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02/07/2006

verroterie de mots

medium_Dale_desertbig.jpg

là c’est du feu sur du sable
une ombre déplacée par rails
et l’entre déchirement des soifs
au quartier oasis

sous des tentes plantées sans hâte
on manipule les verroteries de mots
d’ailleurs et d’aujourd’hui
tandis que l’ancien essuie d’une main feule
la théière d’argent et la tasse et le bruit
puis mouche son menton

on vient
des éclats sanguins sinuent et jettent
l’or aux grains
les traces décalquent leur chaleur sur l’appui
d’êtres fins et fiers

nous ne sommes jamais partis non
jamais plus loin que l’ombre du bâton
en plein midi

et là se tait le scintillement
la couche meuble des paroles
et s’endorment vanités et parures


un homme entre
le seuil s’assouplit puis
rampe un crachat plus loin

qu’il entonne :

un enfant traîne une mer sombre
dans les yeux d’une sirène
enchaînée de joliesse
et de satin mouillé

une femme pourvoie au sucre
sa coiffe bigoudène
est une ruche ocreuse
bonne pour la joie

gare !
un étalon fend l’écarlate
du jour occis de doigts d’astre
et épanche ses flans de menthes
soustraites à la vigilance des djinns

on vient bientôt
on mange une lune indigo
sa peau de cendre
amère
étiole le plaisir du thé
et affrète un dernier verre
où s’enliser.

illustration :http://olivier.cousinou.free.fr/Terragen/images/Dale_dese...

23:30 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : poésie tout simplement |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

12/06/2006

[coquelicots de cendres]

[coquelicots de cendres]

poésie

 

 

vint l’âge des grâces
valant toutes les danses
occultées désormais à l’angle des morts

 

c’était de peu de feu,
d’à peine l’heure de choir de l’ange à l’homme
une seconde disait-on auparavant,
un zeste de clepsydre

 

ce jour-là se passait de commencement
et brûlait sa fin dans le fleuve
ses apaisements suprêmes
car vains

 

dans un frisson solitaire
les paumes accouchaient de flammes vermeilles
coquelicots veinés par vent
vol et vétilles d’âme

 

un cri très tendu sur le tendre
à l’angle de la gorge et du sternum
émoussé de sanglots
saluait l’émergence du rêve enclos

 

c’était un spectacle déchirant
certains suaient ainsi de songes
pendant cent nuits de spasmes écarlates
et des racines se mouvaient sous leur corps
des frondaisons s’inclinaient à se rompre
cou tendu à la source incandescente

 

tant de pavots suintaient d’entailles profondes
tant de pieds pleuraient leur lot de corolles
liesse de chrème et myrtes
délicatesse ourdie étrangement
par l’ouvrage
de nos manques


où étions-nous hurlaient nos bras
où étions nous quand
tant de fastueux destins se pressaient sous l’épiderme quand
nos veines filaient la geste de visions quand
nos pieds abrasaient la cendre
où étions-nous

soudain nous fûmes chute
vertige des entrailles éclatement des temps
goussets filandreux
déglutition des sols

 

suspendus, enfin délivrés agravides
le ciel nous apprenait l’œuvre échue
à nos talents
et leurs fruits absous des récoltes

 

une procession de larmes sylves
séparait les deux moitiés de nos corps
et à nos flancs des fantômes éperdus
récoltaient à s’y surprendre
l’ambre gris
perçant hors de nos sommeils

 

alors oui nous voyions
l’un avait un monde laineux sous les doigts
jouait déjà d’un instrument à feux
l’autre serrait l’aube d’un langage dans les plis de sa joue
tandis que celui-ci feuilletait les venelles de l’Histoire
paré d’inouïs discernements
telle inventait une lumière d’eau,
sa sœur revêtait l’humilité d’un saule aux ablutions de l’ombre
une mère passée en couche
redevenait la légèreté empruntée aux pollens
combien lissait pour la prime fois
enfin
la tempe d’un enfant neuf
ou sculptaient la demeure d’un soleil pierreux


lorsque nous resurgissions
la pourpre d’avoir été
chassait celle de la honte

nous nous souvenions soudain
que nos fronts se mesuraient en empans
de peaux et de sillons
en lieues de friches à ennoblir
jusqu’au Gobi
où sourdaient les murmures faîtiers
les coquelicots de cendres
répandus au sol par des mains
affamées de sortilèges

 

 

Extrait du recueil inédit "les fantômes de l'infini peu"

16:25 Publié dans Nulla dies sine linea., poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

01/03/2006

Descente aux ombres

L'exorcisme, réaction en force, en attaque de bélier, est le véritable poème du prisonnier. (...)  Cette montée verticale et explosive est un des grands moments de l'existence. On ne saurait assez en conseiller l'exercice à ceux qui vivent malgré eux en dépendance malheureuse. Mais la mise en marche du moteur est difficile, le presque désespoir seul y arrive.
Henri Michaux


- Descente aux ombres -


Il faut descendre aux ombres
jusqu’à leur moléculaire inexistence
s’y rassembler de neuf
de ciré, de reluisant
il faut crucifier l’échappée
le chemin clair des filles de mars
leur innocence clouée de grêles
et giboulée
s’enterrer tiède
puis ensevelir chaque pas semé
dans la méticuleuse obsession des vers
pardonner l’écart subtilisant le souffle
sous nos chaussures

Il faut pénétrer nu entier
connaître de la terre l’âcre
le granuleux à même la langue
persévérer
jusqu’aux racines des chevelures
aux cimes des âmes
s’embourber
tuer le cri dans l’antre sourd

Il faut dès lors oublier l’oubli
oublier l’espoir de l’ailleurs
être la quintessence du trou
du vide du manque du désespoir
et même chanter par pulsation humide
des veines garrottées
hanter jusqu’à plus soif
l’univers de l’atroce
greffé en nous
par tout cet amour étrillé

oh mère des mères

là, je suis sûre, là
oui
la raison de vivre se hurlera
irréfutable
et sans appel


Clepsydre

11:45 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, littérature, survenir soif, michaux |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |