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13/02/2009

Recueil d'Eric Dubois à lire sur Cameleo

A lire, un court recueil d'Eric Dubois publié sur le réseau social de publications en ligne Cameleo :

http://fr.calameo.com/books/000008470e9e9a1fe761c

Il s'agit d'une médiation hivernale, avec des brins de mots, de phrases, comme deux discours, un proclamé, l'autre murmuré, qui s'entremèlent à chaque paragraphe. Il y a un rythme subtile, intelligent qui crée une connivence dans la contemplation.

17:30 Publié dans Dis-moi ce que tu lis... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eric dubois, poésie, recueil, hiver, nuit |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

29/10/2008

Il existe un alphabet du silence

Ce texte de Roberto Juarroz, dans le recueil "Poésie verticale" traduit de l'espagnol par Roger Meunier, rencontre tout-à-fait mon expérience de la poésie. Le mot, l'énonciation du mot, de ses sons, la verbalisation articulée des mots, littéraires, autres, les animent, les rendent souffle, vie. Il s'agit ici d'un transfert du "Le Verbe s'est fait chair" à notre petite échelle dans l'exercice de la poésie, qui pour certain est un exercice de manifestation. Ecrire ne se fait pas sans lire, ne se fait pas sans énoncer, sans mesurer, de ses propres silences, le pas entre deux mots.

Ce texte de Juarroz, je devrais l'apprendre par coeur tellement il rencontre et éclaircit mon propre rapport à la texture de chair d'un texte énoncé, par son bas relief, quelques fois, le silence. Le silence aussi est chair. Le silence aussi est texture d'homme. Plus sincèrement même. Il n'y a pas de diction du silence. C'est la respiration même, elle vient du vif en nous.

 Dire un texte, l'animer, c'est le rendre à la vie qui la fait naître.

184

 

Le silence qui subsiste entre deux mots

n'est pas silence qui entoure une tête qui tombe,

ni celui qui nimbe la présence de l'arbre

quand s'éteint l'incendie vespéral du vent.

 

De même chaque voix a un timbre et une hauteur,

chaque silence a un registre et une profondeur.

Le silence d'un homme est différent de celui d'un autre

et ce n'est pas la même chose de taire un nom et de taire un autre nom.

 

Il existe un alphabet du silence,

mais on ne nous a pas appris à l'épeler.

La lecture du silence est néanmoins la seule durable,

plus peut-être que le lecteur. (VI, 27)

 

 

Un silence entre deux mots d'arbres :

 

 

serenity - Sérénité

 

*

 

Une réflexion mienne ancienne sur ce silence qui habite nos écrits comme une signature intime.

Extrait de "Bruissements. Le tourbier" dans "Si peu de choses"

Tu as bruni des feuilles vieilles
aux textures ravagées de silences
Tu aimes ce mot aux atours de respect:

Silence

Et pourtant, sa réalité te pèse,
et tu le prononces
non pour l'accueillir
mais pour le nier

 

10:22 Publié dans Dis-moi ce que tu lis... | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : roberto juarroz, arbres, silence, verbe, chair |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

08/04/2008

Le chêne pansant

Hier, traversant un parc bruxellois surprenant (le Parc léopold, http://www.paluche.org/nature/fr/tou424.htm aux pieds du "Caprice des Dieux" autrement nommé parlement Européen), je vois soudain un homme mûr s'approcher d'un arbre et poser ses deux paumes à hauteur de tête sur un noeud de l'écorce de ce tronc énorme. Tronc dont seuls trois hommes se donnant les mains pourraient embrasser.

 

 

ml-mai2003-parc.jpg

J'aime les arbres, j'aime le dialogue que nous promet l'écorce, pour autant qu'on s'y arrête, qu'on l'écoute tactilement. Il y a là un secret effleuré, un mystère aussi, certainement. J'aime les légendes d'arbres, leurs symboliques qui parlent de nos pieds et de la résurrection par la terre et la tête, les racines et les cimes. J'ai écris notamment un texte qui s'appelle "d'écorce" et un autre "Arcade des bouleaux"  sur cette sensation si verticalement vitale que transporte la sève et si fraternellement réconciliante que communiquent ces rides de bois.

 

J'aime les histoires d'arbres, la fable du Chêne et du roseau revu par Francis Blanche ( qui dépasse de loin la morale flexible de la Fontaine), le gâteau de réconciliation mangé au pied d'un arbre en pleine nuit par les femmes vivantes et décédées d'une même famille dans "Tobie des marais" de Sylvie Germain (un livre au symbolisme fondateur de merveilles http://www.cathjack.ch/auteurscoupdecoeur/auteursylviegermain.htm ) ou l'histoire libanaise des trois arbres réécrite par Gabriel Ringlet (parlant des trois vies de l'arbre et initiant à une spiritualité irriguée http://www.mollat.com/livres/gabriel-ringlet-daniella-les-arbres-9782712209445.aspx ). Je suis souvent happée par le souvenir vivant de la lecture de Christian Charrière et de sa forêt d'Iscambe (http://www.cafardcosmique.com/La-Foret-d-Iscambe-de-Christian  ou http://www.yozone.fr/spip.php?article3841 )  et particulièrement de l'arbre-mère et son horrible mari où aboutit l'histoire qui devient mythe élucidant l'invention de la douleur des enfants rameaux (les clapattes plaintifs mi-humains, mi-végétaux) qui gémissent dans les étendues redevenues sauvages couvrant toute la France.

 

Quand je me décille, ( ou que j'adopte le "Cil du Loup" de Clarissa Pinkola Estès, dans Femmes qui courent avec les loups http://archipelrouge.blogspot.com/2008/03/le-cil-du-loup-clarissa-pinkola-estes.html  ), que je regarde au-delà de la station raisonnée que la société m'impose, je sais, plus que savoir, je "vois" combien les arbres et leurs confrères végétaux ont à nous apprendre, et je recule tant et tant la rencontre, la vraie rencontre qui dépasse de loin la paume fraternelle posée sur l'écorce parlante – langue braille universelle pour aveugle que nous sommes devenus – mais celle qui considérera le temps, qui considérera la mise à nu de notre corps et de notre psyché dans cette étreinte de mille ans avec le chêne. Je tombe miraculeusement sur l'extrait suivant, parmi une série de synchronicités qui fait maintenant mon quotidien, depuis que j'ai accepté de laisser vivre le flux créateur qui bout en moi, quelle qu'en soit l'issue objective, mais "à qualité d'"évolution pour ma subjective identité. Extrait qui rejoint ma lecture de cette nuit sur les sept phases d'un conte fondateur, La jeune fille sans mains, et sur la mise au monde, symbolique, l'accouchement de soi, et l'acceptation de la femme créatrice qui vit dans la Femme Sauvage.

 

"On a l’impression que Socrate s’est déjà propulsé dans notre monde actuel. (…) Il nous renvoie à ces gens qui écoutaient la voix d’un chêne, pour entendre les premières prophéties. Nous pensons qu’il s’agit d’une attitude grotesque. Il nous dit pourtant qu’ils sont davantage dans le vrai que les compétents d’aujourd’hui. Le chêne par sa taille et ses racines jouait avec le symbolique (c’est nous qui interprétons). Il constituait un objet intermédiaire qui renvoyait au savoir de l’origine. Le danger de notre époque pourrait être le renoncement à la démarche symbolique, dont la mission est de conduire le sujet vers lui-même, en le faisant accéder à une parole qu’il n’invente pas mais qui lui est donnée, à travers la voix du chêne, dont la mission est de nous livrer le logos de l’origine et de la prophétie. "

« Nous devons, dit Socrate, dans La République, nous faire dès lors à l’opinion que voici : la culture n’est point ce que certains, qui font profession de la donner, disent qu’elle est. Ils prétendent, si je ne me trompe, que dans une âme au-dedans de laquelle n’est pas le savoir, eux, ils l’y déposent, comme si en des yeux aveugles ils déposaient la vision. » Il faut passer par une conversion des yeux de l’intelligence « jusqu’au moment où elle sera enfin capable, dirigée vers le réel, de soutenir la contemplation de ce qu’il y a, dans le réel, de plus lumineux ».
Cfr le très intéressant Blog d'Etienne Duval