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10/05/2010

Geyser logorythmique d'Edith Azam

 

 

Edith Azam est une drôle de brindille qui oscille dans le vent de ses propres paroles. Un souffle à l'arraché, à la saccade, bourrasque venu des tripes. Lance des flèches qui se poèment, lance des mots qui déboulent, qui rebondissent, avec l'énervement qui fêle la tendresse,  l'avide besoin de tendresse, de douceur, douceur... . Son souffle, ses insistances, ses répétitions, Edith Azam est une apparence qui tient debout par la force des mots qui montent, qui cognent sa tête, son palais, ses lèvres pour éclater comme des pétards. Ses mots sont radicaux, la dépassent, elle s'y dépasse, toujours, ses lectures sont des extripailleries. Edith Azam doit être écoutée pour être lavé de l'intérieur, dérangé jusque dans notre corps, interrogés dans nos petites enfances aux bords de nos lèvres d'adultes qui ne savent pas, plus, combien. Dérangés parce que Edith Azam, c'est fort, c'est sans apprêt, sans correction, c'est dans la tension, la pure tension, Edith Azam est un arc, parce que ses mots sont flèches dont on se fait boire.

Edith Azam est une découvreuse de mots. Les émotions ont droit à tout les accessoires de l'expression. Pour cela, elle est douée d'une sorte de musique qui dévale toute seule. Elle a une faim, a une soif, a une urgence qui jaillit d'elle par soubresaut, geyser logorythmique. A scansion, à jeux, à lettres, à voix.

Elle est étendard qui bat, qui flotte au rythme de sa voix, se gonfle, se tend, se déplie, se rabat, se recroqueville. Edith Azam confond son corps et le verbe. C'est sa grâce, une fragilité de nervure, indéchirable, pourtant. Elle le fait vivre dans toutes ses expériences. Les mots sont un carcan dont la graphie doit éclater, pour laisser passer la rocaille des sons, leurs excroissances sensibles. Les mots se répètent, se télescopent. Pourtant, il y a là un travail qui dépasse la recherche musicale, la performance.

Car ils sont de plus en plus nombreux à monter sur scène , régulièrement, le temps d'une Jam cession et à faire jaillir d'eux cette poésie encarcanée en nous depuis des siècles. La faire jaillir. Mais parfois en dépit du sens, en dépit du sensible, en quête du sensationnel, de l'effet, de la puissance, de la drogue des lisières entre obscurité et lumière et la parole comme oiseau messager entre l'homme seul et le public.

Mais Edith Azam est un outil. Comme un canal qui contient et charrie le flux de cent rivières, de cent chantoirs souterrains. Edith Azam lit parce qu'il faut libérer cet écrit qui l'a elle-même libérée. Elle doit écrire pour tuer le taire qui entourent les enfants, les enfants que nous sommes encore, et donc dire pour tuer l'apparence dont se revêtent les visages des mal-aimants que nous sommes un peu tous. Dévisager l'autre, le déshabiller, en se dévêtant d’abord de toute apparence par la simple voix écriée et… nue.

 

Il faut la voir pour le saisir, le croire, le vivre, pour être mis en présence d'une rencontre. C'est rare les rencontres.

J'ai rencontré Edith Azam un jour de février ou mars 2008, à Bruxelles, à la Foire du Livre. Elle venait de dire, debout, dans une tension inouïe quelques textes sur une scène où se succédaient des poètes, salmeurs et écrivains. Lorsqu'elle est venue pour se rassoir, elle a pris place juste à côté de moi. Il n'y eut que quelques mots, des regards en perle d'ébène lavés d'or, une dédicace, une gentillesse telle qu'un corps seul peine à la contenir.

Ce jeudi 6 mai au Maelstöm fIestival, à l'espace Senghor il paraît qu'elle s'est produite encore, au milieu de 11 autres femmes. J'aurais aimé la revoir, ou qu'elle soit encore là le samedi. Mais non,

Alors j'écris ce billet pour vous partager une émotion jeune de deux ans. Et vous envoyer lire et écouter Edith là où vous pourrez sur le net. En suivant les liens que vous pourrez trouver. En allant la voir si elle passe par chez vous.

L'écouter sur l'excellente émission Ca rime à quoi, sur France Culture : http://phasme.grosquick.net/1.html#_28 où tout est dit mieux que je ne le dis.

http://www.dailymotion.com/video/xb9d2g_bruits-de-bouche-edith-azam-bouche_creation

http://www.wat.tv/video/rencontre-avec-edith-azam-01-1jzxs_2ghln_.html

http://vids.myspace.com/index.cfm?fuseaction=vids.individual&videoid=56168899

Son site : Mon phasme : http://phasme.grosquick.net/

 

Bibliographie :

 

 

Létika Klinik : Edition Dernier Télégramme

 

Mercure : Edition Castells

 

L'écharpe douce aux yeux de soie : Edition Atelier de l'Agneau

 

Tiphasme est Phasme : Edition Inventaire/Invention

 

Amor Barricade Amor : Edition Atelier de l'Agneau

 

Caillou: Edition du soir au matin

 

Rupture: Edition Dernier Télégramme

 

Toi mon aède

 

 

11:02 Publié dans Dis-moi ce que tu lis... | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : edith azam, lecture, poésie, littérature |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

26/03/2010

en lisant Benjamin Fondane

"Lorsque nous écoutons une oeuvre d'art, nous ne contemplons pas, ni ne jouissons, nous redressons un équilibre tordu, nous affirmons ce que tout le long de la journée nous avons nié honteusement : la pleine réalité de nos actes, de notre espoir, de notre liberté, l'obscur certitude que l'existence a un sens, un axe, un répondant" B. Fondane, Faux traité d'esthétique


Corail flottant

Oeuvre de Jean-Pierre Clémençon, Gand, Belgique.

09/08/2009

Enluminaire : Rimbaud encore

J'ai relu les illuminations de Rimbaud. Je dis "relu" car il y avait deux décennies que je n'avais vraiment lu en continu du Rimbaud. Peut-être que je n'avais rien saisi à l'époque, que je n'étais pas prête pour cette langue-là. Emerveillée, mais pas tenue au ventre. Non pas être confrontée à cette perte de repères que le siècle et des années poussières écoulés n'ont pas rendu moins estomaquant... Non, adolescente j'écrivais déjà, davantage peut-être dans cette veine hermétique, langagière, procédant comme une apprentie magicienne, sans peur, sans vouloir "communiquer".

Cette lecture, cela a rallumé une flamboyance en moi, quelque chose d'impossible à laver quelles qu'en soient les pluies, les vents, les goûts et les dégoûts. Eclaboussures, intailles dans la chair, celle de l'interne, nous voila gants retournés, encore qu'il reste du chemin à faire, c'est poésie incendiaire, d'un feu qui ne brûle que ceux qui en prennent la musique, indomptable, rebondissante...

J'étais naïve, hier encore. J'ai cru que l'on avait tellement lu, relu, étiquetté Rimbaud, qu'on l'avait tellement enseigné, posé sur la carte du temps comme un rond point ou un chas d'aiguille que sais-je, bref, qu'on avait tellement eu le temps à force de le citer, de le connaître, de lui "succéder", de s'en "revendiquer" et de le percer, non pas à jour, mais en harmonie de jour...

Mais non, personne ne sait, tous savent qu'il y a là la matière d'un "verbe démiurgique", ais-je même lu, d'un verbe agissant, dirais-je, consciente de la référence johannique, n'en ayant pas peur même. Finalement l'enfer, l'illumination, même au sens d'enluminure, finalement c'est lieu de quête et de révélation. D'apocalypse non?

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Mais non, ils ne sont pas tous d'accord, pas même sur le début du moindre vers. Ils font du scolaire, du décryptage comme pour un tableau, ils décodent le verbe, comme on dissèque le cadavre gonflé d'un vieil homme du déluge.

Il me faudra chercher, sans doute longtemps, comprendre cette fascination qui dépasse celle du sentiment amoureux où l'on aime irrépressiblement, où l'on est hanté, irrépressiblement et où toute tentative d'explication échoue car elle blesse. Expliquer n'est-ce pas démystifier, désamourer?

Ou alors c'est tenter d'aller à la rencontre. Si cela touche tant et du monde entier et au-delà des langues presque si... c'est qu'il y a chez Rimbaud le dessin simple d'un seuil qu'il invite à franchir. C'est qu'il y a derrière les mots, l'expérience participative à une réelle illumination, quelque chose d'au moins immanent, sans doute d'ontologique.

Il y a ceux qui dénient au poète toute quête spirituelle, ou alors hors les champs labourés par la religion du Verbe. Parce qu'un poète, sa bohème, cela se passe de sacrements, d'Eglise, sauf pour leur évocation d'une Beauté déïfiée.

Le mysticisme se passe parfois de murs et de cadre, - je dirais même presque toujours - la quête n'en est pas moins au plus juste de la justesse, voie tracée entre les balancements de l'être, parfois extrêmes, surtout si extrêmes, parfois dérèglements des sens, parfois veillée pragmatique d'un ami qui divague, parfois vente d'objet de trafic. Mais toujours dans des lieux d'opposition, un Rimbaud qui innove sa propre voie, même passée le stade de l'écrit ( car l'essentiel a été écrit et que le reste reste à vivre)?

Il y a un mystère, je croyais qu'on savait tout, qu'on donnerait des dates, des correspondances, des assurances. Mais en fait, personne ne sait rien. Si, ceux qui laissent agir ce verbe en eux, eux, je le crois très sincèrement, commencent à percevoir avec les yeux du poète et s'en voient augmentés d'une vision qui amplifie la leur propre.

 

 

15:16 Publié dans Dis-moi ce que tu lis... | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, rimbaud, illumination |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |