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21/04/2012

Le chant du seuil

A mon grand-père, Julien de Rémont.

 

 

Le chant du seuil

 

 

 

Quelle douleur pleurait ainsi en elle ? » […] « Comment en effet, contempler l’absolue nudité des douleurs humaines sans mourir à soi-même ?

 La pleurante des rues de Prague, Sylvie Germain

 

 

 

 

J’ai bien reçu ton invitation.

J’ai ressenti planté dans mon oreille le piolet de l’ange.

Commence maintenant l’escalade de l’attente.

Je suis venue presque au hasard du soir.

 

Invitée par surprise.

Là où s'ouvre la grande faille des lamentations,

les enceintes du temple gâchées de sanglots.

Je laisserai mon ombre louvoyer parmi vos murmures,

récolter le fruit de vos salives épuisées.

Accueillante par surprise.

 

Ne me montrez pas la sortie.

Je sais chacun des grains pour atteindre le milieu de la place.

Le point scintillant sur l'écran évidé de soleil,

l'électrogramme en horizon silencieux.

Je me déchausserai de mes envies à l'entrée de vos harangues.

Ne me montrez pas les derniers pas à faire.

 

 

Je suis du seuil.

Suintent vos yeux au contact du mur,

safran millénaire.

Chant des pierres équarries de peines.

Je suis encore dans l'ombre de la porte.

 

Je tiens tes mains de l'autre côté.

Mur de chair, infinie tendresse de l'étendue d'une paume.

Ta parole si douce gravant les livres entrouverts.

Juste avant que le couloir ne t'avale.

Et que s'enclose le mur sur lui-même, nos âmes

époumonées en son centre.

Je tiens ta main qui fuit au devant du mystère.

 

Aucune vie ne s'incline devant ce mur aveugle.

Ne cherche pas l'offrande des genoux.

La terre est sèche ici pour accueillir ton poids d'humilité.

Aucune vie ne s'assoit sous ce soleil tuméfié.

 

 

J'entre coucher la lumière.

Je suis venue pour rester.

Je sais juste la vie enfin essuyée sur ma joue ;

ta voix si loin, à cent brassées de mon amour.

Si loin ta voix au fil ténu

d'un rayon de soleil couchant.

 

 

Je dis à ta main,

Va

Dessine des portes sur ce mur, ouvre le bec des barreaux, nourris le nid du prochain jour.

Va

Ne désemplis pas mon puits d'absence du long écho de ton départ.

Va

Taquine le ciel, dessine le visage de l'enfant, ton sourire dans son sourire.

Va

Elles sont ouvertes mes ailes de femme.

 

Nous avons eu le temps

de lire le parchemin de ton visage.

De boire l'éternel dans tes yeux.

Ne ferme pas la lumière.

Franchis pour nous les murs voyants.

 

 

Le temps de nous quitter sur une porte

entrouverte comme un matin

 

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Commentaires

restent en vie en nous par la tendresse

Écrit par : brigitte Celerier | 21/04/2012

Et l'héritage de notes, de lettres, de fragilité et de don Quichottisme qu'il nous laisse. merci de ton passage Brigitte.

Écrit par : florence Noël | 22/04/2012

Merci, Flo, je découvre par hasard, trop émue pour en dire plus.

Sauf qu'il aurait été heureux!

Écrit par : christiane de Rémont | 10/07/2012

Les commentaires sont fermés.