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24/08/2009

Carnet d'été - 3 - Plus bas

Voile d'eau et d'or

Ecrire en poésie, c'est descendre. Chaque fois la sédimentation du touffu, du foisonnement, du trop plein. C'est laisser se déposer au fond de l'eau - et nous sommes un récipient de plusieurs mers et de tant d'abysses - les miettes redevenues orpaillages des images du jour.

Accompagner cette filtration, en-deça de la lumière.

Plus bas.

Et là, dans ce mouvement, écarter toutes réminiscences fausses, les formules apprises, tendre à la vérité et à la justesse. Ce travail accompli, il arrive que l'esprit s'abandonne, libéré, sans condition, mais prolifique car réceptif des profondeurs.

Vient le texte enfin. Loin d'un exercice de style. Unique. Renouvelé.

 

17:27 Publié dans Carnet | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : littérature, poésie, écrire, lumière, mers intérieures |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

Tout à fait en phase avec votre conception de l'écriture et le rôle symbolique d'une eau qui sert de support permanent et de véhicule à ce que JB Pontalis appellerait "la pensée rêvante" . Dans le poème , on la reconnaît à la forme surprenante et ravinée de ses alluvions posées en silence , mais bien visibles, au dessus de nos géologies secrètes. La moindre pichenette intempestive peut les diluer à nouveau dans le flux universel. C'est ce risque qui plaît.

Écrit par : MthP | 25/08/2009

Très beau commentaire, merci.
Je pensais aussi à cette descente nécessaire "aux ombres" au fond, qui fait partie intégrante d'un tavail de "remise au jour", de "re-co-naissance" de la lumière. Dans l'écriture d'un texte, c'est le seul travail, cette démarche qui est une forme de méditation, d'exercice spirituel.
Je ne connais aps Pontalis, je le découvre via ce lien notamment :

http://pagesperso-orange.fr/calounet/interview/pontalisexclusivite.htm

où il dit ceci de très beau :

"Toute langue est étrangère, la langue maternelle comprise, car ce n’est pas ma langue au départ puisque je suis non parlant ; si j’étais né en Chine, j’aurais à apprendre le chinois. Dans le babil, il y a beaucoup plus de sons qui ne seront pas repris quand le langage se constituera avec la sélection des phonèmes. Donc un premier tri s’opère. On perd une espèce de musique, des sonorités qui ne serviront plus à rien. Je ne dis pas qu’on retrouve ce babil mais l’idée est qu’au départ il y a une perte presque essentielle quand on entre dans le langage qui peut devenir une prison. Mais on peut s’en dégager. J’ai une défiance pour le langage qui ne peut directement tout exprimer de cette petite musique. Il est en deuil de cela et en même temps il n’y a que lui, donc il faut bien qu’on y recoure en essayant de faire passer quelque chose de ce qu’il a perdu. Je lui fais donc confiance sans méconnaître ce qu’il a perdu. Écrire c’est essayer de retrouver quelque chose de ce qui est perdu. À la fin de L’Amour des commencements, j’avais inscrit comme sur une dalle funéraire ces deux mots : Infans scriptor. Le non parlant qui devient scriptor, qui écrit. Comme s’il y avait la possibilité d’un lien entre eux et que le scriptor cherchait, sans y parvenir, à retrouver quelque chose du non parlant"

Mais aussi ceci qui me peine pour lui :
"Une lecture ne peut plus, je crois, me transformer en profondeur. Je suis dépaysé mais finalement je reviens vite chez moi. Quand on est adolescent, peut-être parce qu’on ne connaît pas son chez soi, qu’on ne sait pas qui on est, on peut laisser venir en soi beaucoup plus de figures, de pays extrêmement différents. Maintenant c’est moins vrai. J’ai beau aimer, je ne m’abandonne plus à la lecture comme autrefois. J’ai des livres, des auteurs de prédilection, mais peut-être parce que je suis plus conscient de mes propres limites, ce ne sont plus des lectures qui vont me transformer en profondeur, hélas. Je suis comme je suis, il n’y a plus de grands bouleversements internes."

Qui m'étonne car, finalement, qui peut humainement dire qu'il est "consitué" qu'il "est comme il est" ?

Écrit par : flo | 25/08/2009

Pourtant, Florence, dans ce très beau texte-ci, le style est là, même si ça n'est pas qu'un exercice. Il faut sans doute toujours aspirer à la vérité et à la justesse mais ces deux-là, surtout en poésie, ne sont peut-être qu'un Graal. En tout cas, au vu du très intéressant commentaire précédent, tu as un soutien de qualité...et toute mon amitié.

Écrit par : Serge | 25/08/2009

Le style, cher Serge, c'est la "voix" de l'auteur, intrinsèque. On ne se dépouille pas du style, car on ne se dépouille pas de sa peau, la nudité sufffit.
Ce texte n'a pas été travaillé, il est venu du verbe intérieur et par ce même travail dont je parle justement dans le texte, je n'ai fait que décrire le processus en train de se dérouler.

Écrit par : flo | 25/08/2009

Bon, on ne va pas refaire le vieux débat des parnassiens (esthétiques) et des romantiques(inspirés)!
ça me fait penser à ce vieil adage : Le génie c'est 95% de travail et 5% d'inspiration. On pourrait dire 95% de transpiration et 5 % d'inspiration.
Bonne journée à toi

Écrit par : Serge | 25/08/2009

Hello Serge! ;-) non, pas de débat, et pour te dire vrai, je ne crois asp que ce soit 95% de travail. On va dire alors 80% de sédimentation, 5% d'inspiration pour donner le souffle sans lequel nous ne sommes rien, et 15% de travail.

Mais j'insiste, sans les 5%, tu n'auras jamais on bon texte, jamais. Et ceux qui veulent remplacer la "sédimentation, ou la filtration" par du travail rendent une copie ardue et sèche.

Mais nous vivons l'écriture tous différemment, c'est aussi pour cela que nous écrivons différemment et que nous prenons plaisir à nous lire les uns les autres

Écrit par : flo | 25/08/2009

"Écrire en poésie, c'est descendre", ah que j'aime cette image, cette puissance de fond qui remonte à la source. "En deçà de la lumière, plus bas", le seul moyen de trouver l'ancrage de ladite lumière, la racine pour l'épanouissement de soi, et bien sûr, du texte.

Écrit par : ile | 08/09/2009

On se comprend Ile... comment va!?

Écrit par : flo | 08/09/2009

ça va Flo, je rentre de 15 jours de vacances merveilleuses au Québec et c'est toujours un peu difficile de retrouver les contingences et les soucis, et puis le décalage horaire n'arrange rien ! Mais il y a aussi la force engrangée, la solidité rafistolée, pour la joie de chaque jour à fleurir là où l'on est, toutes images au coeur. Merci pour ta question.

Écrit par : ile | 08/09/2009

Merci pour cette vibrante et irrésistible chute en poésie par votre écriture qui emporte ma fascination toujours renouvelée au fil de mon parcours sur votre blog.
Toujours en vous lisant, cette sensation de vertige pour un ailleurs des mots en pays de vérité intérieure. Je vous lis et découvre vos textes depuis peu, mais la puissance d'évocation et la justesse de résonance de vos écrits est confondante pour moi.
Je n'ai malheureusement pas une très grande pratique de l'échange et de l'immersion par l'écriture, manquant de ces outils robustes et précieux pour façonner l'expression.
Je suis donc amenée à me restreindre pour le moment présent au registre de l'émotion pour vous remercier de l'infinie richesse de perceptions que me provoque la lecture de vos poèmes et propos.
Votre description de l'écriture poétique est empoignante.
Merci Florence

Écrit par : Danièle Colin | 06/12/2009

Les commentaires sont fermés.