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21/06/2008

derrière les volets

Ce texte a été lu par trois comédiens ce soir, dans un récital des textes écrits cette année durant les ateliers. Le final était à trois voix. C'était assez émouvant. 

 

 

Derrière les volets

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Il nous arrive aussi, à certains d’entre nous, de rester les volets demi-clos, sans jamais oser pousser les battants au grand vent, au soleil qui vient. Nous entendons le murmure des hommes, des femmes,  des fêtes, des défaites, brouiller le retirement où nous nous tenons. Ces vagues touchent nos fronts, nous sortent de nos sommeils, mais nous réclamons plus de silence et plus d’obscurité et nous refluons d’un pas dans les ténèbres arides de la peur.

 

Nous observons, mêlé de fascination et de répugnance, ce qui se passe à l’arrière de ces planches clouées, les ombres qui glissent sur les persiennes et disparaissent. Et nous avons des explications étonnantes à apporter à ces événements. Tout, la moindre parcelle de couleur, le moindre souffle d’un visage qui s’approche pour scruter notre retraite, tout nous inspire et fait feu pour l’esprit.

Il nous arrive alors d’écrire des livres. Sans savoir que là bas, au dehors, d’autres écrivent des volumes sur nous, n’osant nous amener à eux, comme si nous témoignions de l’antichambre du disparaître, comme si notre amitié d’avec les spectres qui les hantent, les rassurait quelques peu sur l’après.

 

Si nous n’écrivons pas de livres, alors, nous sommes pris de visions, de révélations fantastiques et nous chevauchons des animaux superbes dans des cieux lavés d’étoiles. Là où nous sommes, une lumière croît, celle du désir, celle d’une épiphanie que nous tardons à accueillir, par peur des mains vides qui nous pourraient nous rester ballantes le long du corps. Cette lumière inverse la circulation des images et ce sont ceux du dehors qui s’essayent à nous deviner.

 

Il nous arrive alors de mourir sans savoir ou d’avoir trop soupçonné ou peut-être de n’avoir pas vu. Pourtant, de temps à autre, on écarte les volets à bout de peur, on déchire les ténèbres à bout d’espoir, on dévale dans les rues, les mers, les vallées et nous vivons plus que de soif, plus que de liberté, plus que d’envie, dans l’exacte existence de tout ce qui vit et aime.

 

Quand nous partons enfin, dans l’adieu, dans l’au revoir, c’est sans crainte cette fois, car nous l’avons trop bue. D’autres nous suivent en chantant sans oublier cependant de fermer derrière eux les battants des volets.

 

 

fenêtre d'or - golden window

00:28 Publié dans Toutes blessent, la dernière tue | Lien permanent | Commentaires (2) |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

très émouvante aussi la lecture silencieuse !

Écrit par : colette | 24/06/2008

Merci Colette, je t'offre cette fenêtre d'or pour éclairer ton visage de lectrice

Écrit par : flo | 24/06/2008

Les commentaires sont fermés.