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08/06/2010

Les sussureurs

C’était connu de tous et revendiqué par lui-même : Antonin n’avait aucune patience.  Si quelque chose lui résistait, son imagination, si pauvre en temps normal, s’emballait aussitôt, lui apportant profusion de sanctions à appliquer pour faire taire l’énervement que l’obstacle matériel ou la mauvaise volonté d’autrui avait semé en lui comme une lèpre acide. Les nuits, pourtant, il avait toujours trouvé un sommeil égal, sans trouble, puisant aux eaux sombre d’un lac repus de remous. Jamais une ride ne striait la surface de ses songes. Il se réveillait de grand matin, frais, disposé à reprendre le cours de sa vie, absout de ses frustrations. Quelques fois une de ses inventions rageuses de la veille lui rappelait la manifestation de son dépit, mais les remords restaient enfouis dans la gangue de son sommeil.

Ce soir pourtant, épuisé par un été innervant de touffeur et d’éblouissement, saturé d’électriques rumeurs, Antonin avait laissé divaguer son imagination jusqu’à s’assoupir dans son fauteuil de jardin.

Un appel lancinant le contraignit bientôt à relever les paupières. La table de jardin, le parasol en berne, les jardinières ensauvagées, tout autour de lui apparut avec netteté malgré l’obscurité venue. Des ombres bleuâtres finissaient de mourir au pied des chaises en bois peint. Une corbeille de fruits laissait luire ses prunes.

 

le sang recuit des murs

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12:07 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fantastique, colère, nouvelle, florence noël |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

22/04/2010

j'ai tant pleuré




« J’ai tant pleuré, j’ai tant pleuré »

Cette fois Gus arrêta sa course. De l’avant de sa botte une onde se propagea dans la flaque anthracite. Le chuintement de ses pieds avait recouvert la faible perception qu’on pouvait avoir de cette voix, fifrelin de plainte, comme passé dessous tant de bris, d’éclats, de maux, de feux qu’on n’en percevait plus que le squelette. Squelette sans moelle.

Le sol brillait des pluies et des huiles répandues sur le lieu du sacrifice. Blancs, rouges, bleus, lambeaux flashy de drapeau français y clignotaient chaotiquement sous les spasmes des sirènes et des gyrophares.

Gus releva les yeux. À un cheveu, un inspecteur stagiaire lui tendait un gobelet fumant de café, l’air absent. Il ne le saisit pas. Muet, les pupilles fixes, son corps intima l’ordre de rester absolument silencieux.

« J’ai tant pleuré, j’ai tant pleuré »

Le stagiaire eut un soubresaut. Derrière lui des hommes couraient en tout sens, éloignant les rares curieux nyctalopes, les victimes en bonnes santés, évacuant la station essence éventrée par la dérive folle du camion. Sa carcasse couchée sur le flan, agonisait de tous ses fluides, sous l’air saturé de benzine, râlait son dernier souffle.

« Voyagez sans bagage dans nos écrans haute définition ». Sur les battants de la porte arrière, encore close, Le slogan surmontait le dessin d’un enfant aux vêtements bariolés étreignant un cerf-volant rouge carmin. Innocence cabossée. Et derrière, enfin perceptible, la plainte absurde, la plainte d’une femme, sans doute, cachée dans ce camion, comme d’autres clandestins.

Derrière, le chant millénaire sourdait comme l’huile, l’eau et le sang : « J’ai tant pleuré, j’ai tant pleuré »….

 

*

 

En ce moment, sur l'Auberge de ragueneau se tiennent plusieurs jeux d'écriture. Celui-ci s'inscrit dans la consigne suivante, proposée par Stéphane Méliade qui a déposé aussi un premier texte :

Ce jeu part d'une affiche publicitaire que vous inventerez. Vous êtes en ville, à la campagne, en banlieue, dans les transports, où vous voulez. Vous voyez cette affiche et elle vous arrête. Elle a un impact, direct ou indirect, sur votre vie, qu'il dure cinq minutes ou longtemps.
À vous de décrire la scène.

23/02/2010

Hors cadre

 

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photographie F. Noël

 

 

Hier, une femme, avant-hier, un homme, le jour encore avant, une très jeune fille les lèvres au gloss rouge incarnat –plus personne n’utilise cette couleur-là sauf les putes, et elle parce que son mec, 15 ans à peine, l’aime comme un mac puis tu dois me le prouver poupée, si tu prétends que tu tiens à moi - le jour avant un garçonnet avec sa petite voiture.
Le néon flashe à la nausée, il tressaille et ces petits bruits crus agacent les dents et le tendon de mon cou, à droite.
Hier une femme, à peine plus jolie que ma femme. Mais elle m’émouvait, plus encore que la gamine en perdition dans son amour de lycée, travestie en cocotte.
La porte, ses gonds de fer, sa peinture vert écaillée – troisième sous-sol étage des nénuphars, les parkings hébergent des voitures avec des sollicitudes de nom de seigneuries- juste au-dessous des bruyères (rose) et au-dessus de rien. Rien ou tout comme. Un vide ventilé sans jamais de lumière et cette odeur acre de la terre humide et stérile, d’argile froide sur air tiède perpétuel.

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10:33 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : parking, nouvelle, observateur, abandon |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |