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06/11/2008

"...Parfois je me dis qu'il y a tellement de beauté dans le monde, que c'en est insoutenable..."

  

"... Je sentais cette force incroyablement bienveillante qui me disait qu'il n'y a aucune raison d'avoir peur. Jamais."

"...Parfois je me dis qu'il y a tellement de beauté dans le monde, que c'en est insoutenable. Et mon coeur, est sur le point de s'abandonner"

[American Beauty]

Je me trouve parfois, presque depuis toujours, de plus en plus souvent, en train de danser avec ce sac en plastique, matière négligeable, nuisible, dans le vent, abandonnée à ce flux et reflux, à la fois calme et joyeux, qui m'initie à cette beauté du monde.

Comme ces odeurs d'échappement qui collent au bitume humide dans les petits matins d'hiver, comme ces goûts artificiels de bonbons qui réveillent la mémoire de notre enfance, comme ces objets quotidiens, vils parfois, souvent sans charme qui accrochent la lumière et la font demeurer.

Devenir de plus en plus attentif, dans l'entre-deux des habitudes, dans le bas côtés des principes, la vie suit la flèche presqu'invisible des failles dans les façades de nos apparences proprettes. La vie qui danse, et nous invite à danser sans plus de peur qu'un sachet qui s'abandonne à la grâce première du vent et par cet acte, rend visible le souffle invisible. Ces choses-là qui précèdent, fondent, accompagnent, justifient, nourrissent et suivent l'acte d'écrire en poésie.

 Peu de scènes de cinéma sortent à ce point du contexte de leur histoire pour universaliser une notion. Cette scène se suffit à elle-même et pourtant elle est aussi la clé des développements précédants et suivants de ce film, ainsi que de l'ensemble des personnages. Preuve de son extraterritorialité, de sa raison extérieure et non relative.

Cette scène est ce que j'ai trouvé de plus approchant à ce qu'est, par la contemplation puis la projection vivante dans la danse, de la voie mystique. Et sa joie et sa simple beauté. 

 

 

Lire aussi ( in english)

Commentaires

"Qu'est-ce que ça peut faire
Toute cette beauté sur la terre
Si tout doit brûler?" (benjamin biolay)

Écrit par : gmc | 06/11/2008

chacun son feu....

Écrit par : flo | 06/11/2008

"Et mon coeur est sur le point de s'abandonner"

...mais il ne s'abandonne pas....la différence avec biolay vient de là, a priori.

mais chacun son feu, d'accord; ou plutôt, chacun sa place plus ou moins proche - en apparence - du feu ;-)

Écrit par : gmc | 06/11/2008

L'abandon est quand même la chose la plus difficile qu'il soit pour l'être humain, surtout face à l'invisible, l'indicible, l'impartageable, l'intime. D'où la réaction de Biolay, que vous rapportez ici, et qui, sommes toute, est une réaction de révolte naturelle. Et assez bellement formulée.

Oui, vous avez raison, notre coeur reste souvent "sur le point de ". Mais ce passage du film ouvre pour moi un dépassement de ce "sur le point de", il ouvre à une ère où l'abandon devient possible, même est initié par la tentative de verbalisation de la magie de ce sachet flottant dans le vent. (Autant pour le personnage de Ricky que pour moi).

Mais ce "est sur le point de s'abandonner" dit aussi en peu de mots, cette sensation presque douloureuse qu'on peut ressentir face à une beauté qui nous submerge. Cette "douleur du beau" m'a toujours semblé un des mystères à avoisiner.

Écrit par : flo | 07/11/2008

la plus difficile et la plus facile à la fois, le seul réel obstacle, si tant est qu'il y ait un obstacle, étant les velléités propriétaires (moi, je...ma, mon, mes, etc).

Écrit par : gmc | 07/11/2008

Oui. C'est une réflexion juste. (Encore qu'en toute honnêteté, si on pousse ce raisonnement jusqu'au bout, se défaire de son "soi", est quand même une des choses qui reste parmi les plus difficiles pour la plupart).

intéressants développements gmc!

Écrit par : flo | 07/11/2008

Oui, tellement de beauté, et la condition humaine qui nous empêche parfois de la voir ou de l'approcher ! J'ai parlé ce matin avec une personne qui est désespérée parce qu'elle ne peut plus nourrir ses enfants convenablement malgré son travail, devant sa détresse mon coeur et ma main s'ouvrent, mais où est la vraie solution ? Comment aider tous ces gens qui n'en peuvent plus et dont l'unique préoccupation devient la survie. Et comment leur parler de la beauté du monde quand, comme cette jeune femme, on ne mange plus qu'un petit repas par jour ?! Je n'écrirai pas aujourd'hui.

Écrit par : Ile | 07/11/2008

Bonjour chère Ile,

Peut-être que tu lui a fais voir la beauté du monde en "ouvrant ton coeur et ta main". Même si ce n'est pas la solution matérielle qui la fera manger tous les jours, c'est une alliance humaine.

Je comprends ta révolte. La pauvreté est insupportable.

Écrit par : flo | 07/11/2008

il suffit juste de regarder "moi" dans ce qu'il est pour que cessent les délires mythologiques à son sujet, rien de plus.

Écrit par : gmc | 07/11/2008

Chère Ile, la seule solution est politique, s'agit de virer tous ces malpropres de Sarkozy et les sarkozystes, qui se foutent de nous au plus haut degré : parlant sans cesse de réformes sociales, et créant un état policier sur lequel ils s'engraissent constamment, augmentant leurs salaires, finançant les escrocs etc.
Bien sûr, il faut aussi aider, par une présence financière et au coup par coup, restos du coeur, amnesty, associations... mais vraiment, vraiment, là un monumental coup de serpillière est hautement nécessaire, et c'est par le vote qu'on le fera.
QUAND ON PENSE que la seule chose qu' a fait Sarko lors de l'élection d'Obama, c'est d'envoyer un observateur pour imiter sa com : ouah, il a une super com, cet Obama, regardez, on va faire pareil et je serai réélu en 2012. C'est l'unique chose qu'il a remarqué !!!
J'ai honte, je suis écoeurée, écoeurée...

Écrit par : isa | 07/11/2008

Oui, Isa, c'est vrai...
Sauf que, la pauvreté n'est pas l'apanage de la France... Bien sûr on peut dire que il y a des politiques libérales partout. Mais toutes n'ont pas des accents sarkosistes aussi prononcées.

Mais tu as raison de souligner combien la pauvreté, dans nos pays, est souvent structurelle. Face à celle-ci, je me sens impuissante, ne sachant comment oeuvrer.

En angleterre, la politique sociale est moins forte qu'en France ou en belgique. Mais il y a des tas de "magasins sociaux" dont tous les bénéfices vont à des oeuvres dédicacées. Il est plus courant de se mobiliser en acte (être bénévole dans un magasin, faire des calendriers ou des disques, ou des spectacles,....) pour une ou l'autre oeuvre. Je veux dire de manière individuelle. C'est pour compenser le manque d'argent "public" à cette destination. mais cela implique personnellement plus d'individu qui choisissent d'oeuvrer dans tel ou tel domaine.

Je veux dire par là que les deux côtés de l'ascenseur social doivent fonctionner : plus d'implication individuelle, plus d'investissement politique. Je me sens souvent déresponsabilisée par un système politique où tout est prélevé à la base (très fortemnt en Belgique, on est taxé à presque 60% sur le salaire) et réparti selon des règles régies par la Sécurité Sociale. Je tiens à ce système, c'est évident. Comme beaucoup, je me bats pour qu'il survivent, même à nos régionalismes. Mais je me pose souvent la question de savoir quelle initiative personnelle il nous reste pour agir efficacement.

Écrit par : flo | 07/11/2008

Entièrement d'accord avec toi, Flo, bien sûr, bien sûr. Il faut de l'initiative individuelle, comme le geste d'Ile. Il en faut beaucoup, de beaucoup de gens, et ça paye à la longue. Et je sais bien que la pauvreté est partout.
Mais pour la France, sérieux, ne reste plus que le Kärcher. Et vite.

Écrit par : isa | 07/11/2008

très bel extrait et intéressant débat qui a suivi : oui la pauvreté est insupportable et l'engagement doit être personnel et collectif et politique et international
Oui au bénévolat, au don de tendresse, d'attention, de respect et d'aide matérielle chaque fois que l'on peut !

Écrit par : colette | 10/11/2008

la beauté toute simple comme ce sac qui danse avec les feuilles mortes aide à vivre peut être ne serait ce qu'une seconde ceux qui n'ont que cette richesse , le regard.
le sac plastique est pourtant un symbole de la consommation désordonnée il semble vouloir rejoindre la nature ,sans la danse il serait lassé lui aussi

récession nous dit-on . Oui on se croirait revenu, bombes et sirènes en moins, dans les années 40.
Peut être que les années précédentes ont été celles de trop de gaspillage ( pour certains bien entendu ),
et aussi surtout de ce désir de " toujours plus"

Flo tu donnes envie d'aller voir ce film.
la main qui doucement se blottit dans l'autre main est la deuxième seconde de douceur

Écrit par : adeline | 11/11/2008

J'ai aussi été marquée par ce film et ce passage.
La beauté est partout. Mère Térésa arrivait à voir la beauté jusque dans les bidonvilles ce qui est admirable, et ainsi elle pouvait continuer à oeuvrer dans ces quartiers.

Le don en lui même est beau. On peut donner son temps, son argent, son avis, la vie elle-même...Cette capacité qu'on les humains à s'entraider est belle. Tous ces écrits sur le net, offerts à ceux qui ont les moyens de se connecter, certes, mais offerts par ceux qui les postent, ouvrent des fenêtres sur le monde. Une manière d'espérer, de rêver.

Je ne subis pas la pauvreté mais la maladie chronique et j'ai dû développer l'habitude de voir la beauté dans l'anodin, même quand je me sentais mal, sans quoi je ne serais plus là. Merci de me rappeler de revoir ce film.

Quand à apprendre à désintégrer la notion de "moi"... ça peut prendre plusieurs vies, dit-on...

Écrit par : elvys | 11/11/2008

Merci de ton passage en ces lieux Elvys, sois-y la bienvenue.

Oui, ce que tu soulignes est des plus juste. Et je te rejoins sur le fait que la beauté est accessible à tous. Même si elle ne semble pas le bien primordial, je crois bien qu'elle en fait partie malgré tout.

Quant à "désitégrer son "moi""... oula, je préfère me rassembler et agir "ensemble" :-)

Écrit par : flo | 12/11/2008

Merci de ton passage en ces lieux Elvys, sois-y la bienvenue.

Oui, ce que tu soulignes est des plus juste. Et je te rejoins sur le fait que la beauté est accessible à tous. Même si elle ne semble pas le bien primordial, je crois bien qu'elle en fait partie malgré tout.

Quant à "désitégrer son "moi""... oula, je préfère me rassembler et agir "ensemble" :-)

Écrit par : flo | 12/11/2008

"Quant à "désitégrer son "moi""... oula, je préfère me rassembler et agir "ensemble" :-)"

Entièrement d'accord avec toi Flo !

Écrit par : Ile | 12/11/2008

Oui, euh, Ile et Flo, loin de moi l'idée de prosélyter bouddhistement (et d'autant plus que je ne suis pas bouddhiste), mais la notion de désintégration du moi n'est sûrement pas ce que vous pensez. Et en français je dirais plus volontiers "ego" que "moi". Elle est liée à l'idée de la perpétuelle impermanence de notre vie (même si nous avons l'impression d'une stabilité, ce n'est qu'une illusion, tout est instable, tout change dans notre vie). L'être humain essaie donc, dans cette pratique, de se détacher de tout ce qui, illusoirement, l'attache à quelque chose de stable (et faux, donc), puis essaie de réellement se "confier" au mouvement et au flux de sa vie, et aussi de rechercher ce qui, au-dessous de tout cela, des sentiments, de l'ego, etc. est vraiment stable et vivant.
Cela n'a donc rien à voir avec agir ensemble. Toute personne à la recherche de ce qui est vraiment vivant au-dessous de tout, va forcément, par compassion, entrer en résonance avec l'humanité de la personne souffrante qui est en face, et tenter de l'aider de toutes les manières et de toutes ses forces.

Écrit par : isa | 12/11/2008

excusez moi, c'est moi, et non isa, qui ai dérivé à partir des commentaires de gmc sur la notion de "moi", de "soi" ou d'ego. C'est vrai que ces questions sont dans mes préoccupations du moment mais en dehors du sujet sans doute. Je te remercie isa pour ta réponse parce que cela éclaire mes lectures sur cet apparent paradoxe (peut-on agir concrètement si l'on essaie d'oublier le "je", après tout, c'est "je" qui agit). Je pense effectivement qu'agir pour faire avancer les choses est plus important dans un premier temps, mais il est vrai que les réflexions sur la beauté du monde et sur l'entraide peuvent amener à se pencher sur la spiritualité.
Ton article porte loin clepsydre.

Écrit par : elvys | 12/11/2008

Ah merci Isa de m'éclairer sur cette notion que j'ignorais théoriquement. Mais de fait, si c'est cela, alors, oui, c'est exactement evrs quoi je tends, par la spiritualité chrétienne qui est plus proche de mon vécu. Sans doute aussi parce que je n'ai jamais eu l'impression dans ma vie d'une quelconque "stabilité" mais bien d'un mouvement, d'une mise en souffle, en vif, permanente. Merci donc à Elvys d'avoir soulevé cette notion.

Cette notion de vif, de mouvement, rejoint ma dernière lecture SF dont je t'avais parlé, je crois, La horde de Contrevent, de Damasio. Qui est basée sur des théories de Deleuze ( que j'ai ainsi découvert par la bande).

Bref, oui, tout cela va loin et encore, cela pourraît aller bien plus loin. ;-)

Écrit par : flo | 12/11/2008

ah ha, cette Horde du Contrevent, quelle merveille ! Oui, je l'ai finalement lu, ce bouquin, Steph m'en avait parlé aussi, deux avis comme les vôtres, ça finit par me convaincre.
Je l'ai fini il y a quelques jours, c'est sublime. Il y aurait des pages et des pages à dire.

Écrit par : isa | 12/11/2008

OUi, mais là, je l'ai prêté à mon frère qui vit à Londres, donc, c'est rapé pour citer des passages ;-)

Mais il y a une excellente analyse en 4 chapitres (je crois) sur le blog du transhumain.

http://findepartie.hautetfort.com/archive/2008/03/30/la-horde-du-contrevent-d-alain-damasio-1-mundus-imaginalis.html

Écrit par : flo | 12/11/2008

Dis, Flo, quand ton frère reviendra et rapportera peut-être ce livre, tu me le prêteras?

Écrit par : Christiane | 13/11/2008

Oui! Bien sûr mum.

Ceci dit, Fred ( à qui je l'ai offert à la Noël il y a trois ans) doit encore le lire ;-)

mais à mon avis tu le liras avant !

Écrit par : flo | 14/11/2008

Oui Isa, entièrement d'accord aussi ! ça n'est pas incompatible, une fois qu'on a perçu que tout n'est qu'illusion on peut essayer de déterminer ce qui en Soi ne l'est pas (je parle d'une ampleur cosmique, comme une sorte de racine qui relie au Principe) et à partir de l'ego qui nous est prêté dans notre actuelle incarnation (qui n'est qu'un outil, une sorte de moteur identitaire et non un vecteur prosélyte), on entre dans ce centre de force individuelle qui s'ouvre sur les multiples autres personnes, alors "agir ensemble" peut peut-être devenir possible.
Ouh là, je trouve que c'est compliqué à expliquer !!!

Je pense aussi comme le suggère Elvys que la beauté du monde peut ouvrir la spiritualité. De même d'ailleurs que la laideur du monde ! en fait il y a un peu partout des clés !

J'ai pas lu ce livre dont vous parlez Flo et Isa, c'est quoi les références ?

Écrit par : Ile | 14/11/2008

ah j'aime bien ton idée d'ego servant d'outil et de moteur, très fin et intelligent, et utile pour la réflexion...
La Horde du Contrevent est d'Alain Damasio, je l'ai acheté dans l'édition pas chère, folio SF n°271
bises

Écrit par : isa | 15/11/2008

Ah, merci Isa, je vais le lire ! Bisous et bon week-end.

Écrit par : Ile | 15/11/2008

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