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27/02/2008

Combien de mots

Est-ce notre faute à nous si on nous a raconté des histoires, nous ne vivons pas , nous attendons la vie. (Camille Laurens, "Ni toi ni moi")

 

 

 

 

 

 

Qu’il soit soudé au caniveau exhalant ses odeurs brunies de poussières, ou bien arrimé à sa bouteille de vieille vinasse, il attendait toujours. Je l’avais connu ainsi et c’est ainsi que je l’aurais défini, il nous montrait sa face de songe, son corps perdu pour être et tout ce qu’il vivait, maintenant, c’était l’or des promesses tenues. Une âme lui avait dit qu’elle le suivrait de jour de nuit, de chien, de loup et d’envie. Il l'avait crue. Que même partie elle pourvoirait à tout, il l’avait crue. Que ses pas seraient allégés de son poids de petite morte, et de fait, il était chaque matin plus léger, os sous peau, et rien entre, rien que les rêves qui gonflaient sa poitrine entenaillée de toux. Il mourrait toute sa morve agglutinée au macadam, mais il vivait là, dansant sans doute de nuit sur les rails anthracite, quand sifflait les eaux noires des tunnels et les airs d’acier effilé contre fenêtres des rames, rames sur rames, métro empilés sur métro. Il prenait le premier, le dernier, ou restait dans le fond, tous s’envolaient tirés par elle, la fille aux cheveux pourpre, il attendait sa promesse de lèvres mauves sur sa bouche tordue d’alcool de feux mauvais.

 

 

 

 

 

Je ne prie pas, me dit-il, étonné, je suis deux mains rejointes, regarde, je suis un recueil, c’est elle qui prie par moi. Donne-moi deux euros, allez.

 

 

 

 

 

Alors je secouais ma poche morte, vessie de rat, petite transporteuse de cliquetant, et je lui tendais sa pièce, juste pour savoir combien de mots, combien de morts, il sortirait ensuite. Mais souvent il dormait de nouveau, les yeux callés sur un néon clignotant de sève et d’oremus nerveux.

22:35 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (5) |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

texte très fort !

Écrit par : colette | 28/02/2008

Merci Colette. Comment va?

Écrit par : flo | 28/02/2008

Belle écriture ! Merci pour votre passage sur les Causeuses.
Vous avez exhumé un poème ancien d'un jeune ami Belge Nicolas Grégoire, qui n'a plus de blog mais qui écrit probablement à la lisière de sa vie étudiante. Il est rare que les visiteurs de la Cause des Causeuses s'aventurent dans ses limbes. Cela fait vraiment plaisir. Je viendrai vous voir et vous mets dès aujourd'hui en lien.

Écrit par : Mth P | 12/03/2008

Ne serait-ce pas lui qui vient de recevoir un prix pour les moins de 25 ans lors de la foire du livre de bruxelles?

Je suis belge moi aussi...

J'ai été heureuse dé découvrir votre site, je le mettrai en lien et il fait déjà partie de mon aggrégateur de flux RSS.

Écrit par : flo | 13/03/2008

Excusez-moi pour la réponse tardive : Non je ne crois pas qu'il s'agisse de la même personne.

Écrit par : Mth P | 28/03/2008

Les commentaires sont fermés.