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22/01/2007

la crinière des esprits tendres


ma fenêtre prodigue au soleil sa première heure
alors, j’attends les lèvres assises
et juste après ton entrée
je couds cette porte avec
un écheveau de fils encore chauds

tu entres, et tu tiens quelques doigts
que je te tends parmi des fleurs
fraîchement ouvertes


prends un siège, assieds-moi,
nous compterons ensemble des dizaines de hennissements
puis trois grandes ruades
l’échauffement gravide de l’impatience
elle filtrera jusque sous notre cœur
dans l’oblique d’un rayon serrurier
et tu sauras
combien solide il faut désormais lier
ma chevelure tienne en pont de lianes
pour rassembler nos vœux
en quête d’une paume
préparée à les arrondir

tu t’avances, et tes pas ourlent le trajet
d’un astre choisi pour dire notre rencontre
tu entres, tu découvres mon visage
imprimé au revers d’une aube de printemps


tu me confies que depuis flotte un air de vieille lande
et la désolation de n’être plus vivant
qu’en songe ou en reflux d’aube
soit dis et va
moi je recueille la pruine des âmes
sous la crinière des esprits tendres

je vais, je viens, allant mon pas fébrile
remettre l’étrier d’or
au ventre des bêtes soumises
sur l’unique colline de l’île
oui, elles paissent
quoique l’herbe chatouille leur sang
et que les vents déplacés par mues
tourbillonnent sous leurs pattes
glaiseuses

tu t’avances, j’ouvre un panier de joncs
dedans un souffle dort
ne le réveille pas, tu t’avances
dedans un follet oscille
je découvre ton visage agrandi de boucles
architecture sauvage où nidifient quelques mains



tu dis qu’on doit être au centre
de la résine d’un cerne centenaire
mais moi je veux mille ans de déchirement vert
sur l’amble de mon pas pardonné
un million de revenants cirés
comme au jour de cérémonie
vrillé de beau et tant enturbanné de joie
qu’on rira tu sais
de la distance d’un doigt
retenue comme austère

tu t’avances d’un regret
je t’accueille cavalcade aux yeux
tu entres comme on s’évade
je t’ouvre un pan de porte,
on me dit que tu es passé
déjà



nous compterons le rebours d’une comptine
pendant que les oies tricotent un jeu à leur gloire
pour le souvenir d’une réussite
tramée de règles
bien sûr nous ne sommes ni
marchands de berceaux,
ni scribes d’amours notariés,
ni fondeurs de sonnailles,
ni testaments d’aimer
bien sûr


mais elle vivra toujours
la crinière des esprits tendres

15:38 Publié dans Nulla dies sine linea. | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie tout simplement |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

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