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09/08/2009

Enluminaire : Rimbaud encore

J'ai relu les illuminations de Rimbaud. Je dis "relu" car il y avait deux décennies que je n'avais vraiment lu en continu du Rimbaud. Peut-être que je n'avais rien saisi à l'époque, que je n'étais pas prête pour cette langue-là. Emerveillée, mais pas tenue au ventre. Non pas être confrontée à cette perte de repères que le siècle et des années poussières écoulés n'ont pas rendu moins estomaquant... Non, adolescente j'écrivais déjà, davantage peut-être dans cette veine hermétique, langagière, procédant comme une apprentie magicienne, sans peur, sans vouloir "communiquer".

Cette lecture, cela a rallumé une flamboyance en moi, quelque chose d'impossible à laver quelles qu'en soient les pluies, les vents, les goûts et les dégoûts. Eclaboussures, intailles dans la chair, celle de l'interne, nous voila gants retournés, encore qu'il reste du chemin à faire, c'est poésie incendiaire, d'un feu qui ne brûle que ceux qui en prennent la musique, indomptable, rebondissante...

J'étais naïve, hier encore. J'ai cru que l'on avait tellement lu, relu, étiquetté Rimbaud, qu'on l'avait tellement enseigné, posé sur la carte du temps comme un rond point ou un chas d'aiguille que sais-je, bref, qu'on avait tellement eu le temps à force de le citer, de le connaître, de lui "succéder", de s'en "revendiquer" et de le percer, non pas à jour, mais en harmonie de jour...

Mais non, personne ne sait, tous savent qu'il y a là la matière d'un "verbe démiurgique", ais-je même lu, d'un verbe agissant, dirais-je, consciente de la référence johannique, n'en ayant pas peur même. Finalement l'enfer, l'illumination, même au sens d'enluminure, finalement c'est lieu de quête et de révélation. D'apocalypse non?

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Mais non, ils ne sont pas tous d'accord, pas même sur le début du moindre vers. Ils font du scolaire, du décryptage comme pour un tableau, ils décodent le verbe, comme on dissèque le cadavre gonflé d'un vieil homme du déluge.

Il me faudra chercher, sans doute longtemps, comprendre cette fascination qui dépasse celle du sentiment amoureux où l'on aime irrépressiblement, où l'on est hanté, irrépressiblement et où toute tentative d'explication échoue car elle blesse. Expliquer n'est-ce pas démystifier, désamourer?

Ou alors c'est tenter d'aller à la rencontre. Si cela touche tant et du monde entier et au-delà des langues presque si... c'est qu'il y a chez Rimbaud le dessin simple d'un seuil qu'il invite à franchir. C'est qu'il y a derrière les mots, l'expérience participative à une réelle illumination, quelque chose d'au moins immanent, sans doute d'ontologique.

Il y a ceux qui dénient au poète toute quête spirituelle, ou alors hors les champs labourés par la religion du Verbe. Parce qu'un poète, sa bohème, cela se passe de sacrements, d'Eglise, sauf pour leur évocation d'une Beauté déïfiée.

Le mysticisme se passe parfois de murs et de cadre, - je dirais même presque toujours - la quête n'en est pas moins au plus juste de la justesse, voie tracée entre les balancements de l'être, parfois extrêmes, surtout si extrêmes, parfois dérèglements des sens, parfois veillée pragmatique d'un ami qui divague, parfois vente d'objet de trafic. Mais toujours dans des lieux d'opposition, un Rimbaud qui innove sa propre voie, même passée le stade de l'écrit ( car l'essentiel a été écrit et que le reste reste à vivre)?

Il y a un mystère, je croyais qu'on savait tout, qu'on donnerait des dates, des correspondances, des assurances. Mais en fait, personne ne sait rien. Si, ceux qui laissent agir ce verbe en eux, eux, je le crois très sincèrement, commencent à percevoir avec les yeux du poète et s'en voient augmentés d'une vision qui amplifie la leur propre.

 

 

15:16 Publié dans Dis-moi ce que tu lis... | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, rimbaud, illumination |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

Je me suis permis de vous emboîter le pas dans un article : http://scripturassion.hautetfort.com/archive/2009/08/10/rimbaud-encore-lui.html
Amitiés,

JMD

Écrit par : Jimidi | 10/08/2009

Oh ! Mon "Souriez, c'est pour la radio !" est dans la liste des bloc-notes que vous conseillez. Je n'avais pas vu. C'est très gentil ! Merci. ♣

Écrit par : Jmidi | 10/08/2009

je vous ai répondu, et je vous invite à me relire, en toute confraternité :-)

Écrit par : florence | 10/08/2009

Précisions : une fois de plus, le contre-article de JMD sur son blog Souriez .. , passe absoluement à coté de tous les points soulevés dans ton article ci-dessus.

Personne n'est à l'abri de ce genre de torsion des textes, à seule fin de nous faire dire le contraire de ce que nous avons écrit. ce qui m'intéresserait, ce serait de comprendre à quelles fins ?

Écrit par : Lise | 11/08/2009

Les commentaires sont fermés.