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12/06/2006

[coquelicots de cendres]

[coquelicots de cendres]

poésie

 

 

vint l’âge des grâces
valant toutes les danses
occultées désormais à l’angle des morts

 

c’était de peu de feu,
d’à peine l’heure de choir de l’ange à l’homme
une seconde disait-on auparavant,
un zeste de clepsydre

 

ce jour-là se passait de commencement
et brûlait sa fin dans le fleuve
ses apaisements suprêmes
car vains

 

dans un frisson solitaire
les paumes accouchaient de flammes vermeilles
coquelicots veinés par vent
vol et vétilles d’âme

 

un cri très tendu sur le tendre
à l’angle de la gorge et du sternum
émoussé de sanglots
saluait l’émergence du rêve enclos

 

c’était un spectacle déchirant
certains suaient ainsi de songes
pendant cent nuits de spasmes écarlates
et des racines se mouvaient sous leur corps
des frondaisons s’inclinaient à se rompre
cou tendu à la source incandescente

 

tant de pavots suintaient d’entailles profondes
tant de pieds pleuraient leur lot de corolles
liesse de chrème et myrtes
délicatesse ourdie étrangement
par l’ouvrage
de nos manques


où étions-nous hurlaient nos bras
où étions nous quand
tant de fastueux destins se pressaient sous l’épiderme quand
nos veines filaient la geste de visions quand
nos pieds abrasaient la cendre
où étions-nous

soudain nous fûmes chute
vertige des entrailles éclatement des temps
goussets filandreux
déglutition des sols

 

suspendus, enfin délivrés agravides
le ciel nous apprenait l’œuvre échue
à nos talents
et leurs fruits absous des récoltes

 

une procession de larmes sylves
séparait les deux moitiés de nos corps
et à nos flancs des fantômes éperdus
récoltaient à s’y surprendre
l’ambre gris
perçant hors de nos sommeils

 

alors oui nous voyions
l’un avait un monde laineux sous les doigts
jouait déjà d’un instrument à feux
l’autre serrait l’aube d’un langage dans les plis de sa joue
tandis que celui-ci feuilletait les venelles de l’Histoire
paré d’inouïs discernements
telle inventait une lumière d’eau,
sa sœur revêtait l’humilité d’un saule aux ablutions de l’ombre
une mère passée en couche
redevenait la légèreté empruntée aux pollens
combien lissait pour la prime fois
enfin
la tempe d’un enfant neuf
ou sculptaient la demeure d’un soleil pierreux


lorsque nous resurgissions
la pourpre d’avoir été
chassait celle de la honte

nous nous souvenions soudain
que nos fronts se mesuraient en empans
de peaux et de sillons
en lieues de friches à ennoblir
jusqu’au Gobi
où sourdaient les murmures faîtiers
les coquelicots de cendres
répandus au sol par des mains
affamées de sortilèges

 

 

Extrait du recueil inédit "les fantômes de l'infini peu"

16:25 Publié dans Nulla dies sine linea., poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

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