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24/05/2007

Emily dis-moi d'Ys

b361600a29aa6e824d157072bfacb877.jpgun texte écrit à propos de la chanson "Emily" de Joanna Newsom, album "Ys"

 

 

 

 

on nous a dit qu’en face
depuis que l’homme a dressé
puis abandonné sa proue
fourrageant le grand ventre gris
on dit qu’en ces lieux blanchis de salive cristallisée
on dit que les silhouettes des amants se parsèment en décalcomanie
sur la chaux éteinte du rivage
et résignés de terre
la grande cohorte des refoulés
et que mugissent les ancêtres transbahutés
à dos d’enfants depuis les hautes pierres
jusqu’au Grand Port

Là d’ellipses de météores rouillées
cette femme cette sirène
sa harpe et son piaillement fêlé
agrafé au corsage nous drague encore
« je suis nue rien qu’au-dessus »
et oui

car en face
c’est grand chamboulement de lèvres
dans la file des éclats des
sursauts
on dit que ce garçon touffe fluante de boucles
crie côte aux vent la mer arrive grand-père
la mer est presqu’à quai regarde
cette femme on se le jure
la suppôt de Triton exhale la dernière vague
Emily sourit à de très anciens morts

en face
des éboulements des grêles déglutissent
cahutes entrepôts palais dans un énorme rôt
et la foule équarris quelques rats pour la faim
éventre les paillasses pour le chiche qu’est l’argent
- dormir sur l’or est plus doux à l’échine
qu’au toucher -
et sinistre glas des clapotis – lasses -
flaques habituées aux lapements

combien cette femme hurle délicieusement
la très très tendre épine de
la folie
l’extrait avec des ongles opalins
d’une chair anthracite
sanguinolence de l’oubli
chaque matin Emily clos ainsi
son sexe dans un sillage de soie noire

je suis nue en dedans
si vêtue sur la chevelure
et mon attelage m’attend
laissez glisser mes bagages
l’enfançon le clora de ses boucles
laissez-moi m’unir derrière cette ombre
haute d’un ciel brisé
d’un mur pèlerin
frontière de sèves salines
déplaçant l’échiquier
de la réalité
aux abysse d’un mythe

en face c’est pour toujours
un grand chamboulement de rêves
de ferveurs tièdes cortèges
à la lisière d’une ville déficelée de sursis
débâcle de bras rendus
et de bouches cachetées de oui

Emily dis moi d’Ys
quelle est ta ressemblance
Orque, trident, singe, lion
girafe estropiée, délire de courses lasses
la mer s’invite Emily
pour te faire ce baiser sacrilège
pour clore la grande histoire
matricielle

de dos
la file s’amenuise
serpent soumis
reprend l’ondulation suppliante
des hommes de terre
des femmes de pain
aux têtes fourrées de misères
récitées

sous l’eau Emily psalmodie
la face du grand soleil liquide
quelle est ta descendance
Sirènes, éléphanteaux, gazelles, salamandres
phénix empierrés, braises de bulles fétides ?

Il est en marche encore
ce bestiaire tétant
tes seins salés,
leur rugissement étonne
ta voix inaudible Emily
quelle est ta résistance
fabulatrice ou créatrice
d’une île recrachée plus dangereuse
qu’elle ne le fut hier.

 

 

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11:15 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : poesie, littérature, emilie newson, florence noël |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

Bonjour Florence, j'ai souvent du mal à lire les textes longs, mais pas les tiens ( ni ceux de quelques autres....)
Celui est superbe, si visuel que vraiment ces "silhouettes d'amants" dansent là sous mes yeux, si loin, si près !
Je t'en remercie.

Écrit par : Colette | 25/05/2007

C'est moi qui te remercie de ta visite :-)
Un texte, long ou court, sans lecteur, reste un texte bien seul :-)

Écrit par : clepsydre | 25/05/2007

Ce texte-monde est à tomber.

La chanson est forte et belle, on dirait un peu les deux soeurs de Cocorosie, si tu connais, enfin leurs ancètres qui auraient inventé le blues lors d'une cérémonie druidique un peu trop ensoleillée.

Mais lorsque je lis le texte, c'est lui qui recouvre tout.
C'est Ys-la-ressurgie.
Parfois tu touches vraiment quelque chose de très profond.
Je veux aller dans ce texte, comment on traverse le mur ? :-)

Écrit par : s* | 19/06/2007

il suffit d'écouter le piaillement sacré de la druidesse :-)
Tu as la réplique, j'attends ton écho légendaire.... Ys à deux voix....

Écrit par : clepsydre | 21/06/2007

Les commentaires sont fermés.