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23/05/2007

Notes de lecture : Le nuage immobile, Jean-Pierre Nicol

Notes de lecture (foire du livre de Bruxelles, février 2007)


Le nuage immobile, Jean-Pierre Nicol, éditions Rétroviseur, 2004

Jean-Pierre Nicol, membre du comité de rédaction du magazine poésie Rétroviseur, breuvage périodique qui a fêté pourtant ses vingt ans d’âge en 2004, Jean-Pierre Nicol donc, est un insatiable discoureur, malgré cet air de vouloir s’effacer derrière chacun des mots qu’il vous dit, et pour cause, ce sont ceux des autres, ceux d’autres éditeurs, ceux d’autres auteurs, ceux d’autres poètes. Après deux heures passionnantes passées en sa compagnie, et nombre de recueils déjà prêt à emporter, je du lui faire violence pour lui acheter un livret et une dédicace crayonnée à la mine de plomb « entre effacement et transparence »… tout un programme donc.


L’homme donc est extrêmement convivial et attachant, à la démesure de son humilité. Son recueil se divise en deux partie, la première, en pleine veine SROC – mais du très bon SROC évidemment – et en attouchement érotique clair-obscur pour la seconde.

« Chaque poète est un sursaut du monde rêvé… »

L’œil et le cœur achoppent de très beaux passages dans cette première partie, qui s’anime comme au centre d’une contemplation, avec une économie de métaphores émotionnelles, mais ouvrant sans cesse vers cette recherche par, ou malgré, le silence, d’un cheminement de l’homme. En peu de mots, comme toujours, cet extrait évoquera toute la démarche :

« Jour après jour
s’enfoncer au cœur du poème
plus profond
vers la pierre exacte
du silence »


Mais au-delà de cette pérégrination, ce qui subsiste, c’est une collection d’instantanés, vieux mots sympa pour dire photographie, dont l’exactitude réside aussi dans la conviction du propos…


En note mélancolique:

« Neige en avril

La jonquille s’incline
et baise le sol froid »


Ou plus gaie, voire farfelue :

« Dans l’arbre poudré d’oiseaux
le printemps refait
sa chevelure »


Et mon préféré, je crois :

« Midi

Déjà l’arbre
pose son signet d’ombre
dans le roman d’une journée »


Cette image, évidente par sa justesse, résume la quête du bonhomme : traduire la course de la nature, palette infinie d’émotions, qui se vivent plus qu’elles ne se décortiquent, qui se croquent au plus bref plus qu’elles ne se déclinent.

Parfois un conte s’invite et :


« Cadavre d’un olivier

Le soir
ses bras chargés d’étoiles
se souviennent de la foudre »

Si l’on pressent le cheminement intime, il n’y pourtant que très peu de mouvement humain dans ses textes de contemplation ( ce qui se meut, c’est l’élément ciel, vent, nuage, mer, arbre, dans une série continue de métamorphoses)

« A chaque pierre un doute

L’été sculpte des repentirs
dans l’œil du serpent »

Et celui-ci, en conclusion :

« On sait peu
On se doute

C’est tout »

Et enfin, épiloguant sur son métier de poète (sentiment inverse au mien, mais par là-même le rejoignant) :

« J’ai écrit trois poèmes
Toujours un peu d’espoir
que la mort néglige »


Puis il revient à cette thématique profonde qui traverse son œuvre, l’outil ou le vecteur de la contemplation, dans cette magnifique strophe qui résume encore mieux son travail de poète (soulevant par là-même tout ce qu’il a d’illusoire) :

« Semer
avec la main coupée
du silence »


Fragments d’Elles

Là foisonnent des textes érotiques à jolies tournures et trouvailles. Plus érotiques que sensuels, on sillonne les formes et leurs contours, les clairs-obscurs de la chair, davantage que leurs mouvements ou leurs élans. Toujours par le biais de ces croquis, de ces instantanés auxquels cette fois se mêle l’attente qui est le siège du désir. Et puisqu’on est poète, l’humour aussi a sa part, car l’on n’est pas voyeur, mais dans la douceur et le dialogue joyeux :

« Encoche de soleil
entre tes fesses d’ombre
Ton mystère sursoit
plus bas que la lumière »


Et je garde dans mes petits carnets cette délicieuse envolée (peut-on plus qui ne dénature pas la jubilation de la chose) d’une poésie brillante et voluptueuse :

« La faille
le regard

L’étoile pourpre
du fond d’un puits de velours

Et toujours ce vertige
qu’encercle le cri
jusqu’à la déchirure »

Sommes-nous, femmes, à l’heure où offertes, ces :

« bogues de soie noire
ouvertes
sur le mystère profond
du fruit »??

En tout cas, l’image est fulgurante et d’exploration incessante, l’image est fée.

*


Le nuage immobile… oui, pourquoi Immobile. Rien ne bouge chez l’observateur des éléments, rien, ni de l’avant à l’après, ni dans son corps, ni dans son sentiment, tout est dans le regard qui traduit l’instant.

Cependant, les éléments sont en mouvement et même en métamorphose, et le poète, toujours en marche, conclu son recueil dans une série d’aphorismes où il côtoie gouffre, marche, mots, ferveur et souffrance, souffle puis solitude, où chaque sentiment éclaire l’autre, où ne se dessine aucune direction unique, où l’on peut simplement situer l’homme nu, à mi-chemin du doute.

10:25 Publié dans Dis-moi ce que tu lis... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie tout simplement |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

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