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11/07/2014

vus des couloirs scéniques

"Lisez tout. Lisez toutes les distances que je vous indique, celles des couloirs scéniques qui entourent l'histoire et la calment et nous en libèrent le temps de les parcourir."
Marguerite Duras, texte d'accompagnement à "les yeux bleus cheveux noirs"

 

 

il s’agirait d’une petite femme aux yeux d’amande douce, les doigts accrochés à des barreaux de fer forgés, ornementés. ou de son ombre portée, noire, percée de ciel, longue, sertie.

il s’agirait de l’indicible commis à même la peau. la mer sans doute, son reflux, sa terreur ravalée au rang des profondeurs. de l’indicible et d’une caresse comme morte. les doigts dénoués sous la soie du matin.

il s‘agirait de vivre, mais reculer n’est pas vivre, et ce reflux, cette mer, il n’en est plus question.

peut-être l’amour en serait-il l’objet. sans doute. à vrai dire quel objet autre que l’amour à une histoire. En connais-tu ?

mais ce mot-là, son incongruité n’auraient pas lieu, ici, dans la sombre entaille du poignard, là où s’écoule la pourpre des chairs déchirés. non, le mot défie ce genre de brûlure.

on se trompe, dit la servante des lumières, j’apporte celles pour l’aube mais c’est le crépuscule qui grignote la scène. ne tardons guère ; il faut changer les draps, rendre la couche fraîche pour que la nuit s’y verse. réveillez-vous, vous n’avez que trop dormi.

il s’agirait de mouvements infimes d’approche, mais dansés comme pour sortir. au centre le cercle désolé d’une lumière acide. au centre la folie, l’intouchable. l’équerre resserrée sur les mots, le mot. au centre l’interrogatoire. l’amour clampsé. Tu vois ? là, je meure et toi, sans doute, toi…

je danse, je sors, je vole, je reluis, je ne meure pas, pas question, je ne suis pas né de cette mort-là, dit-il furieusement. il lui serre les poignets, l’isole de sa chute, déjà ses chevilles courbent et cherchent l’aplat d’un sol sépultural. il résiste, je danse, tu danses, sortons.

la scène se vide de bruissements. un  grésillement, un,  et personne encore n’ose quitter les strapontins.

tout autour, des hommes, des femmes. on leur a dit, prenez ces sièges, asseyez-vous. c’est l’offre qui les a fait asseoir. la tiédeur de l’air aussi, sa lourde persistance malgré cette nuit comme une écharde sous le sable.

il s’agirait d’une patience. d’un rituel d’attente, le grésillement comme signe du silence. Ce silence d’étoffe flottante, sous les reflux glauques de la mer

il s’agirait d’une préférence. attendre leur venue, et cet amour qui glissera, par un obsessionnel hasard, sous la lumière, son éclat de serre et de bec, sous l’angle de l’aveu, sous leurs yeux, leur mort

proche ou prochaine, leur mort

une préférence pour l’attente, rester pour que rien ne survienne, qu’ils ne franchissent plus le seuil, que l’étoffe alanguie se noie sous l’aube et que la lumière elle-même oublie ses acteurs, la petite femme, les doigts crochetés les siens, à ceux de l’homme, gagné

que l’amour cesse sans histoire

et avec eux la mort

22:06 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : duras, yeux bleus cheveux noirs, poésie, couloirs scéniques |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

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