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25/01/2008

Valse en trois temps

8fd50b7823702947f822e6e4864e31a3.jpgJe m’appelle Véronica, j’ai 20 ans. Aujourd’hui, je viens d’obtenir mon permis, après deux essais infructueux. Je sors de chez mon ami. Il est étudiant en médecine, il est beau comme un dieu, et encore dieu est impalpable comme du sucre glace, lui sa chair est veloutée à s’en damner. Je roule vite, je dois être à 14 heures 25 en salle 45, près de l’auditoire Ferrer du Campus pour passer mon dernier examen. Il me reste à traverser le rond point dont le nom m’échappera toujours, avec cette statue équestre de ce soldat ridiculement orgueilleux défiant le manège tournoyant des voitures. Je suis heureuse, je ne sais plus la route, la sortie, je tourne, je tourne, l’heure passe…

 

 

 

Je m’appelle Véronica Alba, J’ai 40 ans, je viens d’obtenir mon C4, après 15 ans de bons et loyaux services dans l’administration du théâtre Royal. Je quitte le parking, la barrière refuse de s’ouvrir, il me faut sortir, réclamer le vigile, qu’il ouvre, que je quitte ce monde, les odeurs chaudes emplies d’effluves de maquillages, les matins cendreux du théâtre, la résonnance pourpre des planches et le froissement continu des rideaux qui se referment sur moi ? Je prends le rond-point du général Hourfitt, j’évite l’avenue commerçante trop bondée, trop lumineuse, trop joyeuse, trop pas moi. Aller vers la gare, se perdre à cent mille lieux, ou à la mer, ou les forêts à aimer jusque à même la peau ? Je tourne, je tourne, je tourne, qu’importe, le train ne m’attend pas, j’attends tout de lui.

 

 

 

Je m’appelle Véronica, Alba, D’al Dorado, j’ai 60 ans, je viens de quitter le dernier homme de ma vie, Teddy, après six longs mois d’agonie. Il était conducteur de train, un cancer l’a mangé des pieds jusqu’à la peau du crâne et pourtant il n’est pas un micron de son épiderme que je n’aie embrassé à pleine bouche, à pleine rage, à plein désespoir. Il m’a dit au revoir, la vie, cela tourne, cela tourne, cela tourne,… Et le colonel Serfatit me salue sur son cheval de glace, son épée s’hélice comme un grand spectre d’étendard, et il m’ordonne sculpturalement « Prends tout droit, suis mon bras, mon rêve de défaites cultivables, de retraite digne d’être immortelle ». Ma vue est étrangement trouble, mais je distingue d’ici le sommet d‘un chapiteau de cirque qui pointe ses fanions dans le parc des pendus. Je ne tourne plus, j’attends tout de moi.

19:35 Publié dans Toutes blessent, la dernière tue | Lien permanent | Commentaires (2) |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

Bonjour à toi,
et comme ce texte m'a touchée, comme il est dense dans sa progression !
Amitiés
Michèle

Écrit par : Michèle | 05/02/2008

Hello Michelle ! ca fait un bail! Heureuse de te croiser ici :-) Merci pour ton appréciation de ce texte, cela me touche.

Écrit par : flo-clepsydre | 16/02/2008

Les commentaires sont fermés.