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25/01/2006

Du doigt et de l'urinoir

Polémique Pierre Pinnoncelli : Le doigt ou l’urinoir

Intéressante polémique autour de Pierre Pinnoncelli, auteur d’happenings de rue depuis les années 60 ( à l’époque où c’était à la mode) et sorte de fils spirituels des dadaïstes et autre oulipien. Bref, ce Monsieur est condamné pour avoir uriné et porté un coup de marteau sur l’urinoir de Marcel Duchamp, intitulé joliment « la fontaine » et ceci dans le but d’en achever l’œuvre.

En fait on trouvera toute la polémique résumée là :

http://www.couchet.org/fred/index.php?2005/11/24/8-pisser...


Ce qui m’intéresse moi, c’est que par ailleurs on peut lire de ci de là que ce fringant plus si jeune homme s’est tranché un doigt en signe de protestation et de soutien à Ingrid de Bétancourt. Et de cela, on ne lit aucune polémique.

Il existe donc des lois pour faire payer le vandalisme artistique en peine de prison et en argent très sonnant et ne trébuchant que pour tomber dans l’escarcelle de l’Etat Français, du centre Baubourg et d’Axa. Mais personne n’a polémiqué sur l’acte de se mutiler par compassion. Ou par volonté artistique signifiante, j’imagine. Si le suicide est un crime dont on ne poursuit jamais l’auteur, qu’en est-il de la mutilation volontaire ? Peut-on impunément s’en prendre à son propre coprs ? Et pourquoi, surtout pourquoi, on parle davantage de cet urinoir que de l’acte atrocement plus endommageant de se couper un doigt. La cause fut-elle juste… Et même la cause étant la plus juste qu’il soit, le résultat de cette protestation très physique n’est pas qu’on en parle davantage , ni mieux. Cela en valait-il vraiment la peine ?

Bref, entre doigt et urinoir, je sais pour ma part lequel des deux événements a le plus touché mon humanité.

http://www.homme-moderne.org/images/actions/pascap/14.html


*
Cela éveille en moi un vieux débat. Il peut être remis en contexte par l'événement qui eut lieu dans les années 90 à Florence, le musée des Offices avait été détruit par un attentat à la bombe posée par la mafiat. des oeuvres ont été ainsi détruites ou fortement endommagées. Je me souviens de mon indignation à l'époque qu'on s'en prenne aux oeuvres artistiques telles que celles conservées au musée des Offices... tout le débat est là : est-il plus "grave" éthiquement de s'en prendre à l'intégrité de l'homme mortel, à la vie courte et quelque fois sans postérité ou aux oeuvres artistiques qui ont traversés les siècles et qui témoignent de ce qui fait que l'homme n'est vraiment pas un animal comme les autres : sa sensibilité, son habilité, sa spiritualité, sa créativité...

Si on me disait : choisi entre le musée des offices ou la vie de ta fille, je n'hésiterais pas une seconde, seul compterait la vie de ma fille. Mais après qu'elle ait été sauvée, sa vie entière pourra-t-elle jamais équivaloire pour l'humanité à ce que représente l'ensemble des oeuvres du musée des Offices?

L'homme existe pour plus que sa simple existence, il est plus complexe qu'une forme de chair de sang et d'esprit, il peut perpétuer, transmettre, transcender le temps.

L'homme, et encore plus peut-être s'il est incroyant, aura besoin de marquer son passage sur la terre: par des enfants, une oeuvre d'esprit ou une oeuvre artistique. Lorsqu'on brûle des livres ou des oeuvres d'art, n'est-ce pas plus ontologiquement notre humanité qu'on brûle?

Un artiste qui oeuvre toute sa vie préférera-t-il mourir plus jeune et passer ses oeuvres à la postérité ou bien mourir vieux au prix de chacune de ses oeuvres détruite à tout jamais? Si c'est un vrai artiste, il choisira la première voie, me semble-t-il...

C'était l'interrogation du jour....


10:05 Publié dans droits humains, foi de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) |  del.icio.us | |  Facebook | |  Imprimer | |

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