08.10.2009
douze carrés blancs (3)
- Matteus -
il passe de sommeil à éveil d’un simple coup de hanche
juste avant que ne sonne la cloche
- habitude ou impatience -
le bruit de bronze la déglutition élastique
il a déjà ceint ses reins de la corde
à peine est-il dressé ses genoux reviennent à la terre
se souvenir qu’on n’est debout qu’une fois
la main de Dieu saisie
qui vous relève
bien sûr, bien sûr il ne calcule plus rien
- ce temps qui lui reste l’abandon encore -
mais si en fait,
chaque jour son front fouille
le méandre de chaleur dans ses draps secs et rêches
l’amitié courbe d’un matelas
même épais comme le doigt
bien sûr, bien sûr, on le croit réglé
au grain de sable près
-c’est ainsi car la Règle on l’ingère
la mange miette par miette, le silence aidant
nourissant les heures, les tâches, la direction du cœur -
mais si en fait,
chaque matin son nez recrée
l’effluve torréfié d’une tasse très chaude
sur une table rondement luisante
- il n’y a aucun mal, bien sûr,
qui justifie l’austérité –
pourtant chaque matin
il se réveille juste avant
glisse du lit à l’oraison
mange sa règle
avant son pain et son thé identique
à chaque matin
et il sourit
sa mère a dit un jour
- il l’a revue il y a longtemps maintenant –
c’est un mystère pour moi ce sourire
il ne peut venir de toi
comment pourrais-tu toi qui es nu et pauvre et
qui est loin de ceux qui t’aiment
c’est vrai il ne peut venir de lui
c’est pour cela qu’il sourit
d’être traversé d’une joie toute autre
de manger d’un pain tout autre
de laisser parler la mie dans le plus grand silence
d’écrire dans le sillage de ses sandales
un poème d’une seule ligne
parcourant l’arc pur
d’un lever au coucher
*

Illustration Blog Land art
http://nature-art.blogspot.com/2009/09/le-refuge-du-vieil...
11:44 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : douze carré blancs, moines, littérature, poésie, désert




































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Commentaires
Flo, c'est magnifique! Je voudrais avoir vu ce reportage ou cette émission qui t'a inspirée si fortement!
Ecrit par : christiane de Rémont | 08.10.2009
Et moi le retrouver! mais je n'ai plus que quelques images en tête, plein de blancs que je comble avec mon imaginaire... tout en gardant l'esprit, car c'est qui m'a si fort marquée, l'esprit qui y règnait.
Ecrit par : flo | 08.10.2009
C'est vraiment très émouvant...
Ecrit par : MiKla | 08.10.2009
merci beaucoup Florence. je consolide ici cette passerelle entre blogs
Ecrit par : emmanuel | 08.10.2009
que c'est beau, Flo ! cette maîtrise dans le profond, sérieux, tragique, amené avec une immense rigueur, c'est vraiment une étonnante réussite.
Il faut absolument que tu publies des romans, ces qualités-là en feraient des oeuvres très grandes. Mais en poésie aussi, cela m'apporte beaucoup.
Le sillage de ses sandales, c'est génial comme image (simple, pourtant).
Tu me fais penser à Thomas Hardy.
Ecrit par : isa | 11.10.2009
Merci Isamie, tu sais ton regard m'apporte beaucuop aussi et si tu aimes, je sais que je n'ai pas tout-à-fait raté le texte malgréles choix de très grande simplicité qui le guident.
Ecrit par : flo | 11.10.2009
On ne peut qu'être "traversée" par ce texte.Je n'ai pas vu ce reportage mais ce que les mots me font voir, c'est tout simplement beau et fort. Et le sacré ici est magnifique et ce sourire...merci pour ce partage.
Ecrit par : corinne | 11.10.2009
la profondeur du simple, très beau !
merci pour ce partage
Ecrit par : colette | 12.10.2009
Merci Colette et Corinne pour vos passages et vos émotions partagées.
Ecrit par : florence | 12.10.2009
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