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20/12/2009

branche d'acacia brassée par le vent - mouvement 1 Presto

Premier de 8 mouvements écrits sur une série photographique de Pierre Gaudu "branche d'acacia brassée par le vent"

 

 

Premier mouvement : Presto

 

acacia1.jpg

 

 

 

 

 

 

Branche d'acacia brassée par le vent. Photographie Pierre Gaudu

 

 

et si nous revenions, tu sais, le cuivre des saisons, le parfum blanc l’égarement, si nous revenions à cette source où le jour coule sans discontinuer
et si tu me prenais la main, le premier seuil à dépasser comme un jardin qu’on nomme,
et qu’ainsi on habille et qui s’étonne d’un pied - nous foulons la houle herbeuse
et si nous disions ce mot, éparpillé dans nos silences, rassemblé de ma lèvre, ange, de la mienne pure parce que la tienne, ce souffle encore y œuvrerait
et si nous nous laissions aux berges, main ballante dans l’air levé, si nous nous lisions aux rives, battant l’eau échappée des vapeurs


suffoqués sous les vœux givrés des aubes
encore venir tout de désir
lourds dans la lèvre unique
d’un matin retenir le pelage et sa texture stridulée par le souffle
prodigue et tant penche mon visage qu’il lape


je sais l’enjambée dessus ce pont - profilent ces arbres mères ceinturés de secret – là choit l’enfance et ses sommeils – tu sais ma volte dans leur branches
je sais le précipité de ta silhouette, sa course projetée sur les tessons de pierres, leur vibration de petites ombres, ton corps en avant et tu reçois la première brassée – hoquet brut, poitrine hachurée
je sais le feutre des murmures – ininterrompre laisser fuir – et mon oreille pour les récoltes, tapisserie de lourds dais, nous nous voyions par paravent – vole une feuille colle à ta joue


hurlé au tendre des côtes
la plainte plus tôt forera l’air
en son milieu
par mes poumons orgues à pétrir
cent fois sur le métier pétrir
et de nos blessures
fourrager l’évidence

Commentaires

ma chère Flo, tu sais, je tourne et vire depuis hier pour savoir ce que je pourrais bien dire sur ton texte. Plus tes poèmes montrent cette extrême qualité de maîtrise, d'émotion et de perfection, plus je me sens paralysée pour dire quoi que ce soit. Mais je me force ce matin parce que ce serait injuste de ne rien dire, et pourtant ce que tes poèmes apportent, chez moi, ne passent pas par le langage, mais bien plus "bas", plus "primaire".
La seule chose que je peux dire, réellement, en dehors donc de la beauté, de l'émotion etc. c'est que, contrairement à beaucoup, tu as créé une vraie langue poétique à toi. Ne me demande pas comment je le sens, je n'en sais absolument rien, mais je le sens vraiment. Tu écris dans cette autre langue, qui n'est pas du français, qui est ton langage poétique. Je me demande si ce n'est pas là le vrai truc : à partir du moment où on a vraiment vraiment "appris" cette "langue étrangère en soi" qu'est sa propre poésie, et apprendre une langue prend très longtemps, des années, eh bien, je crois qu'on peut tout dire, cela sera toujours ressenti comme de la poésie. Merci, car je crois que grâce à ce poème je viens de toucher quelque chose d'essentiel pour comprendre pourquoi certains textes sont des poèmes et d'autres non, pourquoi certaines phrases dans des textes ne sont pas dans la "vraie langue" et d'autres si etc.
je t'embrasse très fort, passe un très bon noël
isa*

Écrit par : isa | 22/12/2009

ton commentaire, ton intelligence du coeur, ta très grande acuité de ce qui compose un langage et ce qui porte sens et fruit, ta science Isa, me touchent plus que je ne saurais dire et si tu aimes, toi la musicienne et la poète, alors c'est que ce texte a touchée cette langue, oui, que je cherche en moi ou par laquelle je suis traversée...

Si tu savais les voeux que je te souhaite, tu saurais la mesure de mon amitié,

bises toi chère,

Flo

Écrit par : florence | 22/12/2009

Total acquiescement avec les propos émouvants de votre amie Isa, jusqu'au silence et au plus "primaire" en passant par la paralysie des mots et la reconnaissance de ce langage poétique, si unique, cette langue étrangère là, de votre propre poésie intime de l'être, si somptueusement transmise...... Je n'aurais su traduire en mots cet inexprimable ressenti à chaque lecture de vos poésies.
Chaque redécouverte de vos textes est une expérience unique, forte de ses émotions..... Je me prendrai le temps, le temps voulu, le temps qu'il faudra, afin de trouver les mots pour accompagner cette sensation toujours vertigineuse de la lente mais intime réception de vos mots, qui fait ici, une fois encore, écho à l'intense et profonde émotion ressentie par les photos des branches d'acacia brassées par le vent.
Merci à tous deux pour ces moments de grâce accordés.
Amitiés,
Daniele

Écrit par : Daniele Colin | 22/12/2009

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