Gaudrion

Myriam Laffont
Nathalie Paradis
Patrice Maltaverne
Paul Villain
Philippe Didion
Roger Lahu
Roland Thévenet
Sébastien Ménard
Serge Raynal 

22/04/2010

j'ai tant pleuré




« J’ai tant pleuré, j’ai tant pleuré »

Cette fois Gus arrêta sa course. De l’avant de sa botte une onde se propagea dans la flaque anthracite. Le chuintement de ses pieds avait recouvert la faible perception qu’on pouvait avoir de cette voix, fifrelin de plainte, comme passé dessous tant de bris, d’éclats, de maux, de feux qu’on n’en percevait plus que le squelette. Squelette sans moelle.

Le sol brillait des pluies et des huiles répandues sur le lieu du sacrifice. Blancs, rouges, bleus, lambeaux flashy de drapeau français y clignotaient chaotiquement sous les spasmes des sirènes et des gyrophares.

Gus releva les yeux. À un cheveu, un inspecteur stagiaire lui tendait un gobelet fumant de café, l’air absent. Il ne le saisit pas. Muet, les pupilles fixes, son corps intima l’ordre de rester absolument silencieux.

« J’ai tant pleuré, j’ai tant pleuré »

Le stagiaire eut un soubresaut. Derrière lui des hommes couraient en tout sens, éloignant les rares curieux nyctalopes, les victimes en bonnes santés, évacuant la station essence éventrée par la dérive folle du camion. Sa carcasse couchée sur le flan, agonisait de tous ses fluides, sous l’air saturé de benzine, râlait son dernier souffle.

« Voyagez sans bagage dans nos écrans haute définition ». Sur les battants de la porte arrière, encore close, Le slogan surmontait le dessin d’un enfant aux vêtements bariolés étreignant un cerf-volant rouge carmin. Innocence cabossée. Et derrière, enfin perceptible, la plainte absurde, la plainte d’une femme, sans doute, cachée dans ce camion, comme d’autres clandestins.

Derrière, le chant millénaire sourdait comme l’huile, l’eau et le sang : « J’ai tant pleuré, j’ai tant pleuré »….

 

*

 

En ce moment, sur l'Auberge de ragueneau se tiennent plusieurs jeux d'écriture. Celui-ci s'inscrit dans la consigne suivante, proposée par Stéphane Méliade qui a déposé aussi un premier texte :

Ce jeu part d'une affiche publicitaire que vous inventerez. Vous êtes en ville, à la campagne, en banlieue, dans les transports, où vous voulez. Vous voyez cette affiche et elle vous arrête. Elle a un impact, direct ou indirect, sur votre vie, qu'il dure cinq minutes ou longtemps.
À vous de décrire la scène.